Où suis-je ?

En consultant cette page, vous pourrez savoir dans quel pays je me trouve et avoir ainsi de mes nouvelles. Durant mes voyages, à l'aide de mon petit ordinateur portable, j'essaye de la mettre à jour au moins une fois par semaine…
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08/02/18

En Inde du vendredi 26 janvier au vendredi 2 février 2018 (huitième et dernière semaine) :

Vendredi 26 : Excellente nuit, sans laisser le chauffage branché. Frisquet au petit matin, lorsque je me réveille à 6H30. Dehors il fait -11° mais peut-être 10° dans ma chambre, ça va. Vite, je le rebranche. Je me demande comment font les SDF qui refusent de dormir dans les endroits qu’ont leur propose l’hiver et restent dans la rue ! Moi je ne pourrai pas. De l’eau à peine tiède pour ma douche, dur dur !!! Comme hier, buffet correct pour le petit-déjeuner. Il fait beau.

Nous quittons l’hôtel à 8H10, direction le sud en direction de Mandi (par la route de montagne par laquelle nous sommes arrivés mercredi). Aujourd’hui, jour férié, la circulation est abominable ; véhicules individuels, certes, mais surtout de très nombreux camions lents et polluants.

Nous traversons Mandi vers 11H30 et continuons au sud. Ça tourne et vire continuellement jusqu’à une voie rapide. Plus bas, juste avant Bilaspur, Sunny prend la voie rapide à contre-sens sur une cinquantaine de mètres, ce qui est commun en Inde pour éviter de long détour, pour aller se garer devant le restaurant Raja où nous déjeunons. Monde fou, mais nous trouvons une table libre que je nettoie (faut voir la couleur du mouchoir en papier !). Contrairement à ce que je pensais, on nous sert rapidement et c’est très bon, comme d’habitude.

Montagnes vers Manali  Repas à Bilaspur

13H30 : nous poursuivons vers le sud. Passé Bilaspur, la route se rétrécit et devient franchement mauvaise. Et toujours autant de camions. Trois heures plus tard, nous quittons définitivement l’Himachal Pradesh et retournons au Pendjab. Sunny bifurque alors à l’ouest sur une autoroute à péage. A 20 km se trouve Anandpur Sahib où nous arrivons à 16H40.

Anandpur Sahib (17 000 habitants) a été créée par Guru Tegh Bahadur (1621-1675), un des gourous fondateurs du sikhisme. C’est aujourd’hui un grand lieu de pèlerinage car elle fait partie des cinq Takhts (qui veut dire : trône), c'est-à-dire un des cinq lieux importants dans le sikhisme. Le fils de Guru Tegh Bahadur, Guru Gobind Singh a fondé l'ordre du Khalsa à Andandpur Sahib, avec la cérémonie de l'Amrit Sanskar, le baptème sikh. Ces deux événements conjoints sont devenus des actes primordiaux dans le chemin de foi du croyant qui veut adhérer au sikhisme (Wikipedia). Nous y visitons le Kesgarh Sahib, le plus grand des gurwaras. Enorme bâtiment blanc et austère que pour ma part je ne trouve pas beau (contrairement à ce qu’en pense mes amis), ressortant mal sue le ciel gris de pollution et de brume. Assez peu de monde et manque d’ambiance. Seule la salle de prières, contenant des armes sikhes sacrées, sous vitrine, est intéressante.

45 minutes plus tard, nous repartons dans l’autre sens, à l’est, puis reprenons l’autoroute vers le sud.

Kesgarh Sahib, Anandpur Sahib  Les ballons, Kesgarh Sahib, Anandpur Sahib

La nuit tombe, je sommeille, la circulation s’intensifie à l’approche de Chandigarh. Avec 1,2 million d’habitants, c’est une ville nouvelle, construite après l'indépendance de l'Inde en 1947, et située à 350 m d’altitude. Elle est internationalement réputée pour son urbanisme : en effet, son plan a été préparé par Le Corbusier à partir d'un plan précédent d'Albert Mayer. Avec la partition de l'Inde en 1947, le Pendjab est divisé entre le Pakistan et l'Inde. Le Pendjab indien a alors besoin d'une nouvelle capitale pour remplacer Lahore, devenue pakistanaise. Transformer une ville préexistante en capitale aurait été délicat et de gros enjeux politiques et religieux auraient pesé ; Shimla (actuelle capitale de l'Himachal Pradesh) devient capitale provisoire du Pendjab. Le Premier ministre Jawaharlal Nehru décide alors la construction d'une « ville nouvelle ». Puis, le 1er novembre 1966, l'État de l'Haryana hindiphone est détaché du Pendjab. Chandigarh, située à la frontière des deux États, devient alors un territoire, capitale à la fois du Pendjab et de l'Haryana (Wikipedia). Nous devions la visiter ce soir, ce sera donc pour demain.

Au Kesgarh Sahib, Anandpur Sahib  Une Royal Enfield, moto indienne

Après 350 difficiles kilomètres (bravo Sunny), à 19H45, nous voici enfin arrivé à notre hôtel, le Sunpark Resort (même groupe que le précédent). Chambre Deluxe correcte mais sale (non faite ?) : le lit me paraissant notamment suspect, je l’ouvre et m’aperçois que les draps n’ont pas été changés, tachés et plein de poils. J’appelle de suite la réception et on vient refaire mon lit. Pas de chauffage (mais ça va encore à cette altitude), les fenêtres ne s’ouvrent pas (donc sales), je n’arrive pas à me connecter en Wifi et pas de chaine française à la télé, cela devient habituel (31 € avec petit-déjeuner). Je me mets rapidement au travail, dine d’une crème de régime et me couche encore trop tard, à 23H45.

Au fait, avez-vous entendu parler des émeutes actuelles en Inde : http://www.lefigaro.fr/international/2018/01/25/01003-20180125ARTFIG00268-un-film-declenche-des-emeutes-en-inde.php ?

Banc public, Manali (hier) 

Samedi 27 : Réveil à 6H30. Mitigeur de la douche cassé, pas pratique. Tiens, le Wifi marche ce matin (j’ai reçu les paramètres de connexion à cinq reprises à partir de 20H30 !). Petit-déjeuner passable : buffet avec très peu de choix.

Départ à 8H30. Les longues avenues de Chandigarh sont calmes et souvent bordées de mur, on ne voit rien de la ville. Visite du Nek Chand Rock Garden, une « fantaisie » créée par Nek Chand, un genre de Facteur Cheval indien. Ce jardin de 160 000 m² est assez élucubrant, surréaliste, original, bizarre, déroutant.

Nek Chand Rock Garden, Chandigarh

Plus de 2 000 sculptures ont été effectués en 20 ans avec des matériaux de récupération. Dommage, le ciel est tout gris (mauvaises photos). Photo d’Hollande, qui est venu visiter ce lieu en janvier 2016, en compagnie de Modi, le premier ministre indien.

Puis petit tour en ville, monument « La main ouverte » (Le Corbusier), bâtiments de béton et lac Sukhna. Bof !

Nek Chand Rock Garden, Chandigarh  Nek Chand Rock Garden, Chandigarh

Il est déjà 10H45 lorsque nous prenons l’autoroute vers le sud-ouest (je parle chaque fois d’autoroute, ce ne sont en fait que des voies rapides à péage). Ça roule assez bien malgré de nombreux véhicules et nous arrivons à Rajpura 45 mn plus tard. Ville très embouteillée que nous traversons en partie avant de prendre à l’ouest vers Patiala où nous arrivons à midi.

Jeune Sikh  La main ouverte (Le Corbusier), Chandigarh  Commerçant sikh, Patiala

Sunny nous laisse au Qila Mubarak, un château-palais construit au XVIIIème siècle où loge toujours la famille royale de Patiala (l’ex-roi, Amarinder Singh, est aujourd’hui le chef du gouvernement du Pendjab). Grand ensemble bien gardé, en cours de rénovation (beaucoup d’échafaudages), dont on ne peut visiter que la cour avec interdiction de prendre des photos avec un appareil photos (mais autorisé avec un téléphone, allez comprendre !)

Au marché  Qila Mubarak (XVIII S), Patiala

Un rickshaw nous conduit d’abord au mausolée de Shahi Samadan (1822), un bel ensemble regroupant plusieurs cénotaphes photogéniques (pour les photos, mêmes mesures qu’au palais). Arrêt suivant au Mohindra college, un ancien grand palais converti en collège. Un spectacle va y être donné ce soir et je suis photographié en compagnie de la chanteuse pendjabie dont j’ignore le nom et qui a reconnue en moi un confrère.

Mausolée de Shahi Samadan (1822), Patiala  Mausolée de Shahi Samadan (1822), Patiala

Dernier arrêt au Sheesh Mahal, encore un palais en réfection dans un très grand jardin (Patiala a été très riche au XVIII et XIXème siècles). J’aime beaucoup cet endroit où de nombreux tamias rayés gambadent (ce ne sont pas des écureuils). Deux statues de la reine Victoria dans le jardin !

Sunny nous récupère là, et c’est tardivement que nous allons déjeuner à la sortie de la ville au Yellow chilli, un restaurant correct offrant une bonne nourriture (ah, ces lentilles !) ; mon plat était toutefois trop pimenté.

Sheesh Mahal, Patiala  Tamia rayé, Sheesh Mahal, Patiala

A 15H45, sous un ciel toujours gris, nous retraversons Rajpura toujours aussi encombrée. Autoroute vers le sud et, peu après, nous arrivons en Haryana. L’Haryana est un petit État constitué le 1er novembre 1966 avec une partie du Pendjab. D’une altitude de 200 à 1 200 mètres, il peut être divisé géographiquement en quatre entités : les plaines des rivières Yamunâ et Ghaggar (majeure partie de l’État) ; la cordillère du Siwalik au nord-est ; des plaines sableuses et semi-désertiques au sud-ouest ; la chaîne des Ârâvalli au sud. Riche en industrie, il est assez pauvre touristiquement.

Sheesh Mahal, Patiala

Beaucoup de circulation et un arrêt pour que Sunny prenne un café (pas facile de conduire en Inde, et si longtemps…). Enfin, à 17H15, nous arrivons à Kurukshetra, 180 000 habitants et 232 m d’altitude, autrefois appelé Thanesar (cette manie des Indiens de débaptiser leurs villes !). Kurukshetra (« plaine de Kuru » en sanskrit) est une ville de pèlerinage religieux. L'endroit est célèbre pour avoir été le champ de la bataille de Kurukshetra, un combat épique dont parle le récit sacré de l'hindouisme : le Mahabharata et plus spécifiquement la Bhagavad-Gita. Il décrit le combat entre les Kauravas et les Pandavas, avec comme protagonistes principaux le héros Arjuna et son conducteur de char, Krishna (révisez vos classiques !). D'un point de vue philosophique, dans le récit de la Bhagavad-Gita, il représente le lieu du combat (à la fois intérieur et extérieur) du héros Arjuna, tiraillé entre ses ombres temporelles (représentées par la famille des Kauravas) et sa partie lumineuse atemporelle (représentée par les Pandavas, dont il est le Prince). Le kurukshetra devient ainsi une image des obstacles et des choix que chaque homme doit affronter pour accomplir son devoir (le svadharma, dans la philosophie hindoue). Ouf ! (sources :Wikipedia)

Brahmasarovar, Kurukshetra  Char de Krishna, Brahmasarovar, Kurukshetra

Il est déjà tard et nous nous rendons de suite au Brahmasarovar, le plus grand bassin cérémoniel d’Inde. Je m’attendais à y voir une foule grouillante de pèlerins faisant leurs ablutions dans l’eau sacrée, mais non, rien de tout ça : très peu de monde et l’immense bassin est clos par des grilles, plus le droit de s’y tremper (j’ai pris mon maillot de bain pour rien), de petits bassins construits alentours servent à cela. C’est triste, surtout sous ce ciel morne. Heureusement, il reste la grande statue de Krishna sur son char mené par quatre chevaux !

Ustensiles cérémoniels, Brahmasarovar, Kurukshetra

Et, surtout, au bord du bassin, une cérémonie de louanges qui commence au coucher du soleil : trois adolescents soulèvent et font tourner des torches au son d’incantations et d’une musique enregistrée sortant (trop) puissamment des haut-parleurs. Une quarantaine de personnes, des spectateurs pèlerins chantent et tapent des mains et ça dure, ça dure… Nous partons avant la fin car la nuit arrive et il commence à faire froid (courte vidéo : https://youtu.be/CZD-pMp8FXY)

Cérémonie de louanges, Brahmasarovar, Kurukshetra  A la cérémonie de louanges, Brahmasarovar, Kurukshetra

A 18H25, à 2 km de là et après 206 km depuis le matin, nous voilà à l’hôtel Grace, où nous devons patienter 25 mn sans aucune explication d’Himmat pour obtenir nos chambres. En fait, l’hôtel n’avait pas reçu les réservations (pourtant, d’après Himmat, chambres et diners sont payés à l’avance…). Ouf, il reste quand même des chambres ! Isabelle et Laurent bénéficient même d’une suite assez mal équipée. Quant à ma chambre (Deluxe, 22 €), elle est assez petite, aux murs sales, sans fenêtre, froide, sans chauffage, sans PQ, sans bureau, bref, sans rien.... Je vérifie de suite les draps (enfin le drap, car il n’y en a qu’un !) : le lit a été fait avec des draps non changés ; de même pour mes amis (même si Himmat nous a expliqué que c’était tout à fait normal en Inde car les Indiens se foutaient de l’état de leurs draps, nous ne l’acceptons pas). Le réceptionniste constate et demande au personnel, plusieurs jeunes, de changer les draps, ce qu’ils font n’importe comment, de mauvaise grâce (c’est le cas de le dire !). L’un d’eux me remet d’abord un drap sale, puis, par-dessus le sale un drap humide. Je fais rajouter un drap supplémentaire du dessus et suis obligé de refaire entièrement mon lit en empilant trois couvertures !

Enfin, vers 19H30, je peux commencer à travailler, penché sur une minuscule table basse qui me casse les reins. Le Wifi marche, au moins un bon point. Dans le couloir, le personnel fait un raffut incroyable, les portes claquent, ça tambourine, ça crie : tout l’effet apaisant de la cérémonie s’estompe… J’ai froid mais réussis à travailler jusqu’à minuit, sans pouvoir terminer. Et, fourbu et transis, je me couche tout habillé. 

 Au Brahmasarovar, Kurukshetra

  

Dimanche 28 : Réveil à 6H, pas assez dormi mais nuit correcte. J’ai réchauffé l’air de ma chambre, je n’ai pas froid. Petit-déjeuner servi à table, moyen, mais le jeune serveur est souriant et efficace (ça change du personnel d’étage !).

Départ à 8H40, vers le nord. Ciel encore gris et légère brume. A Shahabad, Sunny vire à l’est par une mauvaise route très fréquentée. Nous traversons Jagadhri vers 11H et arrivons en Uttar Pradesh, que nous traversons par son nord. Mais il faut payer une taxe routière (camions, bus et minibus uniquement) comme pour chaque État où nous entrons.

A 13H, nous entrons en Uttarakhand, où nous ferons le reste de notre circuit avant de retourner à Delhi.

Nek Chand Rock Garden, Chandigarh (hier)

** Quelques mots sur l’Uttarakhand (d’après Wikipedia) :

L'Uttarakhand (« pays du Nord ») est un petit État indien de 53 483 km² bordé par le Tibet (contrôlé par la Chine) au nord-est, le Népal au sud-est, et voisin des États indiens de l'Himachal Pradesh et de l'Uttar Pradesh (dont il a été détaché en 2000). La capitale provisoire de l'Uttarakhand est Dehradun, qui est aussi la principale ville et un terminal ferroviaire, mais c'est le hameau de Gairshan situé au cœur de l'Himalaya qui a été désigné pour devenir la future capitale en raison de son caractère géographique. La Haute-Cour de l'Uttarakhand siège à Nainital.

L'État de l'Uttarakhand est une région connue pour la beauté de ses paysages. La plus grande partie du Nord de l'État est couverte par les montagnes de l'Himalaya et leurs glaciers, alors que le Sud est densément boisé. 80 % de l'Uttarakhand est occupé par les montagnes de l'Himalaya, tandis que les 20 % restants sont occupés par la plaine du Gange qui prend sa source dans cette région. 70 % de l’État est recouvert de forêt, ce qui en fait un des États indiens les plus boisés. 

Transport en commun, Haridwar  Vendeuse ambulante, Haridwar

La population de l’Uttarakhand est estimée à 11 millions d’habitants environ. Les gens originaires de l'Uttarakhand se donnent le nom de Pahari (c'est-à-dire « hommes des collines »), et sont hindouistes. Les deux ethnies majoritaires de la région sont les Garhwalis et les Kumaonis.

L'économie de l'Uttarakhand repose largement sur l'agriculture et l'élevage. Cependant, l'État essaye de diversifier les activités économiques et encourage les secteurs à haut rendement tels que la production d'énergie renouvelable (hydroélectricité), l'industrie, le tourisme et la sylviculture.

L'industrie touristique est un pan important de l'économie de l'Uttarakhand, en particulier grâce aux anciennes hill-stations datant du Raj britannique, Mussoorie et Nainital étant les plus fréquentées. La région est également réputée pour ses nombreux temples et lieux de pèlerinages hindous, les pèlerins visitent les villes saintes de Haridwar, Rishikesh, Badrinath et Kedarnath dans l'espoir de se purifier de leurs péchés et à la recherche du salut.

Sadhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Sadhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Sadhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous nous arrêtons assez tard dans un restaurant qui nous sert samossas, chowmeins et excellentes frites. Très bon café glacé en dessert et pâtisseries à emporter. 45 mn plus tard, nous reprenons la route, toujours aussi encombrées. Nous arrivons à Haridwar vers 15H30 et nous rendons de suite aux ghâts au bord du Gange. Nous sommes venus pour ça.

Le Gange, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Haridwar, 230 000 habitants, est une ville très ancienne située à 249 m d’altitude. Son nom signifie « Porte de Hari », un des noms de Vishnou. Elle est traversée par le Gange, qui prend sa source dans l'Himalaya puis coule dans les plaines.

Haridwar est l'une des sept villes sacrées de l'hindouisme. Tous les douze ans s’y déroule un festival religieux, la Kumbha Mela, qui réunit des millions de personnes. La ville est un lieu très important de pèlerinage, car selon la tradition, le fidèle qui se baigne dans le Gange à Haridwar voit ses péchés effacés et échappe au cycle des renaissances dans le monde des formes. Les hindous considèrent que le Gange surgit de l'Himalaya au ghât de Har-ki-Pairi (ou Pauri). Ce caractère sacré est renforcé par la présence d'une empreinte de pied de Vishnou sur une pierre. De nombreux temples ont été construits en haut des marches du ghât. Les cendres des morts sont immergées ici.

Tous les jours de l'année, à la tombée de la nuit, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent pour assister au rituel qui célèbre le Gange (Arti). Musique et chants sont offerts au dieu Shiva. Les croyants font des offrandes au fleuve (souvent des fleurs avec une bougie).    (sources Wikipedia)

Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous parquons près d’un campement de Gypsies puis marchons le long du Gange pour rejoindre le ghât de Har-ki-Pairi. Contrairement à hier à Kurukshetra il y a ici beaucoup de monde. Himmat nous donne quelques explications puis nous avons une heure de liberté, ce qui me permet de me balader tranquillement pour prendre quelques photos. Un peu de soleil perce, mais le ciel reste gris, quel dommage ! Un bras du Gange est traversé par plusieurs ponts.

Bain purificateur dans le Gange, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Vendeurs d'offrandes, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Des hommes passent les barrières de chaînes pour aller se plonger prudemment dans le fleuve, quelquefois avec leurs enfants. Beaucoup de courant. Certains endroits sont réservés aux femmes. Nombreux sâdhus, vendeurs, balayeurs, cireurs de chaussures… Un endroit plein de vie ! Au-dessus du ghât, des rues s’enfoncent dans la ville. Mendiants, lépreux, estropiés, culs-de-jatte, une vraie cour des miracles. Vers 17H30 débute les préludes de l’Arti, musique et récitation de prières. Nous sommes installés juste en face, sur l’autre rive du bras de Gange, parmi de nombreux pèlerins. Mais la vraie cérémonie commence à 18H et ne dure que 15 minutes. Des prêtres chantent et allument des torches en faisant de grands gestes, c’est beau dans la nuit tombante. Des chandelles dans des assiettes de feuilles d’arbre sont mises à l’eau et emportée par le courant. Par moment les fidèles, assis sur le sol, lèvent les bras tous ensemble ou frappent dans leur main. C’est assez magique.

Cérémonie, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Cérémonie, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Après la cérémonie, nous retournons au minibus qui nous conduit à notre hôtel à 3 km de là (alors qu’il y a plusieurs hôtels surplombant les ghâts !). Nous voilà, vers 18H30, au Crystal Ganga Heights, après avoir parcouru 227 km. Nos chambres, au second étage, sont toutes identiques et confortables : plutôt grande, avec grand lit, coin salon, bureau, bon éclairage, petit frigo, bouilloire et café ; bref, tout ce qu’il faut. Et propre. Salle de bain correcte. C’est bien, car nous dormirons de nouveau ici mercredi (chambre standard à 40 €, petit-déjeuner compris). Le Wifi fonctionne bien. Rien à dire… Sauf qu’on ne m’a jamais monté le chauffage promis (mais il ne fait pas vraiment froid).

Aussitôt installé, je me mets sur mon ordinateur. Jusqu’à minuit…

Cerf-volant, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Tour de l'horloge, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Jeune fille, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

 

Lundi 29 : Réveil à 7H15, il fait déjà jour. Enfin une longue et excellente nuit, le lit était particulièrement douillet ! J’ai le temps ce matin, mon journal de bord est à jour et nous ne parlons qu’à 9H (je serais bien parti plus tôt).

Le lundi au soleil ! Parlons-en ! Comme hier et avant-hier, la météo affiche un grand soleil (et de 9 à 22°) mais le ciel est gris gris gris… (ce doit être une succursale de Météo-France !). Petit-déjeuner correct, même si ici, à proximité des lieux saints, on ne mange ni viande ni œufs (j’attends avec impatience ma côte de bœuf dès mon retour à Marseille).

Gamin, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Famille, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous quittons ce bon hôtel à 9H et retournons au Hai-ki-Pairi Ghat voir s’il y a un peu de monde là-bas ce matin. Au moment où nous y arrivons le soleil apparaît et la brume s’estompe rapidement. Ça change tout : cet endroit sous le soleil est encore plus beau ! Beaucoup de monde ce matin, peut-être plus qu’hier soir. Que de mouvement ! Ça grouille ! Nous avons garé au même endroit, je peux distribuer aux enfants Gypsies des savons et flacons de shampoing récupérés aux hôtels jalonnant mon voyage.

A Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  A Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Puis nous marchons jusqu’au ghât principal parmi les stands de nourriture, d’offrandes ou de jouets, les sâdhus, les vendeurs ambulants et de petits temples.

Une famille élargie, habillée de blanc, est réunie pour les rites de funérailles d’un des leurs. Tous les hommes et garçons ont la tête rasée, sauf une mèche restant sur l’arrière du crâne. Les restes d’os du défunt sont mélangés avec des fleurs et autres ingrédients puis seront jetés, ainsi que des offrandes, dans le Gange où la famille se purifiera ensuite.

Cérémonie de funérailles, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  A Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Des gens se trempent dans l’eau fraiche, y versent du lait en présence d’un prêtre hindou, qu’ils doivent payer, qui leur donnera sa bénédiction. Plus loin, sur les multiples escaliers, sont assis des rangées de mendiants et estropiés (Dieu que je suis heureux d’être bien-portant !). 

Petit tour en ville parmi les échoppes de vêtements ou tissus, alimentations, restaurants. Ça ne chôme pas, chacun essaye de gagner quelques roupies pour vivre (pas d’allocations-chômage en Inde).

Sâdhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Bain rituel, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  

Mendiants, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous repartons après une heure et demie de balade, passons près d’un barrage sur le Gange et nous arrêtons pour la photo au pied de la statue géante de Shiva (30 mètres de haut !).

A Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Sâdhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  

Shiva, Haridwar

Puis nous continuons vers le nord en direction de Rishikesh où nous arrivons vers 11H45. La ville est très étendue et il nous faut encore trente minutes pour atteindre plus au nord un parking près de Lakshman Jhula (le pont qui a donné son nom au quartier).

De là, nous marchons un peu pour rejoindre le pont et déjeunons juste au-dessus, en face du temple Swarg Niwas, une espèce de gâteau rose surmonté d’une bougie. Sur le Gange arrive une embarcation de rafting, ça fait bizarre. Très bon repas (des momos frits et des pâtes maison aux champignons et fromage, ça change un peu du riz).

Histoire d'Hanuman, Ram Jhula, Rishikesh

Rishikesh, située aux pieds de l'Himalaya à 350 m d’altitude, est une ville de 100 000 habitants, une cité de pèlerinage qui attire de nombreux hindous mais aussi des occidentaux pour ses ashrams où le yoga est enseigné. Les Beatles ont rendu ce lieu célèbre en 1968, en venant y étudier la méditation transcendantale enseignée par le Maharishi Mahesh Yogi dans son ashram (l'album blanc du groupe est en quasi-totalité issu du travail de composition effectué lors de leur retraite ici).

Proche de la source du Gange, la ville a un caractère sacré. Pendant la période du Yatra, de nombreux pèlerins et sâdhus viennent pour y accomplir des activités religieuses dans les nombreux temples et au bord des ghâts. De nombreux ashrams parsèment la ville, qui ont vu passer de nombreuses personnalités. C’est la capitale mondiale du yoga. Et les touristes occidentaux, des baba-cools, y sont très nombreux ! Pas que pour le yoga… D’étranges odeurs flottent par ici.

Sâdhu, Rishikesh  Sâdhu, Rishikesh  

Après le déjeuner, nous nous baladons dans le coin. Les filles font les boutiques, surtout Isabelle (c’est maladif, je crois). Ici les sâdhus, vrais et faux, pullulent ; il faut dire qu’un dispensaire leur offre de la nourriture, pourquoi s’en priver ? nous y sommes d’ailleurs très mal reçus et des sâdhus nous menacent avec des bâtons. Ah, ces hindous !

J’ai un punch extraordinaire aujourd’hui, je cours, gambade, fais le fou, monte et descends les escaliers quatre à quatre, cours après les macaques. Peut-être le soleil a-t-il rechargé mes piles ?

Nous nous dirigeons vers le Ram Jhula à 2 km de là, par une rue calme (pas de voitures, seuls les deux-roues sont tolérés). Scènes de vie extraordinaires !

Swarg Niwas Temple, Lakshman Jhula, Rishikesh  Sâdhus, Lakshman Jhula, Rishikesh

Le pont de Jhula est peint aux couleurs de l’Inde. A part ça l’endroit ne me plaît guère, foison d’ashrams, foison de touristes. Nous voyons en une journée cent fois plus de touristes que durant tout le reste de notre circuit ! Je m’allonge sur un banc propre (rare) au-dessus du Gange et fais une petite sieste bien agréable au soleil. Je résiste à l’appel du vendeur de barbe à papa. Puis tour dans un grand et bel ashram, le Parmarth Niketan. Avant la tombée de la nuit, juste devant, au bord du Gange, se déroule une cérémonie regroupant adultes, moinillons habillés de rouge et jaune et touristes trop nombreux. Deux prêtres chantent à tour de rôle sur une musique enregistrée, battements de mains, lampes à huile allumées, soleil qui se couche. Un très bon moment.

Ram Jhula, Rishikesh  Cérémonie, ashram Parmarth Niketan, Rishikesh

Retour en rickshaw jusqu’au minibus. Puis c’est un peu la galère. Visiblement Sunny ne s’est pas renseigné pour savoir comment aller à notre hôtel. Il part dans le mauvais sens, fait demi-tour, demande et emprunte une bien mauvaise route en travaux et, dans la nuit, ça dure et me paraît très long ! On nous a de nouveau logé très loin des ghats, à 11 km, c’est complètement stupide ! Quel dommage ! Encore si c’était sur notre route de demain ! Mais non…

Nous arrivons à l’hôtel à 19H10. Formalités, comme tous les soirs (passeport, registre…). Nos chambres sont correctes mais mal meublées. Rien pour poser les bagages, pas de bureau pour travailler et pas de chauffage, bien sûr (on nous dépanne avec un chauffage soufflant ridicule). Le Wifi fonctionne. Je me mets de suite au travail, il est déjà 19H45. Près de 200 photos à trier et j’en aurais bien plus si je n’avais pas de gros problèmes de zoom avec mon appareil photo (j’en garde 112). Minuit sonne. Je me couche, je n’ai pas beaucoup avancé…

  A l'entrée d'une pâtisserie, Rishikesh  De retour sur terre, Rishikesh

 

Mardi 30 : Mon 300ème jour en Inde, tous voyages cumulés ! Réveil à 6H45, il fait jour et très beau temps. La vue depuis ma chambre est minable : la route en-dessous et un mur de végétation juste en face ! Pas moyen d’avoir de l’eau chaude rapidement, je laisse tomber la douche. Quant au petit-déjeuner, servi à table, il est ce qu’il y a de plus sommaire mais j’obtiens quand même deux œufs au plat, des toasts brûlés et un bon café au lait.

Nous partons à 8H40. 25 minutes de perdues pour rejoindre Rishikesh par la mauvaise en route en travaux d’hier soir. Puis route assez bonne mais très virageuse vers le nord. Travaux et énorme embouteillage à l’entrée de Dehradun, la capitale provisoire de l’Uttarakhand (environ 600 000 habitants). C’est une ville poussiéreuse et sans charme où il est très rare que les touristes s’arrêtent. Et pourtant, quelques visites sont à faire (ce que nous faisons).

Sunny a beaucoup de mal à trouver le lieu de notre première visite, en dehors de la ville au sud-ouest, au village de Clement Town. Nous y arrivons enfin à 11H25 et ne le regrettons pas : le monastère bouddhique de Mindrolling (« Endroit de la Parfaite Émancipation ») est un lieu magnifique. Ce monastère fut établi en 1676 par Rigzin Terdak Lingpa à 43 km de l’actuel aéroport de Lhassa-Gonggar. Suite à l’invasion du Tibet par les Chinois et la destruction du monastère, des moines fuyant le Tibet et l’armée meurtrière chinoise en ont construit un autre ici en 1965. Voilà pour la partie historique…

Comme je le disais l’endroit est magnifique. De nombreux moines et moinillons habitent ce lieu agréable, spacieux et propre, et y étudient. Couleurs chatoyantes, grand jardin où viennent se promener les habitants de la région et deux immenses statues dorées : celle du Bouddha Shakyamuni et celle de Padmasambhava. J’aime ! Au moment où nous repartons, les moinillons, munis d’une gamelle, courent vers le réfectoire : le déjeuner est servi.

Monastère bouddhique de Mindrolling, Clement Town  Au monastère bouddhique de Mindrolling, Clement Town

Retour sur Dehradun, toujours embouteillée, et arrêt au Paltan Bazaar, dans une rue bordée de magasins où sont stockées des farines, céréales et autres produits d’alimentation. D’où les rats qui se baladent ici, en plein jour… Le Ram Rai Darbar, mausolée sikh de Ram Rai, en marbre blanc, a été dressé là à sa mort en 1867. Ram Rai était le fils dévoyé du 7ème gourou sikh Har Rai. Ses quatre femmes ont aussi chacune leur propre mausolée particulier, dans le même jardin. 

Nous continuons au nord-ouest jusqu’au Forest Research Institute, une école créée en 1929 par les Britanniques pour former les gardes-forestiers. Dans un grand parc (5 km²), l’Institut est une immense bâtisse toute en longueur en briques rouges ornée de tours mogholes et de colonnes romaines, le tout fort bien entretenu.

Mausolée de Ram Rai (1867), Dehradun  Forest Research Institute (1929), Dehradun

Nous avons pris du retard et déjeunons rapidement un peu plus loin dans la gargote d’un village (samossas et chowmein). Puis nous rejoignons la route principale menant à Mussoorie, plutôt bonne mais enchaînant de nombreux virages. Il faut dire que cette station de montagne, fondée par les Britanniques en 1823, se trouve à une altitude moyenne de 2 000 m ! 30 000 habitants, dont 5 000 Tibétains, vivent ici. Lieu de tourisme pour Indiens par excellence, Mussoorie compte, d’après mes recherches, plus de 420 hôtels !

Nous y arrivons à 15H45, le centre est interdit aux véhicules et, du coup, nous nous rendons en cyclo-pousse jusqu’au bas du téléphérique que nous empruntons. En quelques minutes, en frôlant les habitations, nous voilà au sommet de la Gun Hill, à 2 530 m d’altitude. Le temps est toujours beau mais il commence à faire frais, normal.

Isabelle et Laurent en cyclo-pousse, Mussoorie  Téléphérique de Gun Hill (2530 m), Mussoorie

Au sommet, à l’arrivée du téléphérique, ce ne sont que kiosque de jeux de foire, boutiques et bars-restaurants ; la plupart sont fermés en cette saison. Un peu de brume dans la vallée. La ville en-dessous s’étend sur plusieurs km mais est assez moche, c’est le moins qu’on puisse dire. Je n’aimerais pas vivre ici !

Nous pensions attendre le coucher de soleil, mais aucun intérêt ; nous redescendons finalement au bout d’une demi-heure puis retournons à pied au centre où, un peu plus loin, nous récupérons notre minibus. Là aussi beaucoup de boutiques touristiques. Par contre nous n’avons pas croisé un seul touriste occidental.

Statue du Bouddha Shakyamuni, monastère bouddhique de Mindrolling, Clement Town   Mausolée d'une des quatre femmes de Ram Rai, Dehradun  Statue, Mussoorie

Notre hôtel est un peu excentré, nous y arrivons à 17H30 après 127 km parcourus ce jour. Le Sun Grace Hotel est à l’écart de la route, face à la vallée (comme la plupart des hôtels ici, forcément). Ma chambre Deluxe, au second étage au-dessus du parking, n’est pas très grande, mais correctement meublée (52 € avec petit-déjeuner). Le Wifi ne fonctionne pas mais j’ai mon téléphone en 4G. Dès que nous sommes tous installés (je sers d’interprète à mes amis qui ne parlent pas anglais ni hindi) je me mets à travailler, un petit chauffage à mes pieds. Je termine mon journal de la veille vers 20H et celui d’aujourd’hui à minuit vingt.

Offrande au Gange, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar (hier) 

Mercredi 31 : Bonne nuit, réveil à 7H, il fait jour et très beau. Curieusement, aucune brume… A 5H du matin, j’avais rebranché mon petit chauffage électrique, cette fois dans la salle de bain ; j’ai bien fait car il fait un peu froid, 9° dehors, 12° peut-être dans la chambre où la fenêtre, sans double-vitrage (à priori, ça ne se fait pas en Inde) ferme mal ! Quant à la vue, elle n’est pas géniale : la vallée en-dessous mais, devant, des poteaux électriques, des câbles, des antennes, en plus des immeubles qui ne sont pas beaux…

Petit-déjeuner correct servi à table par un employé aimable, rapide et souriant.

Vue depuis Gun Hill (2530 m), Mussoorie  A Mussoorie

Et nous partons comme prévu à 9H. Direction le sud, par la route de l’aller, jusqu’à Dehradun. Beaucoup de virages, faut faire avec, et avec mon dossier qui n’arrête pas s’affaisser. Pénible ! (c’est la seule chose que je peux reprocher au chauffeur Sunny : ne pas avoir fait réparer mon siège qui m’ennuie depuis le départ).

A Mussoorie

Nous sommes à Dehradun à 10H45 et, comme à l’aller, perdons énormément de temps dans des embouteillages monstres. Que la vie doit être dure ici, entre trafic, saleté, bruit et pollution !

Puis nous bifurquons par une mauvaise route qui nous mènera à Haridwar sans passer par Rishikesh, route qui s’améliore par la suite. Et nous arrivons enfin à Haridwar à 12H45. 3H45 pour parcourir 99 malheureux kilomètres !

Elèves sikhs, Rishikesh  Vélo-pousse, Haridwar

Nous nous installons dans nos chambres du Crystal Ganga Heights, même type que dimanche. Mais, cette fois, ma fenêtre donne sur un grand mur, rien d’autre ! Nous déjeunons à l’hôtel, très bon repas (mais vivement une côte de bœuf !)

A 15H30, Sunny, sans Himmat (parti plus tôt pour prendre un bain rituel dans le Gange), nous accompagne jusqu’au bord du fleuve et parque au même endroit que l’autre jour, près du campement de Gypsies. Comme nous devons le quitter demain matin lorsqu’il nous amènera à la gare de bonne heure, nous lui remettons dès maintenant notre enveloppe de pourboire tout en le remerciant chaleureusement.

Marchand de barbe à papa, Ram Jhula, Rishikesh   Au Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Sâdhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous distribuons aux petits Gypsies quelques produits de toilette puis rejoignons à pied le ghat Hai-ki-Pairi, le ghat principal d’Haridwar. Beaucoup de monde, toujours. C’est très plaisant, fascinant même : toutes ces origines, ces traits de visage, ces couleurs de vêtements, ces rites, ces gens qui se baignent, ces enfants qui repêchent des pièces de monnaie dans le Gange grâce à de gros aimants (l’un remonte même une paire de lunettes !), ces vendeurs, ces fillettes qui veulent absolument nous apposer une tika (moyennant finance), ces vieilles femmes aux seins nus qui se rhabillent, ses volontaires qui essayent de récolter de l’argent pour la bonne cause, ces mendiants qui attendent patiemment une obole, ces prêtres qui bénissent des familles entières sur leur stand, ces personnes en contemplation ou en prières… Un groupe de femmes, s’accompagnant de percussions, chante (https://youtu.be/8mS17_Bb6Jo).  Le slogan publicitaire « Incredible India » reflète tout à fait l’âme de ce pays dont je ne me lasse absolument pas (je resterais bien un ou deux mois de plus).

Au Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Récupérateur de métal, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

Nous nous séparons et fixons un lieu de rendez-vous (en espérant toujours que Michèle se perde, ah ah ah) ; ainsi chacun est libre de faire les photos qu’il veut. Lorsque l’ombre gagne les quais je me balade dans une rue parallèle bordée de petites boutiques en tous genres, et trouve un salon de coiffure (« Royal Hairdresser ») où un gamin de 17 ans peut-être me coupe convenablement les cheveux puis me masse le cuir chevelu, le dos et les bras. Il utilise ensuite une machine vibromasseur qu’il fixe sur les dos de sa main pour continuer à me masser, c’est agréable. Et, à deux reprises, il met un doigt dans chaque oreille, bizarre (il a sans doute été récolteur de miel dans une vie précédente). Je lui laisse un peu moins de 3 euros, le double du tarif demandé, il est ravi (déjà, d’avoir massé un beau mec comme moi…).

Au Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Chez le coiffeur, Haridwar

Je retrouve mes compagnons avec un peu de retard et nous nous essayons par terre sur le ghat pour attendre la cérémonie ancestrale du Ganga aarti. Nous ne sommes pas seuls mais beaucoup moins nombreux que dimanche. Curieusement, rien ne se passe au coucher du soleil. Renseignements pris, elle a lieu à 21H ce soir ; nous pensions qu’elle avait lieue tous les soirs au coucher du soleil. Un peu dépités, nous rejoignons notre minibus et rentrons à l’hôtel vers 18H30. Encore une merveilleuse journée !

Bien sûr, je me mets de suite au travail. Jusqu'à 22H30. Puis lecture au lit, un petit quart d’heure.

Au Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Sâdhu, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar

 

Jeudi 1 février : Le téléphone sonne pour me réveiller, comme demandé : il est 5H15. Comme je dormais bien ! Juste le temps de me doucher et de prendre un café. Départ en minibus pour la gare à 5H45.

Nous y sommes moins de 10 mn plus tard. Adieux à Sunny. Des dizaines de personnes sont allongées dans le hall, enroulées dans des couvertures. Le train, arrivant de Dehradun, se fait un peu attendre. Puis, sur le quai, c’est la cohue. Nous regagnons rapidement notre wagon, évidemment tout au bout, et pouvons y grimper avant que le convoi ne redémarre. Il est 6H30.

Offrandes pour Shiva, Hai-ki-Pairi Ghat, Haridwar  Vendeur ambulant, Haridwar

Pas très confortable et pas de déjeuner gratuit cette fois ; mais on a les sandwiches et chapatis de l’hôtel. Je travaille d’abord plus de deux heures sur mon ordi puis bouquine. Himmat est cette fois près de nous, assis à côté du seul autre Occidental du wagon. Un homme arrose le sol du couloir puis passe une serpillère, ce qui n’empêche pas mes blattes de de balader (je ferme bien mon sac). On aperçoit même des rats !

Nous parcourons ainsi 253 km pour 6 euros. Le train, comme d’habitude, prend du retard. Au lieu d’arriver à 11H15, c’est à 11H55 que nous entrons en gare de Delhi !

Dans le train Haridwar-Delhi  Dans le train Haridwar-Delhi

En descendant, Isabelle fait tomber une écharpe entre le quai et le train : un porteur se déchausse aussitôt, se met dans l’interstice et la récupère avec ses orteils ! Il faut le voir pour le croire ! Vraiment dangereux, mais il faut tenir compte du fait que, eux, ils ont plusieurs vies, ça change tout. On lui donne l’équivalent de 0,30 €, il est ravi comme tout !

Himmat fait aussi des siennes : la poignée de sa valise lâche. Sur le quai, et je n’avais jamais vu ça, des hommes se baladent avec une caisse à outils, des poignées de rechange, des fermetures éclairs et d’autres articles de réparation ; la valise est arrangée en quelques minutes et on insiste pour que je fasse réparer mes chaussures trouées en deux endroits (mais je vais les jeter, elles ont fait leur temps). Nous quittons la gare à la recherche du minibus qui doit nous récupérer. C’est alors qu’Himmat s’aperçoit qu’il a oublié dans le train un sac contenant des vêtements d’enfants qu’Isabelle lui avait donné (il est papa d’un second garçon depuis trois jours). Il retourne jusqu’au train, toujours là, mais le sac a disparu !

Réparateur de bagages, gare de Delhi  Quand on a de l'aura...  Himmat, notre guide

Petit tour à New Delhi dans le quartier regroupant Porte de l’Inde, Palais présidentiel, Assemblée nationale, Palais du gouvernement. Le tout est desservi par de grands avenues que nous n’avons pas le droit de prendre en minibus, paraît-il. Ça roule plutôt bien ici (surtout quand on sait que le Territoire de Delhi compte 22 millions d’habitants !)

Puis nous rejoignons l’hôtel Clark International, où j’ai déjà séjourné deux fois. Je n’ai pas de chambre car je dois partir pour l’aéroport à minuit alors que mes amis ne partiront que demain matin. Au premier étage, je partage en attendant celle de Michèle, toute petite et assez minable (je parle de la chambre). Pas de fenêtre et bruits de la cuisine en-dessous. Nous posons nos bagages et déjeunons, très bien, au restaurant de l’hôtel (du poulet !). C’est là que nous faisons nos adieux à Himmat, notre sympathique guide qui a réussi à nous (me) supporter tout au long du voyage !

Puis, dans la chambre de Michèle ma belle, je travaille et fais une sieste d’une heure alors que mes amis partent en rickshaw visiter le vieux Delhi. Le soir, diner tous ensemble, presque le même menu qu’à midi ; moi j’aime bien mais mes amis sont un peu lassés de cette nourriture. Je dis au revoir à Isabelle et Laurent, travaille chez Michèle jusqu’à 22H30 puis vais m’installer à la réception dans l’attente de mon taxi pour l’aéroport.

Palais du gouvernement, New-Delhi  Pâtisseries je vous aime !

 

Vendredi 2 : Vers minuit, un agent d’India Exotica Travels arrive et nous montons dans un taxi qui nous amène à l’aéroport en 35 minutes. Enregistrement assez rapide de mon sac d’une vingtaine de kilos, hôtesse de British Airways très sympa qui me trouve une place en hublot alors qu’il n’y en avait plus sur Internet ce matin. Longue attente à l’immigration (et questions sur les destinations de mon précédent voyage en Inde et de celui-ci). Et nouvelle attente au contrôle de sécurité (où ma bouteille d’eau passe !). Il est 1H30 lorsque j’atteins la salle d’attente. Presque deux heures à attendre.

Embarquement dans un Boeing 747-400, pratiquement plein. J’ai encore de la chance : siège libre entre moi et un autre passager, c’est toujours plus confortable. Ecran vidéo minuscule (quasiment inutilisable). Décollage à 3H50, avec une demi-heure de retard. Je m’endors aussitôt pour plus de cinq heures, génial ; 9H30 à ma montre à mon réveil (en fait 4H à Londres). Dans une heure à peine, mes amis s’envoleront pour Lyon, par Dubaï. Lecture. Nous survolons Brest vers 5H. Petit-déjeuner copieux et relativement bon un peu plus tard.

Atterrissage à Londres Heathrow, terminal 5, à 7H25 (durée du vol 8H55 pour 6 698 km, décalage horaire -5H30). Bus pour rejoindre le terminal 3 et long contrôle de sécurité. Attente : Wifi gratuite performante et lecture.

Garçonnet, Kangra  A l'aéroport de Delhi  Adolescent, Mussoorie

Cet aéroport londonien est vraiment beau ; pensée pour mon amie Isabelle qui y aurait sans doute apprécié les multiples boutiques (de luxe surtout). Je m’achète un casse-croûte puis embarque dans un Airbus A320 de la British Airways toujours. Aucun équipement particulier, nourriture et boissons payantes.

Décollage à 11H10. A l’arrivée beau survol de Marseille, Niolon au loin. Atterrissage à Marseille Provence à 13H50 (après 986 km). Mon sac m’attend, bus, métro, marche et je suis chez moi avant 15H. 

En voitures et trains, j’ai parcouru 6 024 km durant ce superbe voyage et ramené 2 375 photos et 23 vidéos (mais aussi 103 kg).

Au temple de Vaidyanath, Baijnath  Fleur de thé, plantation de thé de Kangra, Kasorti

 

Quelques jours plus tard : J'ai retrouvé Marseille, mais aussi le froid et le mistral. Comme j’aimerais être toujours en Inde ! Ce pays m’attire, tellement différent de la France. Mais, franchement, s’il est (presque) parfait pour le tourisme, mais je ne me verrais pas y vivre (sauf, peut-être, à Majuli).

J’espère pouvoir y retourner dans un an, j’ai encore plusieurs régions à visiter. A suivre donc…

 

                                                                                Gros-bec, Baijnath                 


 

 
25/01/18

En Inde du vendredi 19 au jeudi 25 janvier 2018 (septième semaine) :

Vendredi 19 : Réveil vers 7H. Petit-déjeuner moyen, les serveurs ont dû fumer la chicha toute la nuit, ils sont complètement à la masse. Nous quittons cet hôtel de m…. et prenons la route à 8H30 (trop tard à mon goût). Direction sud-est. Nous sommes en montagne et, comme hier, ce n’est qu’une suite de virages qui me bringuebale d’un côté à l’autre (en plus mon siège a un problème, le dossier n’arrête pas de se mettre tout seul en position repos).

Les paysages sont sublimes, beaucoup de verdure, rien à voir avec les étendues mornes d’hier. Prairies, champs en terrasse où pousse le blé, bois, villages et maisons clairsemées et chaine de montagne en fond. A 10H, nous sommes au col de Jot, à 2 300 m. Il n’y fait pas froid, beaucoup de soleil. Du haut d’un promontoire, très belle vue.

Arrêt en bord de route, mes amis ont aperçu de petits enfants devant une maison : ils remettent à la famille, très heureuse, quelques vêtements de petite taille (ils en ont apportés tout un stock, tout neufs !).

Nous redescendons de l’autre côté et traversons Chowari et continuons par une route un peu meilleure. 

Sur la route du col de Jot  Au fond, la chaine de l'Himalaya

Arrêt pour déjeuner de bonne heure à Patka, assiette de riz, champignons et oignons, excellent. Continuation par Charpur puis Ladwara. Toujours de la montagne et de (trop) nombreux virages. Enfin, à 15H50, nous sommes à Masrur. S’y trouvent les vestiges moyennement conservés d’un ensemble de temples creusés dans la roche au Xème siècle. Ce sont des skikharas de gré aux côtés sculptés. Cela devait être très beau avant le tremblement de terre de 1905. La lumière n’est pas bonne pour les photos, mieux aurait valu les visiter le matin. Tant pis.

Une famille vers Pakta  Temples de Masrur (X S)

Quarante minutes plus tard, nous repartons dans l’autre sens, passons Gaggal et arrivons à Dharamsala à 18H. Juste auparavant, belle vue sur la chaine de l’Himalaya rosie par la lumière du soleil couchant. Il nous faut encore 25 mn pour arriver à notre hôtel à McLeod Ganj, alors qu’il fait déjà nuit. Le 8 Auspicious Him View, tenu par deux jeunes sœurs d’origine tibétaine, se trouve au bord d’une rue étroite, à environ 1 700 m d’altitude. Je m’installe pour deux nuits dans une chambre donnant sur la rue mais en change pour une chambre plus petite au premier étage à l’arrière, qui devrait être plus calme. C’est correct, le Wifi fonctionne bien et j’ai un petit chauffage ! (28 € avec petit-déjeuner). Ce soir je dine avec mes amis : il y a notamment au menu des momos aux légumes (genre de raviolis tibétains), qui sont excellents. Nous préparons ensemble notre programme de demain. Puis travail dans ma chambre jusqu’à 23H30.

L'Himalaya au coucher du soleil

 

Samedi 20 : Excellente nuit, chauffage coupé, et réveil à 7H20 ! Douche chaude mais salle d’eau très froide. Mais après, quel plaisir de profiter d’un chauffage d’appoint ! Vue sur certains hôtels et sur la montagne. 7H50 : le soleil apparaît, il fait un temps superbe. Petit-déjeuner copieux, les deux sœurs de l’hôtel sont hyperactives (ça change d’hier matin !).

C’est d’abord à pied, par des rues pentues et bordées de boutiques et stands, que nous partons jusqu’au Tsuglagkhang, l’équivalent pour les Tibétains en exil du temple de Jokhang à Lhassa.

Alentours de Dharamsala

Mais, tout d’abord, quelques mots sur Dharamsala… (d’après Wikipedia)

Dharamsala, 30 000 habitants environ, est située dans la vallée de Kangra, sur les bords des montagnes Dhauladar. Elle est appelée la petite Lhassa car elle est la terre d'accueil du 14e Dalaï-lama, Tenzin Gyatso, actuellement en exil du Tibet. De fait, la ville s'étend sur 29 km² divisés en deux parties :

- la partie la plus urbanisée, la ville Basse Dharamsala, plus connue sous le nom de Dharamsala, qui culmine à 1 240 mètres. On y trouve le plus de commerces et le centre administratif de la ville.

- à 9 km de distance par la route sinueuse (mais à 4 km à pied), on trouve la ville haute, plus connue sous le nom de McLeod Ganj, située à 1 770 m de moyenne, où logent la plupart des réfugiés tibétains.

Dharamsala est devenue une attraction touristique fréquentée chaque année par 400 000 touristes étrangers et un nombre égal de touristes indiens. Cafés, bars à bière, chambres d'hôte, salles de yoga, salons de tatouage et de piercing côtoient des réclames pour des stages de médecine naturelle, de bouddhisme, de spiritualité.

Vue depuis l'hôtel 8 Auspicious Him View, Dharamsala

Depuis de nombreuses années, le bouddhisme est la religion principale de la région : déjà au VIIème siècle, on recense 50 monastères dans la vallée qui logaient près de 2 000 moines. Mais le brahmanisme (branche de l'hindouisme) ainsi que l'islam progressant en Inde portèrent un coup à l'impact et à la présence du bouddhisme dans la région.

À partir de 1848, les Anglais occupèrent le lieu et y installèrent une garnison qui aujourd'hui est occupée par l'armée indienne. McLeod Ganj fut inaugurée durant les années 1850 après que la garnison britannique s'y fut installée. Cette dernière était commandée par le lieutenant-gouverneur du Penjab David McLeod. En 1852, Dharamsala devint le chef-lieu de district de la vallée de Kangra. C'est à cette époque que les Anglais travaillant ou logeant à Delhi firent de Dharamsala un lieu de villégiature en raison de sa simplicité et de son climat plus frais. De ce fait, la ville gagna en activité et en notoriété jusqu'au tremblement de terre de 1905 qui détruisit la plupart des constructions et tua 20 000 personnes. Toute la région fut ruinée et les Anglais déménagèrent à Shimla, également située dans l'Himachal Pradesh. Encore aujourd'hui, Dharamsala se trouve sur une zone sismique et ressent des vibrations de la terre.

Vue sur McLeod Ganj, Dharamsala  Avec le topi himachalais

… et sur les réfugiés tibétains à McLeod Ganj (d’après Wikipedia) :

Quand le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso, quitta le Tibet envahi et martyrisé par les Chinois (ce qui est malheureusement toujours d’actualité), le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru l'autorisa avec ses proches à établir un gouvernement tibétain en exil à Dharamsala en 1960. Depuis, plusieurs milliers de réfugiés tibétains se sont établis dans la ville. La plupart d'entre eux résident dans le quartier de McLeod Ganj, où ils ont établi des monastères, des temples et des écoles.

Le gouvernement tibétain en exil a son siège à Gangchen Kyishong. En 1959, environ 90 000 Tibétains se sont exilés du Tibet pour échapper aux persécutions religieuses et politiques liées à l'occupation chinoise du Tibet. Tous les ans, environ 3 000 Tibétains fuient durant environ un mois, en hiver, à travers les montagnes de l'Himalaya pour arriver soit au Népal soit au Sikkim. Environ 10 000 d'entre eux vivent à McLeod Ganj.

En 1961, le dalaï-lama refonda à Dharamsala l'Institut de médecine et d'astrologie tibétaine. On y enseigne et on y développe aujourd'hui la médecine tibétaine. L'Institut Chakpori de médecine tibétaine, refondé par la suite à Darjeeling en Inde, forme également des médecins tibétains. Dharamsala est aussi le siège d'associations des Tibétains en exil luttant pour ce qu'ils appellent la « liberté du Tibet » et le respect des Droits de l'Homme pour les Tibétains qui sont citoyens de la République populaire de Chine.

Au monastère de Tsuglagkhang, Dharamsala  Au monastère de Tsuglagkhang, Dharamsala

Nous voilà arrivé au Tsuglagkhang, où se trouve le monastère de Namgyal, le monastère personnel du dalaï-lama depuis le 3e dalaï-lama (il nous faut passer sous un portique et faire fouiller son sac pour pénétrer dans les lieux). Il a été établi à Dharamsala en 1961 après que celui de Lhassa, dans l’enceinte du palais du Potala, ait été bombardé par les Chinois en 1959 (plus de 120 moines tués, seuls 52 moines purent s'enfuir et quitter le Tibet, rejoignant le 14e dalaï-lama. Deux bâtiments ont été construits : le temple principal du monastère et un temple consacré au Kalachakra, décoré de fresques représentant les 722 déités du mandala, émanant du Bouddha Shakyamuni.

En vérité, je suis très déçu : non seulement le dalaï-lama n’est pas là pour m’accueillir, en voyage à Bodhgaya (Bihar) pour y tenir des conférences mais, de plus, la plupart des moines l’ont suivi là-bas. Du coup, les bâtiments plutôt laids sont pratiquement vides. Je m’attendais à la foule, aux couleurs, à l’exubérance des temples tibétains mais, ici, rien de tout ça.

Moinillon, monastère de Tsuglagkhang, Dharamsala  Au monastère de Tsuglagkhang, Dharamsala  A la cascade de Bhagsunag, Dharamsala

Des travaux ont lieu partout, des peintres repeignent des murs, des gravats jonchent les chemins, des macaques marchent sur une terrasse. Dans une pièce brillent des centaines de lampes à huile. Nombreux moulins à prières autour d’un bâtiment ainsi qu’un moulin géant dans une jolie salle décorée. L’une des salles de prières est assez belle, avec ses grandes statues du Bouddha. Heureusement, nous pouvons apercevoir quelques moinillons faisant le ménage. Un peu de vie, enfin !

Notre minibus nous attend à la sortie et nous nous dirigeons vers la cascade de Bhagsunag, qu’on atteint ensuite à pied, après avoir passé les stands d’artisanat et babioles en tous genres (on y trouve même des tours Eiffel !), par une grimpette de 700 mètres. Il fait chaud (la météo annonce 18°, je peux vous affirmer qu’il en fait au moins 23). Beau paysage mais rien de transcendant là non plus : peu d’eau, ce n’est pas la saison. Ça nous a au moins dégourdi un peu les jambes.

Lampes à huile, monastère de Tsuglagkhang, Dharamsala  Vendeur d'offrandes hindoues, Dharamsala

Puis, en minibus, nous descendons jusqu’au sud de la Ville basse et arrivons vers 13H à l’institut Norbulingka, un centre culturel fondé par le présent dalaï-lama et dédié à la préservation de l'héritage culturel du peuple tibétain. Il abrite un temple tibétain, un département d'études, un hôtel, un restaurant, un institut d'enseignement, un département littéraire, un musée de poupées tibétaines et des ateliers d'artisanat où 300 artisans réalisent des sculptures, des confections, de la sculpture sur bois, de la ferronnerie et des thangkas.

Nous déjeunons là, en terrasse et dans le calme, il n’y a personne. Repas correct, mais prix plus élevés qu’ailleurs. En fin de repas arrive un groupe de Brésilien(ne)s. Après le repas nous nous baladons dans le jardin à la japonaise jusqu’au beau temple rouge et doré, grimpons sur les terrasses puis visitons quelques ateliers : thangkas, confection et sculpture sur bois.

A l'institut Norbulingka, Dharamsala  Thangkas, institut Norbulingka, Dharamsala

Nous repartons de là vers 15H et rejoignons, après avoir demandé plusieurs fois notre route, le gompa de Nechung (assez proche de notre hôtel). Joli stupa devant le bâtiment où réside l'oracle de Nechung, l'oracle officiel d'État du Tibet (son prédécesseur avait accompagné le dalaï-lama dans sa fuite). Ce médium, qui a rang de vice-ministre, est consulté à l’occasion du Nouvel An tibétain. Depuis le 4 septembre 1987, Thubten Ngodup, né en 1957 à Phari au Tibet, est le 17e du titre ; il a pris la succession de Lobsang Jigmé, entré en fonction en 1945 et décédé en 1984 en Inde. Ce dernier avait prévu en 1947 les troubles dus à l'arrivée du régime communiste en Chine et conseillé le départ du dalaï-lama en 1959.

Visites terminées, nous sommes de retour à l’hôtel vers 16H30 (32 km parcourus). Michèle, Isabelle et Laurent repartent peu après faire les boutiques tandis que je travaille dans ma chambre (beaucoup de recherches à faire sur Internet).

Vers 19H, Laurent vient taper à ma porte : il vient de rentrer avec Isabelle tandis que Michèle, qui devait rentrer une heure plus tôt, n’est pas arrivée. Il est inquiet (pas moi !). Impossible de la joindre, son téléphone ne répond pas. Une demi-heure plus tard, elle n’est toujours pas là et les deux sœurs de l’hôtel partent à sa recherche. Elles reviennent au bout d’un quart d’heure avec Michèle qui, s’étant complètement perdue, ne connaissant ni le n° de téléphone d’Himmat ni le nom et l’adresse de l’hôtel, attendant devant le poste de police. La honte ! Il faut le faire ! Et le vivre pour le croire ! Moi qui me voyais déjà avec une place de plus dans le minibus ! Du coup, je vais de nouveau diner avec le groupe (c’est trop bon), je ferai le régime demain soir. Puis je termine mon travail dans la chambre, jusqu’à 23H15.

A l'institut Norbulingka, Dharamsala  Stupa du gompa de Nechung, Dharamsala

 

Dimanche 21 : Mauvaise nuit, insomnie, est-ce la faute de Michèle ? Réveil à 5H50, mes yeux piquent. Infos sur TV5 : nouvelle attaque terroriste dans un hôtel de Kaboul, le même déjà visé en 2011 (21 morts à l’époque). Vu les mesures de sécurité constatée sur place, je me demande comment c’est possible ! Tristesse. Pr contre on n’y parle pas de l’errance de Michèle dans les rues de Dharamsala à la recherche d’un lama ! Serge ou Dalaï ?

Comme hier, petit-déjeuner complet, familial (je crois que nous étions les seuls à l’hôtel cette nuit). Départ à 9H pour le lac sacré, pas au programme mais qu’Himmat veut nous faire voir. Après vingt minutes, nous arrivons à une grosse mare verte, aucun intérêt. Demi-tour jusqu’à Dharamsala et continuation, par une route quelque peu tortueuse jusqu’à Kangra, une ville de 10 000 habitants à 734 m d’altitude.

Oiseau, fort de Kangra  Fleurs de frangipanier

Visite du fort, perché sur sa colline, qui date de plus de 1 000 ans. Il a été construit par les rajas hindous puis occupé successivement par les conquérants moghols et sikhs et enfin par les Britanniques de 1846 à 1905 date à laquelle il fut très sévèrement endommagé par le tremblement de terre qui secoua la région. Mais il a été partiellement réparé et a de beaux restes, notamment de nombreuses portes et de longues murailles. Du plateau tout en haut, où se trouvait le palais, belle vue sur la vallée malheureusement un peu embrumée aujourd’hui malgré le beau temps.

Fort de Kangra (XI S)  Femmes jaïnes, fort de Kangra

A l’intérieur du fort, un petit temple jaïn attire quelques pèlerins, notamment des femmes avec un tissus devant la bouche pour ne pas tuer d’insecte en respirant et un plumeau à la main pour écarter les insectes de leur pas en marchant (ce que, curieusement, elles ne font pas).

Nous repartons et continuons jusqu’au temple de Brajeshwari Devi, en centre-ville. Pour y parvenir il faut traverser durant une dizaine de minutes un bazar : boutiques de jouets, friandises, offrandes, tissus, vêtements etc… L’ambiance serait vraiment sympa si l’on n’était pas collé par des mendiants. Puis, déchaussés, nous pénétrons dans l’enceinte, là où est tombé le sein gauche de Sati, la première épouse de Shiva, après qu’elle eut été consommé par les flammes.  Ben oui, nous on a bien des saints ! Beaucoup d’hindous font la queue pour aller remettre un panier d’offrande au prêtre à l’intérieur du temple. Dans la cour, des macaques jouent, des familles assises sur le sol discutent, un vieil homme joue du pipeau, comme le faisait si bien François Hollande. Bref, c’est très vivant !

Pèlerin tibétain, Dharamsala (hier)  Représentation d'Hanuman  Les moustaches du Sikh, fort de Kangra

Nous déjeunons à la sortie de la ville, au Kangra Rodeway Inn, un hôtel-restaurant. Très bon repas indien (je crois que de ma vie je n’ai jamais eu un mauvais repas indien).

Le ventre plein, nous rejoignons, sur la route de Palampur, le temple de la déesse Chamunda, bâti à 1 000 m d’altitude sur les bords de la rivière Ban Ganga. Chamunda est un des avatars de Devi, la déesse-mère des hindous. C’est un endroit assez particulier, en plein travaux, assez sale et plein de gravats. Un grand bassin avec une statue de Shiva au milieu accueille de petites embarcations (genre parc d’attraction). Quant au temple, il n’offre rien de particulier. Je n’ai pas trop aimé. En face, de l’autre côte de la rivière, un lieu de crémation fume.

Au temple de Brajeshwari Devi, Kangra  Garçonnet, temple de Brajeshwari Devi, Kangra  Au temple de Brajeshwari Devi, Kangra

Continuons… 10 km nous amènent à Palampur, un bourg d’environ 60 000 habitants. Il est 16H10 lorsque nous arrivons à l’hôtel Surbhi où nous resterons deux nuits (82 km parcourus). Près d’une demi-heure pour pouvoir s’installer (j’ai même le temps d’aller m’acheter en face une souris pour mon ordinateur, la mienne présentant des problèmes). 

Chambre au premier étage, donnant sur la rue, avec un balcon collectif. C’est simple mais correct (26 €). Mais le Wifi ne fonctionne pas (toutefois on nous prête un routeur particulier) et il faut louer un petit chauffage à 3 € la nuit (nous sommes tout de même à 1 472 m d’altitude et il est annoncé 1° durant la nuit). Ici, on ne fournit pas non plus de papier-toilette (heureusement, je pourrai utiliser un des oreillers dont je ne me servirai pas pour dormir).

Je me mets au travail, tandis que mes amis vont prendre leur premier cours de yoga dans la salle à manger avec Himmat comme professeur. La première leçon est simple, axée sur la souplesse : il suffit de mettre ses pieds derrière sa tête, ce n’est pas bien sorcier. Nombreuses coupures de courant. Je termine vers 22H15, dîne d’une crème de régime puis bouquine jusqu’à 23H. 

Temple de Brajeshwari Devi, Kangra  Au temple de la déesse Chamunda, vers Kangra

 

Lundi 22 : Plutôt bien dormi, jusqu’à 6H30 (avec mes boules Quiès, ça allait). Remis mon petit chauffage en route une heure plus tôt, lors d’un réveil absolument nécessaire : il fait bon dans ma chambre. Longue attente pour le petit-déjeuner, qui n’est pas prêt (pourtant commandé la veille et nous sommes seuls dans la salle), mais se révèlera correct, sans plus. Du coup, nous partons en visite à 9H15, en retard. Beau temps.

Une demi-heure plus tard, nous arrivons au monastère bouddhiste de Khampagar, à Tashi Jong : coup de cœur, rien à voir avec la tristesse du monastère de Tsuglagkhang à Dharamsala. Ici c’est plein de couleurs vives, rouge et jaune dominent. Ce bel ensemble a été construit en 1973 mais paraît neuf (très bien entretenu). Visiblement il sert aussi de maison de retraite pour les vieux Tibétains, nombreux ici. Quelques jeunes moines habillés de rouge semblent complètement désœuvrés, jouant avec leur portable et à peine polis. Deux jolies salles de prière, l’une entourée des chambres de moines, l’autre un peu plus loin. L’endroit est vraiment charmant. Quelques photos en compagnie de Tibétains.

Monastère de Khampagar, Tashi Jong  Moines, monastère de Khampagar, Tashi Jong

Nous continuons jusqu’à Baijnath, où se trouve le temple hindou de Vaidyanath : c’est le dieu des médecins, l’une des formes de Shiva. Ce temple, petit mais superbe, a été construit en 1204. A l’entrée, un grand Nandi (le taureau, véhicule de Shiva) accueille les pèlerins qui viennent lui glisser à l’oreille des prières qu’il devra ensuite transmettre à Shiva. Je n’avais jamais vu ça ! Ils vont ensuite apporter des offrandes, en général du lait ou du beurre clarifié, au prêtre à l’intérieur du temple, qui déverse cela sur le petit lingam de Shiva. Ces offrandes s’écoulent ensuite dans une petite fontaine, dans la cour, et certains fidèles s’en barbouillent le front (à chacun ses rites). Le temple est orné à l’extérieur de très belles sculptures. Ce lieu reçoit plusieurs centaines de pèlerins par jour, surtout le lundi, le jour de Shiva (aujourd’hui donc). Encore une belle découverte !

Au monastère de Khampagar, Tashi Jong  Temple de Vaidyanath (1204), Baijnath  Krishna, temple de Vaidyanath, Baijnath

Plus loin, sur la route, nous apercevons des élèves assis par terre dans une cour d’école privée ; ils semblent parfaitement disciplinés et étudient, profitant du soleil, tandis qu’un autre groupe répondent à une interrogation écrite. Himmat demande au professeur principal de rentrer et prendre des photos, ce qu’il accorde facilement. Deux classes accueillent les maternelles. Que tous ces petits en uniforme, bas gris et haut vert, sont attendrissants (et marrants) !

Au temple de Vaidyanath, Baijnath  A l'école privée Aryan, Baijnath

Nous voilà à Bir, à 1 500 m d’altitude, où un champ d’atterrissage reçoit les parapentes partis de Billing, à 2 600 m. De nombreux rapaces tournent dans le ciel tandis que nous déjeunons en terrasse sur le toit d’un restaurant qui offre une vue splendide. Repas correct, mis à part la sauce servie avec les délicieux momos aux légumes : du ketchup, c’est lamentable !

Parapente, Bir  Momos (au ketchup !), Bir

A Bir toujours, arrêt au monastère tibétain de Tsering Jong, qui date de moins de dix ans : encore un superbe endroit, les tibétains sont forts pour bâtir des choses harmonieuses entourées d’espace vert. Une ronde de statues de musiciennes et danseuses nous accueille ; elles n’ont rien de Tibétaines ! Peu de monde ici, le lieu est presque désert et la salle de prières fermée. Quel dommage ! Le plus étonnant (pour moi) est la suite de jolis petits bungalows servant de logement aux moines.

Continuation jusqu’à Kasorti et petite marche parmi de luxueuses villas jusqu’à la plantation de thé vert de Kangra (thé commercialisé par Himalayan Brew) : mais ce n’est pas la saison, personne n’y travaille et ces grandes étendues vertes et plates ne présentent pas un grand intérêt. Après cette balade, Sunny nous reconduit à l’hôtel (72 km parcourus).

Il est 16H30 et je me mets aussitôt au travail. Je termine vers 22H, dine d’une soupe et d’une crème hyperprotéinée, traine un peu, bouquine et m’endors vers 23H. Entre-temps, nous avons chacun reçu un rouleau de PQ, l’oreiller supplémentaire ne me sert plus à rien.

Monastère de Tsering Jong, Bir  Plantation de thé de Kangra, Kasorti

 

Mardi 23 : Excellente nuit, réveil à 6H50. Le jour se lève à peine. Après un petit-déjeuner ordinaire, nous quittons l’hôtel à 8H. Ciel gris et léger mal de tête (mauvais signe). Route sinueuse vers le sud-est, repassant par Baijnath où nous nous arrêtons pour regarder en contrebas une cérémonie d’entrée de classe dans une école publique.

Il ne fait pas chaud, et notre minibus n’a pas de chauffage ! (j’ai du mal à comprendre comment on peut faire un circuit en montagne sans chauffage dans le véhicule !).

Durant le trajet, Himmat nous parle aujourd’hui de la crémation, des veuves et d’autres sujets. Il nous dit que les habitants de la région sont très inquiets car il n’a pas encore neigé ; s’il ne neige pas, il n’y aura pas d’eau au printemps et, donc, de mauvaises récoltes.

Après un arrêt pour prendre un thé massala (durant lequel mes amis distribuent des vêtements d’enfants à une famille nécessiteuse), nous arrivons à Mandi, ville embouteillée, que nous traversons pour continuer, au sud, jusqu’à Rewalsar, par une bien mauvaise route de 25 km qui grimpe dans la montagne. Nous y sommes à 13H.

Village, vers Baijnath  

Rewalsar, située à une altitude de 1 360 m dans la partie sud de la ceinture himalayenne, est bâtie autour d’un lac sacré de forme rectangulaire d’une profondeur maximum de 6,5 mètres. Rewalsar (1 500 habitants environ) est sacrée pour les fidèles de trois religions majeures : l'hindouisme, le bouddhisme et le sikhisme. Ils ont tous des temples bâtis autour.

Nous déjeunons rapidement d’une soupe, d’un chowmein et de quelques momos, ça réchauffe. Nous allons ensuite visiter le Zigar Drukpa Kargyud Institute, une école qui offre une éducation à la fois traditionnelle, moderne et, bien sûr, religieuse, aux enfants tibétains réfugiés. Ceux à qui nous parlons viennent pourtant du Népal. Le bâtiment est assez sobre mais pourtant beau. La salle de prières, où de nombreux moines, assis sur le sol, écoutent un sermon du supérieur et méditent, est somptueuse.

Salle de prières, Zigar Drukpa Kargyud Institute, Rewalsar  Moinillons népalais, Zigar Drukpa Kargyud Institute, Rewalsar

Puis nous grimpons jusqu’au monastère de Zigar, au-dessus, surmonté d’une énorme statue de Padmasambhava (12 m de haut). De là, vue imprenable sur le bourg, le lac et les nombreux temples : ah, s’il faisait beau ! La salle de prières, déserte, est très colorée, beaucoup de statues, dorures et peintures murales. Dehors des macaques rhésus s’amusent.

Au monastère de Zigar, Rewalsar  Tibétaine, Rewalsar  Au monastère de Zigar, Rewalsar

A 14H40, après avoir acheté quelques petites pâtisseries, nous repartons vers Mandi. Quelques gouttes de pluie. Une heure plus tard nous y sommes. Mandi, à une altitude moyenne de 1 044 m, se trouve sur le cours de la Beas, un sous-affluent de l'Indus. Elle compte environ 28 000 habitants et 81 temples, la plupart dédié à Shiva. Certains surnomment Mandi « le petit Bénarès de l’Himachal Pradesh ». 

Au temple de Vaidyanath (1204), Baijnath (hier)

C’est sous la pluie que nous partons la visiter, en déambulant dans le bazar. Beaucoup de boutiques sont tenues par des sikhs, notamment des sikhs végétariens, habillés et coiffés de blanc. C’est chez l’un d’eux que je m’achète un pullover « Monte-Carlo » car j’ai froid ; aussi, je suis en short, sans doute le seul de toute la région !

Ce marché est plaisant, plein de vie et pas du tout touristique (les touristes sont rares ici). Laurent achète un puri aux lentilles (pain gonflé) qu’il partage avec moi : il est excellent (je parle du puri…)

Sikhs végétariens, Mandi  Puri aux lentilles, Mandi

De petits temples sont disséminés partout ; impossible de connaître leur nom, même les autochtones ne le savent pas. Ils sont tous différents, certains peints de couleurs vives ou au contraire de pastels délavés, d’autres sont de style sikharas ou alors recouverts de sculptures comme le Maha Kala.

Le temple d’Akadash Rudra, par exemple, est peint de couleurs vives : rose, vert, orange, rouge ; il ne passe pas inaperçu ! Plus loin, un lingam trône en haut des ghâts sur les bords de la Beas.

Surplombant la rivière, le temple de Pancha Vaktra a fière allure : à l’intérieur, deux statues de Shiva à cinq têtes (il est assez rare à priori que Shiva soit représenté ainsi, ce sont les cinq éléments du monde). 

Mandir d'Akadash Rudra, Mandi  Lingam sur les bords de la Beas, Mandi

Balade plaisante, même sous la pluie. Nous retrouvons notre minibus et roulons vers notre hôtel, 2 km hors de la ville. Nous arrivons au Munish Resort à 17H10 (146 km parcourus). Ma chambre « super Deluxe » (44 € avec petit-déjeuner) est correcte, sans plus. Le Wifi n’y fonctionne pas, la télé n’offre pas de chaine française mais j’ai une bouilloire (je me ferai des pâtes chinoises). Et il y fait froid : un minuscule radiateur électrique ne suffit pas à la chauffer. Je me mets aussitôt sur mon ordinateur. Plus tard, Laurent me montera un bol de soupe, qui me redonnera un peu d’énergie : il est excellent (je parle de Laurent…). Je me couche vers 23H40, trop tard…

Temple de Pancha Vaktra, Mandi  Macaque rhésus, Rewalsar

 

Mercredi 24 : Bien dormi, un peu froid au petit matin bien que j’aie laissé le chauffage en route toute la nuit. Réveil à 6H30. Toujours pas d’Internet dans ma chambre. 8° dehors. Je m’habille chaudement, il va faire très froid à Manali, où nous passerons deux nuits (entre -13° et 0°). Petit-déjeuner continental, correct.

Nous quittons notre hôtel à 8H15, notre route nous mène vers le nord, par la vallée de Kullu ; bien que tortueuse, elle est relativement bonne. Il fait très beau et plutôt bon. La vallée de la Kullu abrite plus de 100 temples et déités, ce qui lui vaut le surnom de « vallée des Dieux ». Premier tunnel de mon voyage, près de 3 km de long. Nous arrivons à 10H30 à Kullu, une ville de 19 000 habitants, traversée par la Sarvari, à 1 200 m d’altitude.

Sikh, Baijnath  Policier, Mandi  Le palais du roi de Kullu

Là, nous allons visiter le temple de Raghunath, datant du XVIIème siècle, Il n’a rien d’exceptionnel mais nous avons de la chance : à 11H se déroule une puja (rite d'offrande et d'adoration de l'hindouisme). La reine-mère arrive, le prêtre et ses acolytes font tout un cérémonial assez difficile à comprendre mais intéressant à voir : en gros, ils donnent à manger et à boire à différentes déités : Hanuman, Rama et Shita. C’est la famille royale qui finance ce temple. Le roi (ou plutôt « l’ex-roi ») de Kullu s’est reconverti dans la politique et a été député, mais battu lors des dernières élections. Son palais, très kitch (blanc, rouge, vert et jaune), se trouve tout près, mais ne se visite pas.

Puja, temple de Raghunath, Kullu  A Naggar

Nous continuons notre route jusqu’à Naggar et ça grimpe. Arrivée à 12H30. Naggar, village de 600 habitants, est en effet à 1 760 m d’altitude. C’est l’ancienne capitale du Raja de Kullu en 1660. Notre première visite est consacrée à la maison d’un peintre inconnu, Nicolas Roerich. Quelques toiles de montagnes, une voiture, vraiment aucun intérêt (nous ne voulions pas y aller mais Himmat a insisté !). Nous nous rendons ensuite, un peu plus bas, au château (transformé en hôtel), construit en 1 500, lequel contient un musée qui consiste en une pièce, où l’on ne peut rentrer, qui présente quelques objets du coin. Toutefois belle vue, malgré quelques nuages, sur les environs du château. Mais, surtout, nous sommes là pour déjeuner, et c’est tout à fait correct (moi qui rêvais de poulet Tandoori, j’en ai enfin !).

Balade dans ce sympathique village, aux habitants accueillants, où se trouvent plusieurs temples. D’abord, celui le mandir de Vishnou, datant du XIème siècle, en forme de Shikhara et recouvert de sculptures élaborées (mandir = temple hindou).

Pipe à eau, Naggar  Temple de Gauri Shankar (XI S), Naggar  Paysanne, Naggar

Le temple de Gauri Shankar, datant lui aussi du XIème siècle et dédié à Shiva, est aussi recouvert de sculptures extérieures, certaines érotiques. Nous passons devant le temple de Tripura Sundari, dédié à la déesse -mère de la Terre ; c’est une belle structure en bois datant des années 1980. Des femmes nous croisent portant sur leurs épaules de lourds paniers contenant du bois. Costaudes !

Un chemin forestier d’1,5 km grimpe et nous mène jusqu’au temple de Krishna.  XIème siècle encore, il présente en façade quelques sculptures érotiques. Quels coquins ces Indiens ! De la chance de nouveau : nous assistons à une autre puja que je filme (https://youtu.be/cXuB3jvjyFM). Le prêtre nous bénit, nous donne une banane épluchée à chacun, appose un tika rouge sur nos fronts et… « money, money ». Mais le spectacle vaut bien un petit billet.

Kamasutra, temple de Gauri Shankar, Naggar  Puja, temple de Krishna (XI S), Naggar

Redescente, cette petite balade m’a fait du bien, ça change de la pluie et du froid d’hier. Quand il y a du soleil, tout va bien (pour un Marseillais). Croisé un chantier sur la route : deux femmes travaillent, trois hommes regardent. Ils ont tout compris !

Il est déjà 16H, route plus au nord, vers Manali. Ça serpente et ça grimpe ! Il faut dire que Manali est située à 2 050 m d’altitude, dans l’Himalaya !

Au temple de Vaidyanath, Baijnath (lundi)

Manali est une petite ville d’environ 9 000 habitants qui « jouit d'une grande popularité auprès des randonneurs et des couples en lune de miel. Au bord de la Beas, elle constitue une porte d'accès pour aller skier dans la vallée de Solang et faire de la randonnée dans la vallée de Parvati. C'est aussi un point de départ pour la pratique du parapente, du rafting et de l'alpinisme dans la chaîne Pir Panjal, qui comprend le col de Rohtang, à 4 000 m d’altitude » (d’après Wikipedia). On y rencontre une grande majorité de touristes indiens. D’ici, on rejoint aussi le Ladakh, encore plus haut dans la montagne (routes en général fermées de novembre à avril). D’après mon Lonely Planet, on y dénombre entre 800 et 1 000 hôtels ! Autant dire que presque tout le monde ici vit du tourisme !

Jeune moine, Rewalsar (mardi)  Paysanne, Naggar 

Monastère de Tsering Jong, Bir (lundi)

Il est 17H pile lorsque, après 118 km de routes de montagne parcourus dans la journée, nous arrivons à l’hôtel où nous resterons deux nuits, le Sunpark. Il faut du temps pour obtenir nos chambres, la réceptionniste est charmante, c’est ce qu’il faut pour laisser croire à un client que tout va être parfait. Nous sommes logés dans l’ancien bâtiment, le moins bien, d’après les commentaires de Tripadvisor qui se révèlent exacts : le Wifi ne marche pas (soi-disant parce qu’il a neigé hier ; bizarre, aucune trace de neige ici !), un gardien soufflera dans son sifflet une bonne partie de la nuit et ce n’est pas chauffé (à 36 € la chambre quand même, pas donné pour l’Inde !). A ce sujet, est-il normal qu’un hôtel ne soit pas chauffé à une telle altitude (il est prévu -11° cette nuit). On nous propose un minuscule chauffage électrique (où seuls deux tubes sur trois fonctionnent) pour plus de 5 euros par nuit chacun : notre agence n’avait pas prévu de chauffage ? Finalement, après discussion avec Himmat, l’agence accepte de prendre cela en compte (la moindre des choses).

Dans ma chambre Deluxe (donc, je vous le rappelle, la catégorie la moins chère) avec balcon et vue partielle sur la montagne, rien ne va : chaise cassée (qu’on me change, pas de cafetière électrique (on m’en emmène une), pas de PQ (j’en obtiens), pas de Wifi donc, pas de chaîne française à la télé, une lampe qu’on ne peut éteindre, des rideaux trop petits, pas d’eau froide au lavabo etc… Le temps que tout soit réglé, il est 19H. Je fulmine… (vous me connaissez, j’ai horreur de perdre mon temps).

C’est avec un mal de tête et le froid au corps que je m’oblige à travailler jusqu’à minuit passé (sans terminer).

Paysannes, Naggar  Corvée de bois, Naggar

 

Jeudi 25 : Réveil 6H30, j’ai enfilé un tee-shirt puis un pull durant la nuit. Mon chauffage ne chauffe rien mais illumine complètement la chambre (moi qui aime dormir dans le noir). Il fait froid, comme prévu -11° dehors, et peut-être 6° dans la chambre et encore moins dans la salle de bain. Et ce satané gardien avec son sifflet, c’est dingue ! Vite, un café chaud. Je me mets de suite au travail. Du mal à faire ma toilette : service (trois pièces) minimum. Puis je prépare le linge à donner à laver : les tarifs sont ahurissants ici, mais je n’ai pas le choix, plus rien à me mettre…

Il me reste moins de 10 minutes pour prendre mon petit-déjeuner : très bon buffet indien et continental. Puis, dans le minibus, j’attends mes amis qui, eux, m’attendent à la réception. Du coup nous partons un peu en retard, à 9H15. Il fait très beau, la température remonte vite (pour atteindre 1° à midi), mais il me semble vraiment qu’il fait moins froid dehors que dans ma chambre.

Sandales, temple de Shiva  Cours de Yoga, hôtel Surbhi, Palampur (dimanche)

Sunny nous laisse en bas de Vashisht, un village à 2 km au nord de Manali, et nous grimpons à pied la rue principale. Suite d’hôtels. La plupart des boutiques sont fermées en cette saison.

Nous voilà au mandir de Vashisht qui comprend plusieurs temples. Le temple de Shiva est le plus important : tout en bois travaillé, il ressemble à un chalet. A côté plusieurs ébénistes travaillent sur des piliers (pour un nouveau temple ?).

Derrière se trouvent deux bassins, alimentés par de l’eau chaude chargée de soufre : un pour les hommes, un pour les femmes. Celui des hommes, qu’on peut voir de la rue, est très fréquenté. Un peu plus haut, le temple de Rama, est un sikhara de pierre surmonté d’un toit pour le protéger et précédé d’un nouveau hall de bois.

Temple de Rama, mandir de Vashisht, Manali

Sources d'eau chaude, mandir de Vashisht, Manali

Retour par la même rue jusqu’au minibus qui nous dépose, à Manali, au temple d'Hadimba, un mandir en bois et en pierre datant de 1553. Belle structure avec un toit à quatre étages et des piliers et panneaux de bois superbement sculptés. Autour, une forêt de déodars, de grands cèdres. L’endroit est hyper-touristique, ce temple étant très vénérés. De nombreux vendeurs proposent des flacons de (faux) safran du Cachemire), des femmes se font photographier avec un gros lapin angora gdans les bras (moyennant espèces sonnantes), des hommes proposent des promenades en yack (les bêtes sont splendides), des stands de kermesse sont installés (tir à l’arc, tir sur une pyramide de conserves, jeux d’adresse, fléchettes etc), un kiosque loue des costumes traditionnels d’Himachal Pradesh le temps d’une photo, et il y a même un manège et une grande roue ! Pas mal de touristes indiens. Qu’est-ce que ce doit être en haute saison !

De là, nous rejoignons à pied le temple de Shiva, qui semble tout neuf : lui aussi en bois très travaillé.

Nous récupérons notre minibus qui nous emmène en bas d’Old Manali, la vieille ville. Grimpette de plus d’un km dans une rue plaisante interdite aux véhicules de touristes.

Des dizaines de femmes, en habits traditionnels, la nettoient en plaisantant, bénévolement ; peut-être parce que demain c’est fête nationale en Inde, le Jour de la République qui célèbre l’entrée en vigueur de la Constitution de l'Inde avec la fin du Dominion.

Temple d'Hadimba (XVI S), Manali  Yack, Manali

Quelques vieux et magnifiques chalets de bois et de pierre, colorés, des métiers à tisser, du bétail, aucun touriste et le soleil qui brille ; que demander de plus ? Sur une placette des enfants jouent au cricket (pas d’école aujourd’hui et demain). Tout en haut, un cul-de-sac et le temple de Manu Maharishi, protégé par des toits de tôles ondulées toute rouillées et surmonté d’une haute tour. Quelques jolies statues à l’intérieur. Il est déjà 13H lorsque nous sommes de retour à notre véhicule qui nous amène jusqu’au centre de Manali.

Maison, Old Manali  Nettoyage collectif, Old Manali

Nous choisissons un restaurant, désert où, après un peu d’attente, nous déjeunons tout à fait correctement. Ah, ces bons petits plats indiens !

A quelques centaines de mètres, nous visitons assez rapidement le temple bouddhique himalayen de Nyinmapa, entouré de drapeaux de prière. Dans le temple, assez quelconque, trône une belle statue de Shakyamuni.

300 m plus loin, le monastère bouddhique de Von Ngari semble plus vieux. Quelques moinillons jouent au carrom, cette espèce de petit billard carré où l’on pousse des galets avec des pichenettes du pouce, un jeu commun en Inde et au Népal. Un seul moine adulte est présent, sympathique ; il nous dit que la plupart des moinillons sont retournés chez eux durant l’hiver, bien trop rude ici.

Monastère de Von Ngari, Manali  Moinillons jouant au carrom, monastère de Von Ngari, Manali

Toujours à pied, nous parcourons le quartier piétonnier, très commerçant. Nous ne sommes pas seuls, loin de là, il y a foule. Je me cherche un bonnet « Free Tibet », comme avait l’un des moinillons, mais n’en trouve pas, dommage. Nombreux vendeurs de rue, surtout de nourriture mais aussi de vêtements, ballons gonflables, jouets et autres objets touristiques. Mes amis ne désirent pas faire la dernière visite, voulant profiter du marché (les filles veulent faire les boutiques et Laurent reste surveiller les dépenses de sa femme). Ils renteront à l’hôtel en rickshaw.

Shakyamuni, temple de Nyinmapa, Manali  Déodars (cèdres), Manali  Jeune vendeur de ballon au marché, Manali

Il est 15H30 et nous ne sommes que deux, Himmat et moi-même, à rejoindre en minibus Jagatsukh, à 7 km de là. S’y trouve dans un chalet de bois le temple de Gaitri Devi, la femme de Brahma. Juste derrière, passé la plate-forme où quelques jeunes adultes s’entraînent au cricket, ce jeu incompréhensible, se trouve le petit mandir en pierre de Gauri Shankar, datant du IXème siècle. Une vieille et grosse brahmane me donne quelques explications, me bénit et, bien entendu, me demande de déposer une obole dans un panier.

Adolescent, Manali  Primeur, Manali  Jeune fille, Manali

Himmat et Sunny me laissent à l’hôtel à 16H15 (33 km parcourus ce jour). Le ciel s’est couvert et il fait plus frais. Je récupère les clés de nos nouvelles chambres, au premier étage du bâtiment principal. Nos sacs et valises sont déjà là. Le chambres sont plutôt mieux que celles de la veille, en tout cas mieux isolées et donc plus chaudes. Vue sur la ville et la montagne. Je vérifie que tout soit prêt pour le retour de mes amis : je fais monter les chauffages électriques et, plus tard, des bouteilles d’eau. Je récupère aussi mon linge donné ce matin : un tee-shirt est abimé, plein de taches sombres, impossible de savoir ce qui s’est passé. On me le relave une seconde fois, c’est un peu mieux mais pas vraiment mettable (du coup on m’annule la facture de lingerie, c’est toujours ça, c’est en tout cas honnête).

Internet ne fonctionne toujours pas ici (il va peut-être neiger demain ?), j’utilise mon téléphone et commence à travailler à 17H. A 20H, exceptionnellement, je descends diner avec mes amis. Très bon buffet, de quoi reprendre des kilos (je ne sais pas me restreindre). Travail jusqu’à minuit et quart.

Femme brahmane, temple de Gaitri Devi, Jagatsukh  Grande roue, Manali


 

 
18/01/18

Du vendredi 12 au jeudi 18 janvier 2018 (sixième semaine) :

Vendredi 12 : Réveil à 6H, bien dormi malgré la température extérieure (6°) et le manque de vrai chauffage (j’ai un minuscule chauffage électrique qui ne me sert que pour les pieds, quand je travaille). Mal de gorge. Au loin, des trains ont hurlé toute la nuit ! Par contre les dizaines de pigeons et perruches à collier perchés sur mon toit m’ont laissé tranquille. Bonne douche puis je vais prendre mon petit-déjeuner dans le nouveau palais annexe. Encens dans les couloirs. Calme. La salle à manger est immense, superbement peinte (un peu tape-à-l’œil). Petites tables et une grande de 22 couverts. J’y suis seul. Buffet moyen, surtout mets indiens mais j’y trouve mon bonheur.

De retour dans ma chambre, où je n’ai pas de Wifi ce matin (seulement au bar et à la réception ; sans doute dû à la coupure de courant subie ; pas de discrimination ici : on coupe même le courant à la famille du Rao Raja !). J’utilise mon téléphone. Michèle, qui va venir me rejoindre avec Isabelle et Laurent ce dimanche, me charrie (c’est le cas de le dire !) sur ma promenade inconfortable en dromadaire. Bon, c’est une expérience, pas trop l’occasion de faire ça à Marseille : les nouveaux habitants ont laissé leurs animaux chez eux !

Salle à manger, hôtel Laxmi Vilas Palace, Bharatpur  Photo de la famille du maharaja de Karauli

A 8H, je fais connaissance avec mon nouveau chauffeur, Surinder, un homme de moins de 30 ans. Quant à la voiture, c’est la copie conforme de ma précédente. Après un peu de confusion pour sortir de Bharatpur, route à péage vers le nord, jusqu’à Deeg, où nous arrivons une heure plus tard.

Une seule chose à voir ici : le palais de Suraj Mahl, datant du XVIIIème siècle (entrée payante). Il s’agit d’un ensemble assez vaste de plusieurs pavillons au milieu d’un jardin, avec deux grands bassins à proximité. Certains pavillons sont très délabrés. Temple d’Hanuman dans le Gopal Bhavan. Balade sympa mais vraiment pas grand-chose.

Nous repartons une heure plus tard, cette fois vers l’ouest jusqu’à Alwar. Des champs de moutarde, partout ! Ça roule bien, mais que de postes de péage où l’on perd du temps. A noter que la vitesse en Inde est limitée à 80 km/h sur les routes (c’est encore trop !).

Nous contournons Alwar, où je reviendrai demain, et prenons, vers le sud-ouest, en direction de Sariska, une petite route étroite mais assez roulante. Champs et petits villages. Moutons. Surinder utilise Google Maps pour trouver le « Trees and Tigers Cottages », à Kushalpura, où je dois séjourner cette nuit. Lieu très mal indiqué.

Le Gopal Bhavan et son bassin, palais de Suraj Mahl (XVIII S), Deeg  Au Suraj Bhawan, palais de Suraj Mahl (XVIII S), Deeg

Après une piste de deux kilomètres, à 12H15, nous arrivons (138 km parcourus). C’est, en pleine nature, un ensemble de 14 bungalows individuels dans un enclos grillagé et protégé par des fers barbelés contre les animaux sauvages (?) et les intrus. D’après mon programme et Voucher, je devais avoir un safari dans la Sariska Tiger Reserve cet après-midi, mais non, pas dispo, ce sera demain. Du coup, je n’ai absolument rien à faire ici !

Mon bungalow, construit en dur (genre de cube assez laid), est vaste : chambre d’environ 20 m² bien équipée et lumineuse (grandes baies vitrées), très grand téléviseur et TV5 Asie, dressing, belle salle d’eau, terrasse de plain-pied, terrasse panoramique en toiture. Bref, c’est très bien (environ 140 € avec petit-déjeuner) ! Seul problème : pas de Wifi ici et mon téléphone passe mal. Et, comme il n’y a aucun restaurant ni commerce aux alentours, j’y suis en pension complète.

Paysage et village de Ghatitala

Déjeuner-buffet à 13H30 : choix moyen, mais ce que je prends est bon. Malheureusement arrive un groupe d’une trentaine de jeunes de toutes nationalités (ONG), ils font un tel vacarme que je m’enfuis ! Travail dans ma chambre.

Vers 16H, je sors me balader, d’abord sur la colline proche qui offre une superbe vue sur le village de Ghatitala et les champs alentours. Puis je me rends à ce village, composé de petites fermes agricoles construites en dur et plutôt cossue. Troupeaux de vaches et buffles dans les courettes. Des galettes de bouses sèchent ; elles seront utilisées plus tard pour le feu. Malgré les problèmes de langage, excellent accueil de la population, souriante et très ouverte. Ce sont des Yadavas, une ethnie du nord de l’Inde (mais aussi du Népal) vivant principalement de l’élevage et pratiquant un peu de culture. Plusieurs veulent m’offrir le thé : je sais que c’est impoli, mais je suis obligé de refuser, voulant rentrer avant la nuit. Heureuse et agréable rencontre en tout cas.

Séchage de bouses, Ghatitala  Enfants yadavas, Ghatitala

De l’autre côté de l’ensemble hôtelier, un autre village, Kushalpura, abrite des Gujjars, qui sont aussi des éleveurs. Cette ethnie (ou caste) représenterait 7 à 10% de la population du Rajasthan. A la fin des années 2000, un gros conflit les a opposés au gouvernement : ils voulaient que leur ethnie soit comptée parmi les classes sociales défavorisées (le monde à l’envers !), ce qui leur aurait permis de bénéficier d’aides et de quotas d’emplois dans la fonction publique. L’armée a dû intervenir, faisant plusieurs morts.

Bon buffet pour le diner, où je suis allé avant l’heure pour éviter le groupe. Mais ils ont eu la même idée que moi ! Assourdissant ! Etre en pleine nature pour vivre cela !

Un des employés du lodge que j’interroge se dit s’y connaître en oiseaux ; et, en effet, il me donne sans hésiter ni se tromper le nom anglais de tous les oiseaux que je en trouvais pas (et que je traduis grâce à Internet). Couché vers 23H.

Buffle  Les moutons colorés

 

Samedi 13 : Réveil à 5H10 après une nuit calme, très calme, même sans boules Quiès ! Je me prépare, café dans ma chambre, bonne douche, et rejoins à 6H la réception, où il n’y a personne. Je demande au gardien si ma Jeep pour le safari est arrivée ; il ne parle pas anglais, me montre la voiture de mon chauffeur et s’en va. J’attends quelques minutes et vois arriver… qui ? mon chauffeur dans sa voiture : il m’explique qu’en fait c’est lui qui doit m’emmener à l’entrée du parc. Première nouvelle, on ne m’a rien dit ! Vraiment, depuis hier, c’est la confusion ! Bon, en route...

La Sariska Tiger Reserve est à 25 km d’ici et, heureusement, dans la nuit, Surinder ne se trompe pas de route. Il ne doit pas être très en forme, il me dit avoir dormi dans la voiture car la chambre des chauffeurs était vraiment trop sale. A 6H40, nous arrivons au bureau de la réserve. Voilà ce qu’en dit mon Lonely Planet :

« Nichée dans les replis escarpés et sobres des Aravalli, la réserve de tigres de Sariska (866 km²) forme un enchevêtrement de jungle et de canyons abrupts et verdoyants sillonnés de torrents. Elle abrite des paons, des singes, des sambars, des antilopes Nilgauts, des chitals, des sangliers et des chacals ». Et les tigres, alors ? Il faut savoir que, bien que protégée, la population de tigres avait pratiquement disparue dans les années 2000. En 2008 et 2010, on y a réintroduit sept tigres ; aujourd’hui il y en aurait quatorze : sept femelles, deux mâles et cinq petits. 

Langurs sacrés et paons, réserve de tigres de Sariska  Chital mâle (ou cerf axis), réserve de tigres de Sariska

Au bureau, difficile d’avoir des renseignements. A priori mon tour n’est pas privatif, il doit se faire avec cinq autres personnes, mais deux ont annulé. J’attends l’arrivée des autres… Au bout d’une demi-heure, j’en ai marre d’attendre, vais gueuler et décide de repartir. Juste à ce moment arrive les retardataires, une famille indienne, un couple et deux enfants. Oh mon Dieu, des Indiens, ça va être la misère ! Il est 7H30 lorsque nous pénétrons dans le parc. Ca chahute à tout va. Je demande au pisteur de leur faire comprendre qu’un safari doit se faire dans le silence pour ne pas effrayer les animaux, mais ce sera peine perdue : cris du plus petit, l’autre qui raconte tout ce qu’on voit en anglais pour se faire mousser, les parents qui gueulent et n’arrêtent pas de téléphoner. L’enfer !

Sambar mâle, réserve de tigres de Sariska  Colombars commandeurs, réserve de tigres de Sariska

Nous ne verrons bien sûr aucun tigre (il n’y en a que cinq dans la partie ouverte aux safaris). Les paysages sont différents de ceux du parc national de Ranthambhore et moins beaux. Herbes hautes et buissons cachent partiellement les animaux. Et très peu d’oiseaux. Nous apercevrons surtout des chitals (au pelage tacheté), quelques sambars, des cochons sauvages, des langurs sacrés, des paons en quantité, et les oiseaux habituels : cratéropes de brousse, corbeaux familiers, jolies témias vagabondes. Que de l’habituel ! Par contre, pour la première fois de ma vie, j’aperçois des colombars commandeurs (genre de pigeons verts). Magnifique !

Surinder m’a prêté une couverture, heureusement, car il fait assez froid. C’est extrêmement contrarié que je termine mon safari, à 10H05 ; je ne salue personne, rentre dans ma voiture et nous repartons au lodge. Temps et argent gâché.

Langurs sacrés, réserve de tigres de Sariska   Cratérope de brousse, réserve de tigres de Sariska

Arrivé au lodge 35 mn plus tard, je prends un petit-déjeuner à la carte, correct, puis vais chercher mon sac à dos dans ma chambre. A 11H20 nous reprenons la piste, puis la route vers le nord, celle d’hier en sens inverse, jusqu’à Alwar. Avant d’arriver, petit détour au lac Siliserh, un endroit touristique payant, sans grand intérêt, fréquenté par les Indiens.

Lac Siliserh, près d'Alwar

Puis, à Alwar, une route étroite grimpe dans la montagne sur 7 km jusqu’au Bala Qila, une imposante citadelle du XVème siècle, qui se dresse à 300 m au-dessus de la ville ; elle fait 5 km de long sur 1,5 de large. Entrée payante mais, surprise, on ne peut que se balader dans la cour, les bâtiments sont fermés (sur ordre d’un juge, car risque d’effondrement). Alors pourquoi payer ? Plus bas, des remparts, vue sur la ville et le City Palace, en-dessous. Un peu de brume (pollution ?). Il fait bon, 25°. En marchant, je me prends une branche d’épineux dans la figure ! Un couple de sambars apprivoisés vit là.

Citadelle de Bala Qila (XV S), Alwar   Groupe de femmes, Alwar

Redescente en ville, au centre, et arrêt au City Palace, construit en 1793 par Raja Bakhtawar Singh. Parfait exemple d’architecture indo-islamique (plus précisément rajput-moghol). Aujourd’hui ce palais délabré sert de bureaux pour l’administration de la ville. C’est très grand, très sale, ça sent l’urine de partout !

Il faut savoir que le royaume d’Alwar était probablement le plus ancien du Rajasthan (1 500 av JC). Il fut aussi l’un des premiers États rajput à s’allier avec l’Empire britannique. Située à 268 m d’altitude, Alwar est aujourd’hui une ville de près de 300 000 habitants.

Cénotaphe du maharaja Bakhtawar Singh (1815), Alwar  Bassin du City Palace (1793), Alwar

Dans le palais, je cherche un bon moment le musée et, lorsque j’y arrive, au dernier étage, c’est pour apprendre qu’il est fermé, en rénovation depuis neuf mois. Belle vue tout de même. Puis je me rends au beau cénotaphe du maharaja Bakhtawar Singh, construit en 1815 dans le style rajput en grès de Karauli et en marbre blanc. A proximité, joli bassin romantique (et très sale). En fond, adossé à la montagne, un temple bleu ; une partie des rochers ont eux-aussi été peints en bleu, au moins il ne passe pas inaperçu !

Nous repartons vers 14H, Surinder prend des rues étroites très embouteillées, c’est un peu la galère. Quand je pense qu’il n’y a que 22 millions de voitures particulières en Inde (beaucoup moins qu’en France) pour 1 324 millions d’habitants, c’est-à-dire une voiture seulement pour 60 habitants, ça promet pour le futur proche, maintenant que l’Inde s’enrichit !

Restaurant, Alwar  Fillette au tambour

Alors, comment feront-ils pour rouler lorsque le nombre de voitures aura doublé, triplé, quadruplé ? Pour le moment, ils trouvent des solutions : sur la route nous dépassons un rickshaw qui transporte… 19 personnes ! Et les motos à trois ou quatre passagers ne sont pas rares ! Je l’ai déjà dit, les routes sont presque toute limitées à 80 km/h ; ce que je ne savais pas, et c’est Surinder qui me l’apprend, c’est que depuis octobre 2017 toutes les nouvelles voitures vendues en Inde sont bridées à 80 km/h. Voilà ce qu’on devrait faire en France ! Je comprends maintenant pourquoi aussi bien Manohar que Surinder ne dépassaient jamais 80 km/h dans leur voiture récente !

Fort au-dessus du City Palace, Alwar  19 personnes dans un rickshaw, Alwar  Bébé macaque

Nous roulons toujours vers le nord, des péages à n’en plus finir (mais de petites sommes à chaque fois). Champs de moutarde et de blé. Nous approchons de Tijara et j’aperçois, en haut d’une colline, un grand palais et des dépendances : c’est mon hôtel, le Tijara Fort Palace. Il a une histoire : en 1835, sous le règne du bien-aimé Balwant Singh, sa construction a commencé, dans le style Rajput-Afghan (avec quelques influences coloniales) ; mais le souverain décède peu après et les travaux cessent. Ce n’est que récemment qu’il a été racheté par Neemrana Hotels (un groupe spécialisé dans les hôtels de charme), restauré et transformé en hôtel. Il a ouvert en 2016 et deux bâtiments offrent des logements : le Rani Mahal propose 20 suites et chambres, tandis que le Mardana Mahal possède 41 chambres.

Nous y arrivons à 15H20, après 172 km parcourus (dont 20 de safari).

Tijara Fort Palace (1835), Tijara  Mardana Mahal, Tijara Fort Palace (1835), Tijara

Après mon enregistrement, deux bagagistes (!) me conduisent à ma chambre, la David Mahal 55, au premier étage du Mardana Mahal (je rappelle que Mahal signifie palais). C’est une chambre « héritage » (mais elles le sont toutes), la plus bas de gamme ici d’après le réceptionniste (112 € avec le petit-déjeuner.

Voir : http://www.neemranahotels.com/tijara-fort-palace-alwar-rajasthan/mardana-mahal/david-mahal.html

Je suis assez déçu, elle me paraît toute petite, 15 m² peut-être (évidemment, j’ai pris ces derniers jours de mauvaises habitudes). Fenêtre étroite qui donne sur un petit balcon sans rambarde avec vue sur des remblais et détritus en-dessous. Grand lit (large mais court, 1,80 m de longueur seulement), mobilier de bois, bureau un peu petit, pas de chauffage ni télévision, mais petit frigo. Pas de Wifi dans la chambre, mais je capte dans le couloir. Ma 3G ne passe pas.

Par contre, les parties communes, couloirs et salons, sont vastes. Je m’installe puis me balade pour visiter les lieux. L’ensemble est magnifique, je dois le reconnaître ! Dormir une nouvelle fois dans un palais !

Travail toute la soirée, avant et après le spectacle d’une bonne heure donné dans les jardins : musique, chant, danses et acrobaties, un bon moment (https://youtu.be/ds8z0XIVui8). Des problèmes avec mes photos de safari, ou plutôt avec mon appareil Lumix dont le zoom se coince, ce qui m’oblige à l’allumer et l’éteindre plusieurs fois pour qu’il se ferme, d’où perte de temps et agacement : pendant ce temps les animaux s’en vont (les oiseaux surtout). Pourvu qu’il ne me lâche pas complètement avant la fin du voyage !

Je pense à mes trois ami(e)s qui vont prendre l’avion dans quelques heures pour venir me rejoindre. Bon voyage et à demain ! Je me couche à minuit passé.

Spectacle, Tijara Fort Palace, Tijara 

 

Dimanche 14 : J’aurais voulu dormir jusqu’à 7H ! Mais non, à 5H je suis déjà réveillé, je ne dors as assez. Pourtant ma nuit a été bonne, calme. Juste de travers dans mon lit, trop court. Douche, café, travail, comme d’hab !

Ouverture du restaurant à 8H : petit-déjeuner sous forme de buffet, bon, avec un choix raisonnable de mets. Encore un petit tour dans la citadelle ; je trouve enfin la piscine, vide. Des travaux partout, cet hôtel-château est un vrai chantier : ouvriers, gravats, saletés, bruits, c’est peu agréable. Mieux vaut ne pas compter faire la grasse matinée ! Les bâtiments sont restés dans leur jus extérieurement, ce qui n’est pas plus mal, mais leur intérieur est correctement rénové.

A 9H10, nous partons, traversant la ville de Tijara pour récupérer l’autoroute à péage qui mène vers le nord. Circulation fluide ce dimanche matin. Nous passons Tapukara, une ville-champignon récente qui n’est pas encore marquée sur ma carte : des barres d’immeubles se construisent partout, serrées les unes contre les autres : les promoteurs commettent la même erreur que nous avions faite à Marseille dans les années 1960 (aujourd’hui, on y détruit certains bâtiments dans les « cités » pour laisser un peu d’espace aux habitants). Plus loin, à Dharukera, autre autoroute à péage, deux fois trois voies, vers Delhi, au nord-est. Traversée de Gurgaon, une autre ville qui a connu une croissance exceptionnelle depuis 30 ans, avec une population dépassant maintenant le million d’habitants.

Fleurs  Vue depuis le Tijara Fort Palace (1835), Tijara

Delhi n’est plus qu’à une trentaine de km. A ses portes, un long et haut mur, que des hommes franchissent allègrement, longe l’autoroute : Surinder m’explique que derrière, dans les bois, attendent des prostituées, c’est illégal mais… Un genre de bois de Boulogne indien ! Saint-Claude, priez pour nous !

Plus loin, à un feu rouge, une femme très maquillée, en beau sari rouge, frappe à la vitre pour demander de l’argent. Mon chauffeur rentre la tête et fait semblant de lire des papiers. Moi aussi… Cette femme est en fait un hijra, un eunuque qui s’est fait volontairement castrer pour devenir une femme ; ils sont généralement respectés en Inde. Puis, en ville, à chaque arrêt, des mendiants quémandent, des femmes avec leur bébé. Elles viennent jusqu’ici, les Roumaines ?

11H15, Surinder me dépose devant mon hôtel, le Clark International. Je le remercie de ces trois jours passés ensemble. Nous avons parcouru ce matin 108 km.

Ma chambre, au troisième étage, n’est pas très grande avec, comme la nuit dernière, un large lit de 1,80 m de long (question de place encore). Fenêtre ridicule et sale donnant sur une rue très bruyante, coups de klaxon ininterrompus. Grande télé câblée mais sans chaîne française. Par contre le Wifi fonctionne bien et je peux travailler (j’ai toujours quelque chose à faire, je prépare en ce moment un lexique des plats indiens typiques). 

Mur de la prostitution, Delhi  Les épices du marché

Mes amis doivent atterrir à Delhi à 14H45, puis passer l’immigration avec leur e-visa et récupérer leurs bagages. Harish les attendra avec un chauffeur et, le temps qu’ils arrivent à l’hôtel, il faudra bien deux heures.

En fait, ils mettent bien plus de temps que cela car ils ont dû traverser de gros embouteillages dus au marché dominical. Je suis content de les revoir. Comme je l’avais dit, nous nous étions connus en Inde, il y a juste deux ans, dans un circuit Nomade Aventure. Isabelle et Laurent ont la chambre à côté de la mienne (je vais pouvoir entendre ce qu’ils font !) et Michèle est en face d’eux. Tous les trois sont de nouveaux retraités. Ça me fait tout drôle de voyager avec des vieux !

C’est eux qui m’avaient proposé cet été un circuit Nomade Aventure au nord de l’Inde, mais il ne me convenait pas, n’étant pas assez complet. Je l’ai du coup modifié en rajoutant quelques étapes, le rallongeant de moitié et j’ai contacté ce tour-opérateur indien, India Exotica Travels, avec qui je viens de voyager. Nous nous sommes mis d’accord. Trois semaines pour le prix de deux tout en privatisant le circuit, que rêver de mieux ?

Nous discutons un bon moment puis allons diner, tout à fait correctement, au restaurant de l’hôtel. Nous sommes dans nos chambres respectives avant 21H, ils sont fatigués du voyage en avion et nous devons nous lever tôt demain matin. Je me pèse avant de me coucher : 97 kg, ce n’est pas possible, la balance ne fonctionne pas… Au lit très tôt, 21H30 !

Avant...  Après...

Avant...                                                                                                          Après...

 

Lundi 15 : On devait me réveiller à 5H15. Rien ! Et c’est tout seul que je me réveille une demi-heure plus tard. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi ! Vite, la douche, un café, et je rejoins la réception avec mes bagages dix minutes en retard. Pas grave, mes amis sont là et je fais connaissance avec Himmat, le jeune guide francophone, 30 ans, qui va nous accompagner durant nos 18 jours de circuit (Pendjab, Himachal Pradesh, Harynana, Uttarakhand). Himmat veut dire « courage » en rajasthani ; car Himmat est un Rajpout, un Singh, et il demeure à Ajmer, au Rajasthan.

Nous partons de suite, dans un minibus, et arrivons à la gare centrale de Delhi en vingt minutes à peine, aucune circulation ce matin. Là nous restons debout presque une demi-heure dans l’attente de notre train, le Swarna Shatabdi. Il arrive vers 7H05, nous nous installons côte à côte de chaque côté du couloir tandis que Himmat, qui n’a pas réussi à réserver une place près de nous, s’installe deux wagons plus loin. C’est confortable, beaucoup de place pour les jambes et sièges bien inclinables pour ceux qui veulent dormir. Départ à l’heure, 7H22. Petit-déjeuner : boîte de l’hôtel (petits sandwichs pain de mie, tomates, concombres, un beignet de légume et un jus de fruit). Puis service du train : thé et biscuits, puis plateau petit-déjeuner. Je fais des recherches sur mon ordinateur durant les premières heures, puis bouquine. Courts arrêts en gare d’Ambala, au nord de l’Aryana à 10H30. Puis le train entre au Pendjab…

A la gare de Delhi  Dans le train, Delhi

** Quelques mots sur le Pendjab (d’après Wikipedia) :

Le Pendjab est un État du nord-ouest de l'Inde (50 362 km²), bordé à l'est par l'Himachal Pradesh, au sud par l'Haryana et le territoire de Chandigarh, au sud-ouest par le Rajasthan et à l'ouest par la province pakistanaise du Pendjab. La capitale de l'État est Chandigarh (1,2 million d’habitants), qui est aussi un territoire et également la capitale de l'Haryana.

Le mot « Pendjab » est une combinaison des mots indo-iraniens : panj (cinq) et āb (eau) ; Pendjab signifie donc « (pays des) cinq rivières » (qui sont la Beas, le Sutlej, le Ravi, la Chenab et la Jhelum).

* Un peu d’histoire : En 1947, la partition de l'Inde britannique découpe entre l'Inde et le Pakistan ce qui était précédemment la province du Pendjab. La partie occidentale, peuplée majoritairement de musulmans, revient au Pakistan et forme la province du Pendjab pakistanais, tandis que la partie orientale, majoritairement sikhe et hindoue, revient à l'Inde. Cette partition provoque d'importants déplacements de population et des massacres entre communautés.

Plusieurs petits États princiers, dont celui de Patiala, intègrent aussi l'Inde et en 1950, deux États pendjabis sont créés : le Pendjab proprement dit, sur le territoire de l'ancienne province, et l'Union des États de Patiala et du Pendjab oriental (PEPSU) qui regroupe les anciens États princiers. En 1956, le PEPSU est réuni au Pendjab, tandis que plusieurs districts himalayens sont intégrés dans le nouvel État d'Himachal Pradesh. La capitale de l'ancienne province, Lahore, étant maintenant en territoire pakistanais, une nouvelle capitale, Chandigarh, est construite (plan de la ville préparé par Le Corbusier à partir d'un plan précédent d'Albert Mayer). Enfin, le 1er novembre 1966, la moitié sud-est, majoritairement hindoue et hindiphone, devient un État à part entière, l'Haryana. Ce qui reste du Pendjab est un État majoritairement sikh et panjabiphone. Chandigarh, qui se trouve maintenant à la frontière des deux États, accède au statut de territoire de l'Union et sert de capitale aux deux États du Pendjab et de l'Haryana. Les deux villes principales du Pendjab sont Ludhiana (1,4 million d’habitants) et Amritsar (1,2 million d’habitants).

Pendant les années 1970, la Révolution verte accroit la productivité agricole du Pendjab, devenu l'un des plus riches de l'Inde. Dans les années 1980, des nationalistes sikhs réclament la création d'un État indépendant, appelé Khalistan mais le mouvement est militairement réprimé par le gouvernement d'Indira Gandhi (Operation Blue Star).

* Géographie et population : La majeure partie du Pendjab occupe une plaine alluviale fertile parcourue par de nombreuses rivières et un important réseau de canaux d'irrigation. Au nord-est de l'État se trouvent la chaîne montagneuse du Shivalik qui forment les contreforts de l'Himalaya, tandis que dans le nord de l'État, le district de Pathankot se situe sur les premières collines de l'Himalaya. L'altitude moyenne est de 300 m, allant de 180 m au sud-ouest jusqu'à plus de 900 m à la frontière nord avec le Jammu-et-Cachemire et l'Himachal Pradesh.

Selon le recensement de 2011, la population du Pendjab s'élève à 27 743 338 habitants (551 au km²), dont 66 % vivent en zone rurale. Les Dalits (intouchables) représentent 28,3 % de la population, la plus haute proportion des États indiens. Le taux d'alphabétisme est de 75 %. Le pendjabi, écrit en écriture gurmukhi, est la langue officielle de l'État. Le pendjabi est parlé en Inde mais également au Pakistan, dans la province du Pendjab pakistanais. A noter qu’un nombre considérable de Pendjabis a émigré dans de nombreux pays, plus particulièrement au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et en Australie.

* Economie : L'agriculture est le principal secteur économique du Pendjab, l’une des régions les plus fertiles au monde, et l'État est souvent surnommé le « grenier de l'Inde ». La principale production est celle du blé : le Pendjab produit 19,5 % du blé indien. Il produit également 10,3 % du coton et 11 % du riz du pays. Le Pendjab produit ainsi à lui seul 2 % du blé mondial, 1 % du riz et 1 % du coton. Les autres cultures concernent la canne à sucre, le millet, le maïs et l'orge. En raison de sa richesse agricole, le Pendjab est souvent considéré comme l'État indien proposant la meilleure qualité de vie. Il est l'État le moins touché par la faim et il dispose d'infrastructures développés par rapport au reste du pays. Mais la productivité, traditionnellement très importante, est en chute en raison de la baisse de la fertilité du sol. La baisse du niveau des ressources en eau est également un sujet d'inquiétude.

* Religion : Le sikhisme est la religion majoritaire au Pendjab : 60 % des Pendjabis sont sikhs et on trouve un gurdwara (lieu de culte des sikhs, aussi bien temple que simple lieu de réunion) dans pratiquement chaque ville et chaque village de l'État. Le principal lieu saint du sikhisme, Harmandir Sahib (Temple d’or), est situé à Amritsar. La ville abrite également le Shiromani Gurdwara Parbandhak Committee, la plus haute autorité religieuse sikhe, et l'Akal Takht, le siège temporel de la Khalsa, la communauté des sikhs baptisés. Les hommes sikhs pieux doivent observer cinq règles : cheveux et barbes non coupés et tête recouverte d’un turban (dastar), port d’un peigne en bois, port d’un bracelet en acier, port d’un caleçon en coton (avec tout l’attirail qui va avec), et port d’un poignard ou d’une dague.

L'hindouisme est la deuxième religion du Pendjab, pratiquée par 37 % de la population. Les autres principales religions du Pendjab sont l'islam (1,53 % de la population), le christianisme (1,21 %), le bouddhisme (0,17 %) et le jaïnisme (0,16 %).

Nous sommes toujours dans le train. Autres arrêts à Rajpura Junction à 11H, Ludhiana à 12H15 et à Phagwara à 12H50. Le train, c’est habituel ici aussi, a pris du retard. Nous voici enfin à Jalandhar, où nous devions arriver à 12H27 : il est 13H17 ! Himmat devait venir nous rejoindre dix minutes avant l’arrivée pour nous prévenir, mais il n’et pas venu. Grosse hésitation : est-on bien à destination ou non ? Faut-il bien descendre ici ? Je vérifie et confirme. Michèle descend, puis Laurent avec les valises et le train commence à repartir. Heureusement les portes ne sont pas bloquées, Isabelle descend en marche et tombe, puis c’est à mon tour de tomber, déséquilibré par mon gros sac à dos. Heureusement rien de cassé, ni corporellement (quelques contusions quand même) ni matériellement. Sur le coup nous ne sommes ni contents ni fiers, puis nous en rions : cela fera partie des souvenirs mémorables ! Nous avons parcouru 369 km (pour 9,30 €, petit-déjeuner compris). A la sortie de la gare nous attend notre chauffeur, Sunny. Comme convenu, notre véhicule est un minibus Tempo Traveller de 12 places de la marque indienne Force.

Les 10 incarnations de Vishnou

Jalandhar est une ville embouteillée de 900 000 habitants à 228 m d’altitude. Rien à voir ici et nous rejoignons Kapurthala, à 20 km. Cette ville de 110 000 habitants fut la capitale de l'ancienne principauté de Kapurthala, dont les souverains portèrent le titre de Sardar puis de Raja et enfin de Maharaja. La ville aurait été fondée au XIème siècle, par Rana Kapur, de la famille régnante Rajput de Jaisalmer. En 1780, le Sardar Jassa Singh Ahluwalia a pris la ville et ses dépendances aux chefs musulmans lors de l'effondrement de l'Empire moghol, et en a fait la capitale du Kapurthala.

Le style architectural de la ville, mélange d'influences française et moghole, lui vaut le surnom de « Paris des Indes ». Un palais de style français y fut construit de 1900 à 1908 par l'architecte Alexandre Marcel, nommé « l’Élysée », par le maharajah francophile Jagatjit Singh. Il voulait y retrouver sa fascination pour l'art et la culture française, il fit aussi construire le palais d'Agrat et ses jardins sur le modèle de Versailles. Ce palais fut la résidence de la cinquième épouse du Maharajah, l'Espagnole Anita Delgado Briones. On trouve également à Kapurthala des mosquées (dont la mosquée maure), des temples, des jardins comme le Shalimar Bagh et des gurdwaras, lieux saints des sikhs. (Wikipedia)

Il est déjà 14H30 et nous déjeunons dans un restaurant en sous-sol, assez lugubre. La nourriture que commande Himmat (avec notre avis) est bonne. Puis nous partons visiter la ville.

Malheureusement, le gardien ne nous laisse pas entrer au palais d’Agrat, aujourd’hui école prestigieuse, le site le plus intéressant. Déçus, nous nous rabattons sur la mosquée maure construite en 1930 (on se croirait à Marrakech !), les cénotaphes royaux et l’ancien tribunal.     

Mosquée maure (1930), Kapurthala  Cénotaphe, Kapurthala

La route qui nous mène ensuite à Amritsar, 80 km plus au nord, est bien défoncée sur une grande longueur. Nous voilà enfin sur une autoroute (à péage) où nous roulons mieux. Coucher de soleil, tout rouge, et arrivée à Amritsar où nous rejoignons notre hôtel par des rues étroites et encombrées. Il est 18H et nous avons parcouru 470 km au total.

Depuis la rue, le Sawera Grand a fière allure. Et il est plutôt bien aussi à l’intérieur. Ma chambre, que j’occuperai deux nuits, est plutôt grande, plus de 22 m², et confortable, avec tout ce qu’il faut. La Wifi y marche bien, mais toujours pas de chaine française à la télé câblée. Grand lit et baie vitrée. Belle salle de bain aussi (environ 69 € avec petit-déjeuner).

Amritsar (« bassin de nectar ») est la seconde ville de l’État du Pendjab en population (1,2 million d’habitants). Elle abrite le Temple d'Or, nom informel du Harmandir Sâhib, centre spirituel et culturel de la communauté sikh. Un simple terrain acheté en 1573 par Guru Ram Das, le 4ème des gurus du sikhisme, est transformé en importante cité après le creusement du bassin sacré, qui donne son nom à la ville. En 1601, le Temple d'Or est terminé et trois ans plus tard le livre sacré sikh, considéré aussi comme le dernier guru du sikhisme, l'Adi Granth, est installé par le successeur de Guru Ram Das, Guru Arjan. Durant le règne du maharaja Ranjit Singh, la ville d'Amritsar dépasse Lahore comme ville principale du Pendjab. Amritsar est située sur la portion de la Grand Trunk Road entre la capitale Chandigarh et Lahore (aujourd'hui au Pakistan, à 60 km à l’ouest). Les principales activités économiques de la ville comptent le tourisme, l'industrie textile et la fabrication de tapis, la production agricole et l'artisanat. La ville est aussi malheureusement connue pour les deux massacres dont elle a été témoin : le massacre du Jalianwalla Bagh, du 3 avril 1919, qui fit 379 morts et 1 200 blessés ; et le massacre du Temple d'Or du 31 mai 1984 où plus de 400 personnes trouvèrent la mort. (Wikipedia)

Le Temple d'Or la nuit, Arimtsar

Juste le temps de nous installer et nous repartons, à pied, sans notre guide, jusqu’au fameux Temple d’Or. Pour y aller nous traversons d’abord notre quartier, populaire, puis arrivons à un musée, grand bâtiment, et des places et rues piétonnes bordées de magasins de luxe, d’hôtels et monuments. Ici, je me croirai plutôt en Europe de l’est qu’en Inde !

Et puis nous voilà au Temple d’Or, où il faut nous déchausser et nous déchaussetter. Passé le portail, je suis en extase : Au milieu du grand bassin, ce temple tout éclairé brille de mille feux. C’est magnifique, féérique même ! Aucun touriste mais énormément d’Indiens, sikhs ou non, tournent autour du bassin. Ce que nous faisons aussi. Longue file d’attente pour pénétrer à l’intérieur du temple, mous devons faire ça demain. Des gens, enroulés dans des couvertures, dorment sous des préaux. D’autres, en caleçon, se baignent rapidement. Et puis les amateurs de selfies, les gardes avec leur lance, les familles entières, ceux qui se prosternent comme des musulmans, bref, toute une vie. C’est très chouette.

Il est déjà 21H lorsque nous rentrons à l’hôtel. Mes compagnons vont diner, pas moi (Michèle m’a ramené une boîte de Milical, régime). Même si le circuit comprend la pension complète, j’ai besoin de temps pour travailler et ne peux me permettre de passer une heure au restaurant tous les soirs. Travail jusqu’à minuit passé.

Le Temple d'Or la nuit, Arimtsar  Au Temple d'Or la nuit, Arimtsar

 

Mardi 16 : Réveil à 6H, bonne nuit, et départ à pied une demi-heure plus tard, tous ensemble avec Himmat, pour aller prendre d’autres photos au Temple d’Or. La lumière est très belle aussi à cette heure. Beaucoup de monde est déjà présent sur le site. Retour à l’hôtel et petit-déjeuner/buffet (moyen). 

Quatre tarés à Arimtsar  Le Temple d'Or au petit matin, Arimtsar

Arrivée à sa chambre, Michèle ne trouve plus la carte magnétique pour l’ouvrir, vide tout son sac sans succès, descend demander une autre carte à la réception. Quelques minutes après je vais à sa chambre lui régler les achats qu’elle m’a ramenés de France ; elle me rejoint alors dans le couloir pour me dire que je lui ai trop donné et, clac, sa porte se referme de nouveau. Fou rire. Elle n’a plus qu’à retourner à la réception, la honte !

Au Temple d'Or, Arimtsar  Adolescent sikh, Temple d'Or, Arimtsar

Nous ressortons à 9H30 et retournons au Temple d’Or, où nous visitons les différentes cuisines où des bénévoles préparent des repas : machine industrielle pour les chapatis, grosses marmites pour le dal et le riz, etc… Ils coupent, épluchent, cuisent, enduisent les chapatis de beurre clarifié… D’autres servent les pèlerins assis en lignes, à même le sol, dans l’immense réfectoire, d’autres font la vaisselle, quelle organisation ! D’après mon Lonely Planet, 60 à 80 000 repas sont servis gratuitement chaque jour !

Préparation de chapatis, Temple d'Or, Arimtsar  La cantine gratuite, Temple d'Or, Arimtsar

Plus loin, un orchestre de quatre musiciens et chanteurs joue. Nous abandonnons l’idée de visiter l’intérieur du Temple d’Or : en effet la file d’attente de plusieurs centaines de personnes n’avance pas beaucoup (au moins deux heures d’attente). Je prends quelques photos colorées de la foule et surtout des barbus à l’allure noble.

Musiciens sikhs, Temple d'Or, Arimtsar  File d'attente pour l'intérieur du Temple d'Or, Arimtsar

Nous sortons, récupérons nos chaussures et nous rendons au Jallianwala Bagh, un parc aménagé autour du puits où se jetèrent et moururent des centaines d’Indiens lors d’une attaque des Anglais en 1919. Ce parc est bien entretenu et des buissons sont taillés en forme de soldats.

Puis tour au marché (un souk en fait) et dégustation d’un bon verre de jus de canne à sucre (relevé de citron et de gingembre). Michèle, la vedette du jour, se fait renverser par un rickshaw ; plus de peur que de mal !

Déjeuner au Brother Dhaba, un restaurant sur notre chemin : excellent thali, très goûteux et bien servi. Après ce bon repas, nous rentrons à l’hôtel avant de repartir presque aussitôt en minibus, sans Isabelle qui préfère retourner faire des photos au Temple d’Or.

Au Jallianwala Bagh, Arimtsar  La canne à sucre, Arimtsar

Nous roulons à l’est vers la frontière indo-pakistanaise, Bagha border, à environ 25 km d’Arimtsar (et à 23 km de Lahore). Nous y arrivons vers 15H30 et ne sommes pas seuls, des milliers d’Indiens sont venus ici, comme nous, pour assister à la parade militaire du baisser des couleurs, de part et d’autre de la frontière. Les relations entre Inde et Pakistan n’étant pas au beau fixe (problème du Cachemire notamment), cette frontière est fermée au trafic. Là, les camions pakistanais sont obligés de transvaser leur marchandise dans des camions indiens, et vice-versa.

Cérémonie martiale indo-pakistanaise à la frontière de Bagha, vers Arimtsar

Du parking, nous évitons les vélos-pousse (qui tire les passagers) et les vendeurs en tout genre (drapeaux indiens, casquettes, lunettes de soleil, boissons, sandwiches, cornflakes etc) ainsi que les artistes qui peignent de magnifiques petits drapeaux sur le visage des gens. Nous marchons environ un kilomètre pour rejoindre les tribunes, après plusieurs contrôles d’identité et de sécurité. L’une d’elle est réservée aux touristes et VIP et Himmat est refoulé, il doit s’installer sur la tribune en face.

Cérémonie martiale indo-pakistanaise à la frontière de Bagha, vers Arimtsar  Cérémonie martiale indo-pakistanaise à la frontière de Bagha, vers Arimtsar

Grosse ambiance, surtout du côté indien, où un groupe de filles dansent sur de musiques disco indiennes. Un homme attise la foule, six ou sept mille personnes, à l’aide d’un micro où il braille des slogans. On se croirait au stade Vélodrome ! Et c’est tous les jours de l’année comme ça ! Du côté pakistanais la foule est beaucoup moins nombreuse.

La cérémonie commence à 16H15, tout est bien organisé de part et d’autre de la frontière. Les militaires défilent et semblent parfois défier l’ennemi (Himmat nous a dit que six soldats pakistanais avaient été tués hier dans le Cachemire par des soldats indiens). Des slogans favorables à leur pays sont scandés par les deux camps.

Pakistanais, cérémonie martiale indo-pakistanaise à la frontière de Bagha, vers Arimtsar  Cérémonie martiale indo-pakistanaise à la frontière de Bagha, vers Arimtsar

Ça se calme au bout de trente minutes : c’est l’heure du baisser des couleurs, qui se fait conjointement. Les trompettes résonnent, tous les spectateurs se sont levés, les militaires saluent, les drapeaux sont alors baissés puis rangés (vidéos https://youtu.be/fpfOIsjlw7A et https://youtu.be/ULvHDa0zj7Q). Une cérémonie sans doute unique dans le monde qui laisse planer une question : quel est vraiment son but ? Attiser les nationalismes, se défier de part et d’autre ou, au contraire, rapprocher les deux peuples par ces moments partagés ? Je ne sais que penser…

A la fin de la cérémonie, vers 17H, retour au parking puis route pour Arimstar et notre hôtel. Dans ma chambre à 18H30, travail jusqu’à 23H15, entrecoupé d’un diner-buffet au restaurant de l’hôtel avec mes amis.

Enfant sikh, Temple d'Or, Arimtsar  Sikh, Temple d'Or, Arimtsar  Sikhs, Temple d'Or, Arimtsar

 

Mercredi 17 : Excellente nuit et réveil à 6H30. Je viens de m’apercevoir que j’ai une balance dans ma chambre et me pèse : 103,2 kg. C’est beaucoup trop, mais cela correspond mieux à ce que je pensais, les 97 kg de dimanche étaient impossibles (mais je commençais à y croire !). Conclusion : je dois faire sérieusement attention durant ces 15 derniers jours en Inde !

Le jour se lève, 8° dehors, légère brume (qui se lèvera en milieu de matinée laissant place, comme tous les jours, à un grand ciel bleu). Petit-déjeuner.

Départ à 8H45. Nous rejoignons l’autoroute que nous empruntons jusqu’à Pathankot, plus au nord, où nous sommes vers 11H. Là, mauvaise petite route, toujours au nord, qui nous amène dans l’État d’Himachal Pradesh (en bleu clair sur ma carte page 1) où notre chauffeur doit payer une taxe d’entrée pour le véhicule. 

Sikhs, Temple d'Or, Arimtsar  Notre minibus, vers Chamira

Nous nous arrêtons quelques minutes pour voir, en bord de route, comment l’on fabrique artisanalement le sucre de canne. Du jus de canne à sucre est mis à chauffer dans une première énorme marmite, puis transvasé dans une seconde avec un feu plus fort et, enfin, la matière restante sera versée dans un moule où elle cristallisera et sera découpée en gros morceaux qui seront venus au marché. Intéressant !

La route de montagne grimpe et serpente sans cesse, nous ne pouvons pas avancer très vite. Nous déjeunons au Krishna restaurant, en bord de route près de Bhatwan ; j’apprécie mon « butter paneer ». Continuation par Banikhet, Bahtri puis contournement du lac de barrage de Chamera, très bel endroit. Route toujours tortueuse, assez épuisante. A 17H nous rentrons à Chamba, une ville de 40 000 habitants située à 990 m d’altitude dans la vallée du Ravî, mais tournons encore une demi-heure pour trouver notre hôtel, l’Ashiana Regency, où nous allons passer deux nuits. 254 km parcourus en plus de temps que prévu ; du coup pas le temps de faire nos visites prévues aujourd’hui.

Grande chambre Deluxe (c’est-à-dire de catégorie la moins chère, 40 € la nuit avec petit-déjeuner), moyennement équipée (grand lit, télé sans chaîne française, bureau). Le Wifi y fonctionne parfaitement mais pas de chauffage (la température descend à 5° la nuit). Je fais changer ma couette, sale, par une autre qui paraît l’être autant, puis me mets de suite au travail. Diner d’une crème Milical. Je me gèle. Au lit à 22H15.

Confection de sucre de canne, vers Pathankot   Lac de barrage de Chamera

**Quelques mots sur l’Himachal Pradesh (d’après Wikipedia) :

Territoire de l'Union en 1950, l'Himachal Pradesh (« province des montagnes enneigées ») est devenu le 18ème État de la République indienne en 1971. Sa capitale Shimla (ou Simla) fut pendant près d'un siècle la capitale d'été du Raj britannique. Sa superficie est de 55 673 km² et il est encadré par les États indiens du Jammu-et-Cachemire au nord, du Pendjab à l'ouest, de l'Haryana et de l'Uttar Pradesh au sud, de l'Uttarakhand au sud-est et par le Tibet (région de la Chine) à l'est. Situé dans l'ouest de l'Himalaya, son altitude est comprise entre 450 et 7 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'État est drainé par les rivières Chenab, Ravi, Beas, Sutlej et Yamuna. Son réseau hydraulique important lui permet de fournir de l'électricité aux États du nord du pays grâce au barrage de Pandoh ainsi qu'au barrage de Karcham Wangtoo.

L'implantation de populations indo-aryennes remonte à - 1 500 ans. Plus récemment, la région fut sous la domination des Moghols, des Gurkhas, des Sikhs et des Britanniques avant l'intégration dans l'Union indienne. L'Himachal Pradesh compte aujourd’hui 7,1 millions d’habitants dont 95 % d'hindous.

L’agriculture est le premier secteur économique, elle contribue pour plus de 45 % au produit intérieur de l'État (moyenne indienne : 24 %). C'est la source principale de revenu et elle fournit un emploi direct à 71 % de la population. Les céréales les plus cultivées sont le blé, le maïs, le riz et l'orge ainsi que les pommes de terre, mais leur production ne couvre pas les besoins de l'État. Les légumes, le thé, les olives, les figues, le houblon, les champignons, les pistaches, les herbes médicinales, les fleurs, les fruits et surtout les pommes sont les cultures de rapport les plus répandues. Le petit élevage domestique apporte une contribution appréciable aux revenus des fermiers. 

 

Jeudi 18 : Bonne nuit, enfoui sous ma couette. Lorsque je me réveille, peu avant 6H, j’ai l’impression d’être dans un train. Non, c’est juste un Indien qui ronfle dans la chambre d’à côté ! Fait pas chaud…

Vu de ma chambre à 7H20 un superbe ciel rouge derrière les montagnes lors du lever de soleil (qui n’apparaitra que bien plus tard). Petit-déjeuner à la carte, simple mais correct.

Départ retardé à 8H15 et route de montagne vers le sud-est, route escarpée, tortueuse et étroite, qui longe les gorges de la Ravi en direction de Bharmour. Nous croisons heureusement très peu de véhicules, car cela n’est pas évident à certains endroits : bords de route manquants et éboulements. Cette route a été creusée à flanc d’une montagne composée de sable et de rochers, des sédiments sans doute, et tout cela s’effrite, même hors période de mousson. La Ravi est bien plus bas, peu d’eau y coule car un barrage la retient un peu plus loin.

Quelques arrêts photo rapides, mais les couleurs ne sont pas bonnes, ternes, le soleil n’est pas encore là, caché par les hauts sommets. L’enneigement est rare, très haut : dire que lors de la préparation de ce voyage nous n’étions pas du tout sûr de pouvoir faire cette excursion à cause de la neige ! Mais celle-ci est tombée en France, pas ici…

Plusieurs ponts routiers traversent la rivière, des pistes conduisant dans la montagne. Des ponts suspendus piétonniers sont aussi présents. Peu de villages rencontrés, quelques maisons, boutiques et café.

Sur l’autre rive une bergère garde ses chèvres aux poils longs ; des chèvres du Cachemire peut-être ? Je m’y connais peu en chèvres, il faudrait demander à Hollande, un connaisseur qui s’en était bien entouré. 

Lever de soleil, Chamba  Eboulis, route de Bharmour

Il est déjà 10H45 lorsque nous arrivons à Bharmour (ou Brahmaur). 2H30 pour parcourir une soixantaine de kilomètres ! Sunny, notre chauffeur, a été formidable. Ce bourg, loin de tout et situé à 2 195 m d’altitude, compte selon les sources entre 2 000 et 20 000 habitants, principalement des agriculteurs et éleveurs. Très ancien, Bharmour a été la capitale de la région jusqu’à ce que Chamba le remplace en 920. Il reste de cette époque de beaux monuments : les temples de Chaurasi, datant du VIIème siècle. Trois temples de Shiva sont entourés d’une vingtaine d’autres temples et sanctuaires plus petits, dans un périmètre assez réduit.

Aux temples de Chaurasi (VII S), Bharmour  Bébé, Bharmour  Au temple de Bansi Gopal, Chamba

Je n’avais jamais vu de tels temples, construits tout en hauteur (et aujourd’hui recouverts de chapeaux pour leur conservation). Quelques sculptures extérieures. J’aime beaucoup.

Ici, la population ne semble pas indienne, mais plutôt afghane ou pakistanaise. Viendrait-elle en partie de ces régions ? Je n’en sais strictement rien. En tout cas, les gens sont très accueillants et se laissent facilement prendre en photo.

Pont suspendu, route de Chamba

Nous repartons dans l’autre sens à 12H10 ; même route donc qu’à l’aller, mais cette fois plus belle car ensoleillée. Une quinzaine de km avant Chamba, dans le seul vrai village du parcours, nous prenons un déjeuner très simple mais bon : des samossas et autres babioles et de petits gâteaux en dessert. Je suis assez surpris que mes amis acceptent de manger ainsi : mais ce n’est pas leur premier voyage en Inde et ils ne se comportent donc pas comme des touristes effarouchés.

Retour à Chamba vers 15H30, après avoir été bloqué un quart d’heure sur la route par une pelleteuse chargeant des rochers éboulés dans un camion. Visite de la ville et surtout de ses temples, en commençant par celui de Chamunda Devi qu’on rejoint par un long escalier at qui offre une excellente vue sur la ville. Construit en 1762, il est dédié à l’aspect vengeur de la déesse-mère Devi. Nombreuses cloches.

Les samoussas, route de Chamba  Vue sur Chamba

Plus loin, le petit sanctuaire de Sui Mata, assez récent, est moins intéressant. Nous voici au temple de Bajreshwari Devi, construit au XIIème siècle sur le modèle de ceux de Bharmour (shikhara). Bajreshwari est une réincarnation de Durga.

Longue route pour redescendre au centre de Chamba. Là se trouve le fameux temple de Lakshmi Narayan et ses alignements de shikharas, un très bel ensemble du Xème siècle. Nous arrivons au bon moment : des femmes, assises sur le sol, chantent en compagnie d’un prêtre.

Nous passons ensuite au palais Akhand Chandi, construit au XVIIIème siècle par le raja de Chamba, avant de rejoindre le joli petit temple de Bansi Gopal, du XVIème siècle, dédié à mon cher Krishna. Puis balade au marché animé, où je m’achète un topi (coiffe) himachalien.

Retour à l’hôtel à 18H30, après 131 km. Travail dans ma chambre, où j’ai froid, jusqu’à 23H30. Himmat n’a pas réussi à m’obtenir un appareil de chauffage, il doit faire 10° ! En plus, il y a un vacarme dans cet hôtel, je me demande si mes amis peuvent dormir (cela vient des cuisines).

Alignements de shikharas, temple de Lakshmi Narayan, Chamba  Au temple de Bansi Gopal (Krishna, XVI S), Chamba


 
11/01/18

Du vendredi 5 au jeudi 11 janvier 2018 (cinquième semaine) :

Vendredi 5 : Le jour pointe déjà lorsque je me réveille, vers 6H45, après une nuit parfaite et peu froide. Ma suite est vraiment bien, ainsi que le reste de l’hôtel : un bel endroit ! J’essaye le Wifi dans le hall, ça marche très bien et je laisse mon ordi podcaster pendant que je vais prendre mon petit-déjeuner : un petit buffet, pas trop de choix, mais très bon.

Beau temps, évidemment (on pourrait penser que j’ai beaucoup de chance, mais c’est le temps de saison). Je suis juste à la moitié de mon voyage, d’où cette journée décontractée. Je réserve quand même à la réception un safari village pour 10H (13 € pour deux heures et demie) ; l’hôtel n’organise pas de safari animaux, dommage !

Piscine, hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur

Par contre, l’hôtel a ses propres écuries avec sept chevaux et offre (façon de dire, car c’est évidemment payant) des balades ; je n’aime pas trop monter à cheval, mal au coccyx à tous les coups et toujours peur de tomber…

En attendant le départ, je me balade dans le superbe jardin de l’hôtel, nombreuses fleurs et arbres : un grand baobab, des orangers, bananiers, papayers, frangipaniers et autres espèces. Quelques photos de fleurs et d’oiseaux. Puis je visite trois autres suites, ouvertes pour les aérer après check-out : la mienne est mieux ! Je discute aussi avec Karanpratap, le sympathique manager de l’hôtel, un Rajput.

Hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur  Ecuries, hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur

A 10H, je grimpe dans la Jeep Mahindra conduite par Raghvendra, qui me dit être le cousin du manager. Nous traversons le village de Bijaipur, très vivant, et prenons une petite route parmi les champs de blé, de moutarde et de légumes (haricots, pois-chiches, pommes de terre, oignons et autres). Il y aurait même des champs de pavots somnifères, cultivés juste dans un but médicinal, me dit-il (la consommation d’opium comme drogue étant interdite en Inde). 

Tiens des tombes ! Des chrétiens ? Non, ce sont des tombes de Kanjars, un peuple indo-aryen autrefois nomade qui, musulman, s’était converti à l’hindouisme et pratique aujourd’hui une religion à eux : les Kanjars brûlent le corps de leurs morts puis enterrent les cendres plutôt que d’aller les jeter dans le Gange. Ils vivaient surtout de chasse mais se sont reconvertis dans l’agriculture. D’après Raghvendra, c’est un peuple dont il faut se méfier, des bandits qui, de plus, envoient toutes les jeunes filles pratiquer la prostitution dans les grandes villes, ce serait la coutume (et c’est vrai que je n’en vois aucune !). Racisme ordinaire ou vérité ?

Village bhil, vers Bijaipur  Champs vers Bijaipur

Nous croisons des chars à bœufs conduits par des Gypsies, comme j’en ai vu hier : ce sont des forgerons-ferronniers qui parcourent les routes à la recherche de métal et d’outils à réparer. Arrêt dans un village de Bhils, la population aborigène de cette région. Ici ils sont très pauvres, ribambelles d’enfants mal habillés et sales ; pourtant ils ont des terrains et pratiquent l’agriculture et l’élevage de buffles et chèvres (pas de moutons par ici). Les enfants crient, une femme malaxe de la boue pour refaire le seuil de sa maison (comme on le pratique aussi au Népal), une autre fait sa cuisine sur un feu de bois à même le sol. Je visite rapidement une maison ; c’est vite fait, une seule pièce.

Nous roulons ensuite entre deux petites chaînes basses de montagnes, ce sont les Vindhyachal Range (de 460 à 1 100 m d’altitude). En contrebas, une vallée bien verte, partagée entre le Rajasthan et le Madhya Pradesh. Arrivée au lac Pangarh, un lac naturel surmonté par un fort en ruine. Nous nous arrêtons là un moment, en bas d’un chemin de lave (à ce qu’il me semble), où l’hôtel dans lequel je réside possède une annexe, la Pangarh Lake Retreat. Une quinzaine de grosses tentes (mais plus petites que celle que j’avais eu) sont montées sur deux rangées face au lac (là aussi, c’est complet ce soir, le tourisme marche bien par ici !). Endroit vraiment charmant. Nombreux oiseaux, dont des hérons, des talèves sultanes et, bien sûr, quelques canards.

Un thé massala et nous rentrons. Arrivée à l’hôtel à 12H30, 36 km parcourus.

Lac Pangarh, vers Bijaipur  Talève sultane (ou poule sultane), lac Pangarh, vers Bijaipur

Je repars presque aussitôt à pied jusqu’au village, au bout de la ruelle. Ça grouille de monde dans la rue principale, vraiment en pleine activité, c’est sympa et pas du tout touristique (je pense qu’il est rare qu’un des touristes de l’hôtel vienne jusqu’ici). Nombreux salons de coiffure, dont un carrément dans la rue. Magasins de tissus et de vêtements. Machines à coudre Singer activées avec les pieds, comme celles de mon enfance ; ici la couture est un métier d’homme. Marché de fruits et légumes. Un homme, avant de coller la rustine, lime une chambre à air avec une scie à métaux ! Plusieurs ateliers de rembobinage. Et puis de nombreuses épiceries qui, toutes, ont des dizaines de paquets de chips pendus en devanture. Sur un perron sèchent des galettes de bouse qui seront utilisées plus tard pour alimenter le feu. Les garçonnets ont tous une petite queue de cheveux derrière la tête, ce doit être une coutume locale…

Femme bhil réparant le seuil de sa maison, vers Bijaipur  Primeurs au marché, Bijaipur

Je déjeune, pour moins de 0,30 €, dans un boui-boui aux tables quelque peu crasseuses : un samossa et un beignet rond de légumes ; ça arrache ! Retour à l’hôtel une heure plus tard.

En maillot de bain, je m’installe sur un transat au bord de la piscine. Il fait bon, 25° peut-être. L’eau est trop froide, je me contente de lire. Excellent petit bouquin : « La vache sacrée et autres histoires indiennes », de Tarun Chopra, qui répond de façon simple et attrayante aux questions que tout voyageur en Inde se pose : sur l’hindouisme, les dieux, les livres sacrés, la paperasserie de la bureaucratie, les mariages arrangés et plein d’autres sujets intéressants. 

Séchage de galettes de bouse, Bijaipur  Temple de Krishna, hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur

Où j’apprends que les vaches qui se baladent dans les villes sont souvent des vieilles. Comme elles ne fournissent plus de lait, leur propriétaire préfère les laisser partir, ça leur revient moins cher !   

Quel bon après-midi ! Je suis seul, c’est calme. Mais, vers 16H, arrive quelques Américaines de poids, et ça jacasse, bien sûr. On est femme ou on ne l’est pas ! (j’attends les réactions…)

Finie la tranquillité. Je mets mes écouteurs, la musique couvre les voix. Une heure plus tard, mon livre fini, je retourne dans ma chambre où je travaille jusqu’à 23H45. Comme les autres soirs, diner d’une soupe chinoise.

Coiffeur de rue, Bijaipur  Purushottam Ji, naga du XIX S, City Palace, Udaipur  Enfant de Ranakpur

 

Samedi 6 : Bonne nuit, réveil à 6H45 et choc : en me couchant hier soir j’ai lancé une mise-à-jour Windows et, ce matin, message d’erreur m’indiquant qu’elle a mal été faite ; le pire est que je n’arrive pas à redémarrer normalement mon ordinateur, j’essaie différents moyens et ne sais plus quoi faire. Une heure de perdue et d’angoisse.

Je finis par faire ma toilette avant d’aller prendre mon petit-déjeuner, moins bien qu’hier (dommage qu’un si beau lieu ne propose pas un meilleur petit-déjeuner !). Il fait toujours très beau.

Je quitte l’hôtel à 8H45. La route serpente vers le nord dans la vallée entre les Vindhyachal Range. 19 km plus loin, à Parsoli, nous récupérons l’autoroute à péage vers l’est. Jolis paysages, champs colorés et fleuris à perte de vue. Enfin, vers Katouda, un champ de pavots somnifères, avec ses fleurs blanches ; je n’en avais encore jamais vu ! Sa culture est très règlementée par le gouvernement. A côté, plantations de piments, ail, coriandre, coton et autres. Nombreuses aigrettes toute blanche. 

Fleur de pavot somnifère, vers Katouda  Aigrette, vers Katouda

Nous quittons assez vite l’autoroute et empruntons un mauvaise petite route vers l’est. Entre-temps, j’ai recherché sur le Web, grâce à mon téléphone, des solutions pour redémarrer mon ordi ; et j’y arrive ! Quel soulagement !

Joli petit temple de Rama à Borbawri, un village que nous traversons, et arrêt de 10 minutes. Quelques photos et habitants vraiment sympa ; ce sont des Dhakars. L’un d’eux me prête son turban et je fais mine de partir avec, déclenchant les rires des enfants.

Temple de Rama, Borbawri  Devant le temple de Rama, Borbawri

La route est vraiment défoncée sur quelques kilomètres, ça secoue ! En m’accrochant je fais attention à mon épaule droite, toujours un peu douloureuse. Comme pour plusieurs endroits où nous sommes allés, Manohar découvre comme moi (tout simplement parce que mon programme sort volontairement des sentiers battus). A 11H45, nous entrons dans le fort de Bhainsrorgarh et, par un dédale de ruelles tortueuses et pentues à travers le village enfermé dans des remparts, nous rejoignons mon hôtel, le Bhainsrorgarh Fort (114 km parcourus). Encore un endroit très surprenant et magnifique !

Bhainsrorgarh Fort  Vue depuis le Bhainsrorgarh Fort

Je suis accueilli par Rajveer, le petit-fils (51 ans) du dernier prince rajput de la région (destitué en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde). Avec son frère, il est propriétaire de ce château qui date de 1742 et qui a été transformé en hôtel à partir de 2006, avec neuf chambres/suites. Des travaux d’amélioration sont toujours en cours, c’est normal pour un château de cette époque (il y a tellement de salles et d’annexes à restaurer ici, un puits sans fond…). J’ai une suite au rez-de-chaussée, simple mais agréable et bien décorée, avec un balconnet. Pas de télé ; pas de Wifi non plus (il faut grimper au salon du second étage pour en bénéficier), mais mon téléphone passe bien. C’est tout de même une chambre à 177 € avec petit-déjeuner : malgré le charme de l’endroit c’est tout de même très surévalué !

Je visite un peu les lieux, la propriété est immense, et fais un tour rapide dans le village. Des jeunes jouent au cricket (le sport national) devant les grilles. L’un d’eux a 12 orteils, ce qui n’est pas si fréquent (ça va lui coûter plus cher en pédicure !)

Enfant aux douze orteils, Bhainsrorgarh Fort  Bhainsrorgarh Fort et rivière Chambal

Je monte sur la terrasse, au troisième étage, pour déjeuner. Escaliers étroits et portes basses, c’est un château. Au rez-de-chaussée, au premier et au second étage, grand salon, décoré de photos des ancêtres, où donnent des chambres. Et, de la terrasse, vue fabuleuse (d’après Rajveer, la plus belle du Rajasthan, ce qui est possible) : le château est bâti sur de hautes falaises, à l’intersection de deux rivières, la Chambal et la Brahmni. Les remparts s’étendent au loin, entourant tout le village. Quelle vue ! Que c’est beau !

Déjeuner en compagnie d’une vieille Anglaise d’à peu près mon âge avec qui je discute pas mal (elle est née à Calcutta et est restée en Inde jusqu’à ses 8 ans). Au menu : riz, aubergines, chapatis, yaourt aux boules de soja, c’est très bon (7 €).

Cénotaphes, Bhainsrorgarh Fort  En barque sur la Chambal, Bhainsrorgarh Fort

A 14H, je pars en barque sur les rivières. Mais, pour se rendre à l’embarcadère, il faut descendre par un petit chemin, le long des remparts, et à travers temple d’Hanuman et cénotaphes. Très chouette ! Deux villageois rament (bizarrement à un rythme différent) et un employé de l’hôtel m’accompagne (pour me servir thé et biscuits et répondre aussi à mes questions). Peu de courant. Nous faisons d’abord le tour d’une petite île sur la rivière Chambal : j’aperçois trois crocodiles (qui plongent à notre approche sauf un bébé allongé sur une branche), un vautour, des tantales indiens, des cormorans, des martins-pêcheurs, des singes dans les arbres. Les vues sur le château sont magnifiques, grandioses !

Nous rejoignons l’autre rivière, la Brahmni, traversée par un pont suspendu et je demande à débarquer là afin de prendre quelques photos. Il nous faut ensuite marcher dix minutes, l’employé et moi, pour rejoindre le château vers 15H30.

Enfant, Bhainsrorgarh Fort  Tantale indien, sur la Chambal, Bhainsrorgarh Fort  Temple d'Hanuman, à 8 km de Bhainsrorgarh Fort

Et je repars à 16H15, cette fois en Jeep Mahindra conduite par Rajveer, salué bien bas à son passage par les habitants du village : respect de ces anciens serfs de la famille princière. Petite route sur environ 8 km jusqu’à un minuscule village habité par des Bhils très pauvres (encore des ribambelles d’enfants), sans eau potable et sans électricité, bien qu’il y ait plusieurs barrages aux alentours (des poteaux électriques ont été installés en 2013, mais on attend toujours les fils !). Arrêt pour le thé sur le parvis d’un temple d’Hanuman au bord d’un étang formé dans un bras de la Chambal, paysage fabuleux. Je me verrai bien demeurer quelques jours ici dans une tente ! Nous rentrons au fort à 17H30, juste à temps pour observer, de la plus haute terrasse, le coucher du soleil rouge.

Je profite ensuite un peu du Wifi au second étage et continue mon travail toute la soirée dans ma chambre jusqu’à 23H30.

Entre Brahmni et Chambal, Bhainsrorgarh Fort  Enfants bhils, à 8 km de Bhainsrorgarh Fort

 

Dimanche 7 : Réveil à 6H (pourquoi, par nuit calme, je me réveille aussi tôt à chaque fois ?). Je n’ai pas eu froid, j’ai laissé un petit chauffage électrique allumé toute la nuit. Coupure d’électricité alors que je suis en train de me raser (ça s’en va et ça revient…). A 8H, petit-déjeuner très correct servi à table en terrasse, sur le toit du château. Superbe vue, il fait très beau mais vraiment frais à cette heure.

Nous partons à 9H15, Manohar n’est pas content car Rajveer, le propriétaire de l’hôtel, a essayé de lui soutirer plus d’argent que prévu ; en plus, le repas qu’on lui a servi hier n’était pas bon, le riz ressemblait à du caoutchouc, me dit-il.

Vue au petit matin depus le Bhainsrorgarh Fort

Route vers l’est et, au bout d’une dizaine de km, Manohar s’arrête à Badoli, un endroit que je n’avais pas prévu, ne figurant pas dans mon Lonely Planet mais conseillé par un autre chauffeur. Les temples de Badoli, au nombre de neuf, datent des X ou XIème siècles ; le plus important, le Ghateswara Mahadeva, est différent de tout ce que j’ai vu jusqu’à présent (avec quelques scènes du Kamasutra sur les faces extérieures). Dans le jardin, de gros perroquets verts volètent d’arbre en arbre. Une chouette à moitié endormie se tient sur une branche. Bien d’autres oiseaux chantent. J’aime !

Temples de Badoli (X-XI S)  Perroquet vert, temples de Badoli

Nouvel arrêt, plus rapide, à Kolipura, un village sur notre route. Ici vivent trois communautés : les Bhils, agriculteurs et chasseurs, que j’ai rencontrés à plusieurs reprises ; les Gujars, de peau presque noire, éleveurs de buffles ; et les Minas, presque blancs, réputés comme voleurs mais qui commenceraient à travailler un peu (dixit Manohar). Ça me paraît tout bizarre de classifier les gens comme ça. En tout cas ce petit village est vraiment authentique. Vaches, buffles et cochons noirs comme de petits sangliers. Mais, ici, difficile de prendre en photo des femmes bhiles : elles cachent leur figure derrière un voile fin et les hommes veillent (bien que de de religion hindoue).

En repartant, nous croisons de nombreux coureurs à pied : une compétition se déroule sur trois distances, de 32 à 63 km ! Bon courage, les gars !

Macaques, temples de Badoli  Maison bhil, Kolipura

Nous arrivons à Kota vers 11H. C’est une grande cité commerciale et industrielle de plus de 700 000 habitants. Au loin, de très hautes cheminées fument, polluant l’atmosphère. Un nouveau pont, immense, est en construction sur la Chambal, la rivière sur laquelle j’ai navigué hier. Embouteillages. Une citadelle du XVIIème siècle, l’une des plus grandes du Rajasthan, abrite le City Palace, ancienne demeure de la famille royale. Ce superbe palais a été transformé en musée, payant, que je visite. Belle porte d’entrée, surmontée d’éléphants. Dans la cour, de nombreux dhonsas sont alignés : ce sont des instruments à percussion en forme de cloche fermée, un genre de gong en fait. A l’intérieur, tout un tas d’objets appartenant à la famille royale : palanquins, trônes, miniatures dessinées et/ou peintes de l’école de Kota, armes, photos de famille. Des jeux d’échec, où des éléphants remplace les chevaux, rappellent que les échecs ont été inventés en Inde.

Fort (XVII S), Kota  City Palace (XVII S), Kota

Sans de telles visites, il serait difficile d’imaginer le faste des maharajas cette époque. Ce musée fait bien comprendre au pauvre visiteur que je suis le faste dans lequel vivaient certains maharajas avant l’indépendance de l’Inde.

Dans une aile du palais, datant de 1624, quelques pièces ont été conservées dans leur jus, nues : le Durbar, décoré de milliers de petits miroirs, salle de réunion où le roi recevait et jugeait ses serfs ; la chambre du roi, au dernier étage, avec ses tableaux miniatures peints sur les murs. Cela mériterait tout de même une petite rénovation.

Deux bâtiments du palais abritent aujourd’hui des écoles : l’école primaire Albert Einstein et l’école secondaire St Peter’s.

Durbar, City Palace (XVII S), Kota  Chambre du maharaja, City Palace (XVII S), Kota

Nous repartons, vers le nord, par une autoroute. Un panneau indique « Delhi 480 km » ; pas si loin, et il me reste une semaine pour y parvenir… Mais, là, c’est à Bundi que nous allons, à 37 km seulement. Dans une longue ligne droite, des dizaines de stands, tous identiques, vendent des goyaves, visiblement le fruit de la région.

12H45, nous rentrons dans Bundi. Manohar fait le plein, vérifie la pression des pneus puis me conduit jusqu’au lac Jait Sagar où on nous a déconseillé d’aller : en effet, ces derniers jours ont eu lieu des heurts importants entre musulmans et hindous au sujet d’un temple. Du coup, la police a fait arrêter tous les réseaux Internet sur un rayon de 30 km (mais le téléphone fonctionne, allez comprendre !). Bon, aujourd’hui, c’est calme et je peux voir le Shikar Burj, un ancien pavillon de chasse des maharajas, bien délabré. A proximité se trouvent les cénotaphes de Kshar Bag, dont j’aperçois certains derrière un mur (site fermé, fréquenté par des macaques rhésus au cul rouge).

Lac Jait Sagar, Bundi  Shikar Burj, pavillon de chasse, Bundi

Puis visite du Sukh Mahal, un petit palais construit en 1776 au bord du lac ; Rudyard Kipling y a séjourné quelques jours. Un bâtiment a été transformé en musée payant où les photos sont interdites : quelques bas-reliefs bien conservés, des tableaux et des armes.

Retour en ville où nous déjeunons d’un thali rajasthani fort épicé (moins d’un euro). Il fait bon, 24° environ. Puis visite rapide du cénotaphe aux 84 piliers ; un escalier monte à son sommet d’où l’on voit bien, au loin, le fort Taragarh. Des enfants jouent au cerf-volant, des jeunes au cricket.

Nous sommes à mon hôtel vers 15H. 108 km parcourus depuis ce matin.

Chouette, temples de Badoli  Scène érotique, temples de Badoli  Cénotaphes de Kshar Bag, Bundi

L’Hadoti Palace est situé à proximité du marché et à 1,5 km du fort que je visiterai demain matin. Cet hôtel, ouvert en 2007 et appartenant au neveu de l’ancien maharaja qui n’avait pas d’enfant, possède 43 chambres et une piscine. J’ai une chambre Deluxe au premier étage, soi-disant la meilleure de cette catégorie dans l’hôtel, avec une belle vue sur le fort, vue qu’en fait je n’ai pas ; certains Indiens sont très forts pour raconter n’importe quoi ! (70 € avec petit-déjeuner). A part ça ma chambre est vaste, avec petit coin salon, et bien équipée. La grande fenêtre ne s’ouvre pas, elle est sale tout comme le miroir de la salle de bain, où la robinetterie de la baignoire est défectueuse. Comme je l’ai expliqué, pas de Wifi, mais on m’a promis qu’il serait rétabli demain matin (mais pas de Wifi en chambre, seulement dans le hall et le restaurant).

Hadoti Palace, Bundi  Après la fessée, Bundi

Je repars une heure plus tard, en laissant mon linge sale à la réception (on m’a promis que je le récupèrerai propre demain avant midi). L’ascenseur affiche une capacité de 884 kg et 13 personnes (soit 68 kg par personne, les Indiens ne sont pas gros !). A pied, je me balade une heure et demie dans le quartier pour voir quelques monuments : le Nahar Dhunk ki Baori, l’un des soixante puits à degrés de la ville. Impressionnant. Je traverse ensuite un quartier populaire, rue boueuse, petits enfants nus, gens qui m’interpellent ; un peu inquiet, je garde toutefois le sourire. Me voici au baori le plus beau, le Raniji ki Baori (le puits de la Reine), un autre puits à degrés de 46 m de profondeur, à l’escalier monumental et aux murs ornés de sculptures (entrée payante).

Nahar Dhunk ki Baori, Bundi  Raniji ki Baori, Bundi

C’est ici que commence le marché ; bien que ce soit dimanche, il est extrêmement mouvementé et on y trouve de tout. Marché de rue et boutiques se font concurrence, ou se complètent. En plein milieu, deux autres baoris jumeaux, le Nagar Sagar Kund. Un peu plus loin, la porte principale de la vieille ville, la porte Chougan.

Retour à l’hôtel, tout proche. Les plombs ont sauté dans ma chambre, on vient réenclencher. Télévision câblée : pas de TV5 Asie, mais France 24, en anglais ! Fête à proximité, pétards, musique très forte, mais qui s’arrête vers 21H. Comme d’habitude, travail toute la soirée et soupe chinoise (j’en ai racheté). 23H30, après un peu de lecture, je m’endors.

Au Marché, Bundi  Stand du prothésiste dentaire, Bundi

 

Lundi 8 : Après une excellente nuit, je me lève à 6H15, nuit noire. Difficulté pour avoir de l’eau chaude à ma convenance pour ma douche, le robinet-mitigeur tourne dans le vide.

6H50 : aux premiers lueurs, cacophonie muezzine : les appels à la prière de différentes mosquées se mélangent, comment les Hindous peuvent-ils supporter cela, ce rappel d’Allah plusieurs fois quotidiens ce bourrage de crâne liberticide ? Moi, si j’habitais ici, je pèterais un plomb. Ayant un peu étudié le Coran et l’Islam, donc en connaissance de cause, je suis aujourd’hui profondément islamophobe ; c’est un délit maintenant, mais je ne m’en cache pas. Et la liberté de s’exprimer alors ? Je précise que l’islamophobie est la phobie de l’islam, non des musulmans que je considère comme étant les premières victimes de cette religion.

A 7H30, petit déjeuner à la carte (continental pour moi) servi à table. Correct et copieux. Toujours pas de réseau Internet dans la région ; demain peut-être, me dit-on à la réception ! Ou après -demain. Ce sacré soleil leur tourne la tête ! Du coup j’envoie un SMS à Harish pour savoir s’il est possible d’annuler ma seconde nuit ici et d’avoir une nuit de plus à Savai Madhopur, ma prochaine étape. Il me répondra un peu plus tard que c’est possible. Super ! Cette agence est vraiment sérieuse, aux petits soins pour leurs clients. 

Porte de Khoja, Bundi  Nettoyage matinal et poussiéreux à Bundi

Vers 8H, je pars à pied vers le palais que j’atteins en 25 minutes. Peu de gens dans les rues à cette heure-là, les commerces ne sont pas encore ouverts. Des balayeurs nettoient les rues, poussière en suspension, air irrespirable. Mais comment font les habitants pour vivre et travailler ici ?

Bundi est une ville de 105 000 habitants dominée par le palais du XVIIème siècle, le Chitrashala Garh, l’un des plus beaux exemples de l’architecture rajpoute, et le fort Taragarh, datant de 1354 et se trouvant à 475 m d’altitude. Près du palais s’étend le bassin de Nawal Sagar. Au XIIème siècle, la région, peuplée de Minas et de Bhils, fut prise par des nobles chauhans originaires d’Ajmer repoussés vers le sud par Muhammad de Ghur. Ils firent de Bundi la capitale de leur royaume, qui avait pour nom Hadoti (comme mon hôtel). Bundi fut fidèle aux Moghols dès la fin du XVIème siècle mais conserva son indépendance jusqu’à son intégration dans l’État du Rajasthan en 1947. D’où ce mélange de musulmans et d’hindous et les affrontements actuels qui découlent de cette cohabitation parfois difficile. 

Au marché, Bundi  Hathi Pol, porte des éléphants, palais (XVII S), Bundi  Au Chitrasala (XVIII S), Bundi

Me voilà au pied du palais imposant où j’achète mon billet d’entrée, presque 7 €, c’est cher pour l’Inde (bien sûr, les Indiens payent beaucoup moins). La première porte monumentale passée, surprise : ce ne sont que gravats et ordures ! Un chemin pavé grimpe jusqu’à la jolie porte des Eléphants et je pénètre dans le Ratan Daulat, édifié par le Maharao Ratan Singh.

Palais (XVII S), Bundi

Tout est en très mauvais état, rien n’est entretenu à cause d’un conflit existant entre les héritiers du dernier maharaja : son neveu (propriétaire de mon hôtel) et ses amis qui avaient reçu la moitié de l’héritage ; le cas est en justice depuis de nombreuses années. Ah, les histoires d’héritages ! En tout cas, vu le montant du ticket d’entrée, on pourrait au moins balayer et ramasser les ordures, ce serait la moindre des choses ! En plus, des singes et chiens errants pissent et chient partout, ça pue !

Entrée du palais (XVII S), Bundi  Badal Mahal, palais (XVII S), Bundi

Pas grand-chose à voir à priori. Toutefois, au premier étage, un magnifique trône en marbre blanc domine la cour. Puis, avec un gardien/guide qui guette les touristes (très peu nombreux), j’accède au Chatra Mahal bâti par le Maharao Shastrusal Singh. Il comporte des fresques murales dans les tons turquoise, vert, bleu et jaune qui ont dû être très belles. Piliers soutenus chacun par quatre éléphants dans le Hathiya Sal et portes en bois incrustées d'ivoire, en mauvais état. Chambre des concubines et, à l’étage supérieur, chambre de la reine et chambre du roi, fresques colorées un peu délavées et abimées sur les murs.

Vie de Krishna, Chitrasala (XVIII S), Bundi  Vue depuis le fort Taragarh (1354), Bundi

Je repasse la porte des Eléphants, grimpe encore et arrive au Chitrasala, édifié par Rao Umed Singh au XVIIIe siècle. Ici, des jardins dominent la ville et offrent un très beau point de vue. A l'intérieur du palais se trouvent de magnifiques peintures assez bien conservées relatant le Ragmala et Raslila, l’histoire d'amour entre Radha et Krishna (ici en bleu).

Visite rapide, ce palais est tout petit. Je reprends le chemin pavé sale et puant et grimpe jusqu’au fort Taragarh, datant de 1354. Un gardien me remet un bâton pour me défendre en cas d’attaque par les singes, ici des macaques. Je me retrouve tout seul en haut de cette colline, à 475 m d’altitude, qui offre de superbes vues sur Bundi, le palais et le bassin de Nawal Sagar. Délabrement et ronces, je me salis et déchire mon short ; il suffit que je me change pour me salir aussitôt ! Alors que les multiples plaies aux jambes, une vingtaine, faites à Majuli il y a un mois commencent à peine à guérir, je me fais une nouvelle balafre sur la cuisse en essayant de rejoindre un baori (j’abandonne). Les remparts sont en bon état ainsi qu’un temple dédié à Shiva (je pense). Très nombreux macaques qui me dépassent, indifférents. Mais si je m’approche d’un bébé, ils montrent les dents et font peur (d’où la nécessité d’être armé d’un bâton). Une grosse tour ronde surplombe ce fort, elle sert de poste pour l’armée et les télécommunications (antennes).

Remparts du fort Taragarh (1354), Bundi  Grande tour, fort Taragarh (1354), Bundi

Je redescends sans croiser personne, impression de m’être quelque peu fait arnaquer et, sur le parking, je prends un rickshaw pour rentrer au travers des rues et du marché maintenant animé. A l’hôtel à 10H50. Manohar, que j’ai appelé ce matin, est déjà là à m’attendre (je suis vraiment très satisfait de lui). J’attends le retour du linge donné à laver, prépare mon sac, paye le pressing à la réception et jette un dernier regard dans le grand hall où sont exposées, sous vitrine, six des voitures de l’ancien maharaja, dont une Rolls-Royce. Dans un coin, deux grosses motos trônent. Il est 11H20.

Nous quittons la ville poussiéreuse par une petite route cahoteuse, très mauvaise, vers le nord-est. Peu avant Lakheri, à Gendoli Khan, arrêt au Shree Kanchan Dham, un ashram récent et un ensemble de 12 couples dédiées à Shiva ; chacune abrite un lingam différent, copie de lingams de plusieurs États indiens. Pieds nus, nous en faisons le tour. Tout neuf et pas d’un grand intérêt, mais Manohar en profite pour se faire bénir par un prêtre. Petit don à cette secte de Krishnadas.

Manohar, Shree Kanchan Dham (Shiva), Gendoli Kalan  Oiseau du Rajasthan

Après Lakheri, sur une route un peu meilleure, arrêt dans un restaurant routier. Certains chauffeurs dorment sur des charpoys ou regardent la télé, d’autres se lavent en slip à la fontaine. Et nous y mangeons très bien : gros radis en tranches, chapatis chauds, mattar (petits pois et carottes) et channa massala (purée de pois-chiche). Assez relevé. Pour terminer, verre sucré de chach (lait caillé), différent du ghee habituel (beurre et lait). Délicieux !

Manohar a été malade après notre repas de la veille, trop pimenté. Pas moi (nous avons pourtant mangé la même chose). Je lui dis que je suis très satisfait de ses services et lui parle du mauvais chauffeur que j’avais eu au Bihar. Il me dit être payé par l’agence au mois, 120 euros, qu’il travaille ou non. C’est peu mais, heureusement, il est propriétaire de sa maison au village où il vit avec sa famille (à douze heures de bus de Delhi !) et de champs qui lui donnent cinq à six mois de nourriture. Mais il est content d’avoir du travail et dit faire de son mieux pour le conserver et satisfaire les clients.

Détail, Raniji ki Baori, Bundi

Toujours pas de réseau Internet ici, à plus de 50 km de Bundi, je suis inquiet. Nous repartons, toujours vers le nord-est, et arrivons à Sawai Madhopur. Le réseau Internet fonctionne ; ouf ! Nombreux hôtels et agences de safari le long de la route qui traverse le village : cet endroit est très touristique car c’est la porte du parc national de Ranthambhore. Tripadvisor recense ici 62 hôtels et 49 chambres d’hôtes, c’est dire !

A 15H20, me voilà à mon hôtel, le Ranthambhore Regency, un très bel ensemble avec jardins et piscine. Dans le hall et les couloirs nombreuses photos grand format de tigres. Je m’enregistre et rencontre une personne de l’agence avec lequel je vais faire deux safaris. J’espérais pouvoir faire demain matin celui prévu après-demain matin mais il n’est pas possible de modifier (enregistrement auprès du gouvernement et, vous le savez, la bureaucratie ici est pire qu’en France).

J’ai le choix entre trois chambres « Deluxe », j’en choisis une au calme ayant une grande baie vitrée et une terrasse donnant sur le jardin (110 € en pension complète). En plus, bonne surprise, la Wifi de la réception passe ici (pas de Wifi normalement dans les chambres). Je suis ici en pension complète (mauvais pour mon régime). Ma chambre est spacieuse, propre et bien équipée, mais pas de chauffage. Deux petits lits, assez larges toutefois pour mon petit corps dodu. Aucune chaîne française sur la télévision câblée (pourtant les touristes français sont nombreux au Rajasthan !) 

Hôtel Ranthambhore Regency, Sawai Madhopur  Hôtel Ranthambhore Regency, Sawai Madhopur

Je m’installe et repars peu après avec Manohar rejoindre le fort de Ranthambhore. Huit kilomètres d’une petite route nous mènent à l’entrée de la Ranthambhore Tiger Reserve. C'est l'un des cinq parcs naturels que compte le Rajasthan. Créé le 1er janvier 1980, il offre des paysages de lacs et de falaises sur une superficie de 1 334 km² (dont 395 ouvert aux safaris) et est réputé pour être l'un des lieux où l'on peut le mieux observer la vie sauvage en Inde, notamment les tigres (environ 70) et les léopards (environ 150).

C’était autrefois l'ancien domaine privé de chasse des Maharajas de Jaipur ; il a ouvert en 1973 peu après l'interdiction en Inde de la chasse au tigre, espèce alors menacée de disparition. Pour éviter le braconnage, les villageois de la région ont été incités à rester en dehors du parc et des caméras de surveillance ont également été installées à travers la réserve (le gouvernement indien a engagé 153 millions de dollars).

Dans le Parc national de Ranthambhore on trouve aussi, entre autres, des sambars (antilopes), des gazelles indiennes, des hyènes, des ours lippus, des chitals, des chats sauvages, des crocodiles et plus de 250 espèces d´oiseaux. 

Antilopes Nilgaut, Ranthambhore Tiger Reserve  Perruches à collier, fort de Ranthambhore

Nous croisons d’ailleurs en bord de route plusieurs sambars, de grosses bêtes pas du tout effarouchées et nous regardant placidement, et plusieurs groupes de langurs.

Quelques km encore à l’intérieur du parc (entrée gratuite) nous mène à un petit parking très fréquenté, surtout par des Indiens en famille qui font ici un pèlerinage au temple de Ganesh, à l’intérieur du fort. Un chemin pavé et des escaliers grimpent jusqu’à la porte de Ganesh. Et me voici dans ce fort construit au milieu du Xème siècle sous la dynastie Chauhan, un clan Rajput, et célèbre en Inde pour la gloire et la vaillance du légendaire roi Hammiradeva (Hammir Dev Chauhan) de la dynastie Chahamana. Situé au milieu de la forêt, c’est un exemple de fort de colline de forêt. De plus, les vestiges du palais de Hammir comptent parmi les structures subsistantes les plus anciennes de tous les palais indiens.

Fort de Ranthambhore (X S)  Tamias rayés, fort de Ranthambhore  Jeune femme au fort de Ranthambhore

Ce fort est en réalité une colline entièrement fortifiée de forme oblongue (2,2 km par 0,7 km) et, outre les vestiges des ouvrages militaires (fortifications, routes, palais, réservoirs, magasins et casernements), il contient trois temples hindous dédiés à Ganesh, Shiva et Ramlalaji, construits du XII au XIIIème siècle à partir de pierres Karauli rouge, divers tombeaux, le temple jaïn de Digamber et la mosquée Dargah Kazi Peer Janab du XIVème siècle.

En 2013, le fort a été déclaré au Patrimoine Mondial de l'UNESCO comme élément de l'ensemble des "Forts de colline du Rajasthan".

Un temple, fort de Ranthambhore  Temple jaïn de Digamber, fort de Ranthambhore

La balade à l’intérieur est très agréable, nombreux chemins menant aux différents lieux. Groupes de langurs, ces singes attachants et sacrés. Des paons vadrouillent. Les oiseaux sont très nombreux, bulbuls à ventre rouge et perruches à collier en particulier. Quant aux tamias rayés, ces petits écureuils indiens fort amusants, ils sont partout !

Je redescends au bout d’une heure et demie, retrouve la voiture et nous rentons à l’hôtel vers 18H. Nous avons parcouru 143 km aujourd’hui.

Travail jusqu’à 21H, diner au restaurant (excellent buffet) et suite de mon travail jusqu’à 23H30.  La Wifi est excellente et me permet de faire de nombreuses recherches. Loin d’avoir terminé 

Pseudotraquet indien, fort de Ranthambhore  Au pied du fort de Ranthambhore

 

Mardi 9 : Réveil à 6H45. Bien dormi mais mal de tête et rhume (quand ai-je donc attrapé froid ?). Dafalgan. Travail, petit-déjeuner à 8H30, seul dans le restaurant (les clients étant presque tous partis en safari). Excellent buffet. Puis travail toute la matinée dans ma chambre (j’en avais des choses à raconter !) et je n'ai toujours pas terminé mon journal de bord !Comme tous les jours, ciel bleu et soleil. Déjeuner rapide, là aussi buffet et mets goûteux.

A 13H30, une Jeep Maruti  Gypsy vient me chercher ainsi qu’un jeune couple néo-zélandais. Puis, sur la route elle récupère un couple d’Indiens, photographes professionnels à en juger par leur matériel, si j’ai bien compris. Et nous voilà parti sen safari à la recherche de tigres du parc national de Ranthambhore, où nous arrivons vers 14H. Le parc est divisé en dix circuits, nous prenons le second (le meilleur d’après le guide, bien entendu) ; il y a vu ce matin une femelle et trois petits.

Chitals (ou cerfs axis), parc national de Ranthambhore  Sambar mâle, parc national de Ranthambhore

Paysages somptueux, grandes falaises, remparts du fort bien au-dessus, forêts, étangs, herbages, c’est ce qu’on appelle jungle ici (c’est dans la région que Kipling a écrit Le livre de la jungle ; apercevrons-nous Mowgli ?).

Nous apercevrons, durant ces trois heures de circuit, de nombreux cervidés ou bovidés : chitals (ou cerfs axis) au pelage tacheté de blanc, sambars aux grandes oreilles presque rondes, antilopes nilgaut aux pavillons d’oreilles zébrés et, enfin, gazelles indiennes (que je n’arrive pas à photographier). Et même quelques buffles égarés.

Vue sur le fort, parc national de Ranthambhore  Crocodiles des marais, parc national de Ranthambhore

Près d’un étang, quelques crocodiles des marais se dorent au soleil. Des mangoustes s’enfuient à notre approche. Quant aux oiseaux, ils sont partout : perroquets verts, bulbuls, cratéropes de brousse, témias vagabondes (pies), paons, hérons indiens d'étang, vanneaux indiens, un martin-chasseur gurial (très coloré), un couple de petits ducs à collier dans un trou d’arbre, un serpentaire bacha et bien d’autres… En parlant de serpentaire, il y aurait 26 sortes de serpents dans le parc.

Des bandes de langurs. Mais pas un seul tigre ni léopard… Nous rentrons, un peu découragés.

Il est 18H lorsque j’arrive à l’hôtel où j’achète, à la boutique, un guide Collins « Birds of India » pour affiner mes recherches. Puis, dans ma chambre, je me mets de suite au travail (avec une courte coupure pour le diner). Sur 152 photos je n’en conserve que 39. Beaucoup de recherches me prennent énormément de temps. Couché à 23H45.

Témia vagabonde, parc national de Ranthambhore  Petits ducs à collier, parc national de Ranthambhore  Martin-chasseur gurial, parc national de Ranthambhore

 

Mercredi 10 : Réveil à 5H15. A 6H le téléphone sonne, alors que je me réchauffe sous la douche : la réception m’appelle pour me réveiller, comme prévu. Malgré le manque de sommeil, je suis en bien meilleure forme ce matin (hier j’étais vraiment fatigué). J’apprends par Internet le décès de France Gall, juste quelques années de plus que moi : je l’aimais bien mais, depuis la disparition de Michel Berger, elle s’était faite discrète. En ce moment, je vois partir beaucoup d’artistes de mon adolescence ; mauvais signe. Je reçois aussi un message d’Harish qui m’informe que je changerai de nouveau de véhicule et de chauffeur après-demain, le véhicule actuel devant passer en contrôle technique au plus tard le 12. Zut !

Une demi-heure plus tard, je suis à la réception avec d’autres safaristes : café rapide et trois biscuits et départ dans une Jeep Mahindra qui chargera aussi trois Australiens et deux Indiens. Je m’installe à l’arrière, pas très confortable. En route pour le parc national de Ranthambhore, recouvert d’une couverture, je peux admirer le lever de soleil rouge, superbe.

Lever de soleil au parc national de Ranthambhore  Serpentaire bacha, parc national de Ranthambhore (hier)

Chauffeur et pisteur différent de ceux d’hier. C’est le circuit 4 que je fais aujourd’hui (le meilleur d’après le pisteur ; c’est déjà ce que m’a dit l’autre hier en parlant du circuit 2 !). Paysage différent, aucune vue sur le fort. Contrairement à hier, très peu d’animaux visibles : quelques cochons sauvages, des sambars, des chitals, un crocodile des marais, des langurs et c’est quasiment tout. Des empreintes sur le sol, une tigresse et son tigreau, mais impossible de les trouver (ça me fait marrer : ‘ti gros, c’est ce qu’on me dit de plus en plus).

Au parc national de Ranthambhore  Cochon sauvage, parc national de Ranthambhore

Quelques oiseaux aussi, mais assez peu, sauf les nombreuses témias vagabondes (dont une qui se pose sur la tête du pisteur). Près d’un étang rose nous apercevons toutefois un héron indien d'étang, une bécassine des marais, un cormoran aux ailes ouvertes, deux ou trois autres oiseaux aquatiques et, dans les arbres, une jolie perruche à tête prune. C’est peu ! Beaucoup de paons par contre. On a beau tourner, demander aux autres véhicules, même aux Eicher de 20 personnes, haut sur pattes, personne n’a aperçu de tigre. Encore un coup pour rien, décidément !

Crocodile des marais, parc national de Ranthambhore  Etang, parc national de Ranthambhore

De retour à l’hôtel un peu avant 11H. Manohar m’attend déjà. Je vais prendre mon petit-déjeuner, toujours très bon (et qui sera en fait un brunch), puis récupère mon sac dans ma chambre. A 11H30, nous partons. Traversée de Sawai Madhopur et assez bonne route (à péage) vers le nord-est. Un renard traverse devant nous, pas le temps de dégainer ! Embouteillages dans les rues étroites de Gangapur, bourg très animé. Ici, les Raikas utilisent beaucoup le dromadaire à charrette comme moyen de transport. Caravanes d’une dizaine de bêtes. Des bergers mènent d’importants troupeaux de moutons et de chèvres. Les rickshaws se faufilent comme ils peuvent. Nous aussi…

Continuation vers l’est. Champs jaunes de moutarde, c’est beau ! Cette route, à péage elle aussi, est bonne. Nous arrivons à mon hôtel, à Karauli (275 m d’altitude), à 14H. 112 km parcourus.

Caravane de dromadaires sur la route de Karauli  Bhanwar Vilas Palace, Karauli

Le Bhanwar Vilas Palace est la demeure du maharaja local et de sa famille. Ce palais, construit en 1938, comprend 35 chambres et 8 suites. Et, de nouveau, je suis surclassé, logé dans une suite à 135 € au lieu d’une chambre ordinaire (ma réputation me précède…). Le palais, de style colonial, est entouré d’un grand jardin et comprends aussi une piscine, des écuries (sept chevaux), une ferme d’élevage de vaches, canards et oies, de nombreuses dépendances et des garages où sont garées les voitures anciennes ou actuelles du maharaja (dont une Buick Roadmaster). L’entrée du palais est assez grandiose : perron précédant un grand salon (avec un tigre empaillé, j’en aurais au moins vu un !), une grande salle à manger avec une longue table commune, des vieilles photos de famille aux murs, etc… Quant à ma suite au charme désuet (art déco, année 30), elle est immense (30 m² ?) avec une salle d’eau très grande elle aussi, comportant un second bureau !  Par contre pas de fenêtre (c’est vraiment tristounet), bruits à cause de la proximité de la salle à manger (mur mitoyen), pas de chauffage, ni télé, ni produits de toilette (hormis la savonnette) et la douche manque vraiment de pression. Quant au lit, il possède un fin matelas pas du tout confortable ! Tout ça me paraît fort bizarre pour une chambre de ce prix ! En revanche, le Wifi passe dans ma chambre et fonctionne bien (normalement, il n’est utilisable qu’au salon et à la salle à manger, et je suis à côté). Je m’installe et vais faire le tour du propriétaire.

Salon, Bhanwar Vilas Palace, Karauli  Ma suite, Bhanwar Vilas Palace, Karauli

Rendez-vous à 15H pour aller faire un tour en ville sur une cariole tirée par un dromadaire, qui n’est pas là. Du coup, un guide, que je croyais faire partie du personnel du palais, m’emmène voir d’autres dépendances et me donne quelques explications sur cet endroit. Le dromadaire et son maître arrive enfin. Très mal installé sur le plateau de bois, me prenant dans les reins tous les trous de la chaussée, me voici déambulant dans la rue principale du village, étroite et forcément encombrée. Comme partout en Inde, coups de klaxon intempestifs, ça me casse les oreilles. Moyen de transport original, mais j’aurais préféré être à pied, notamment pour prendre des photos ; là, je suis face au soleil (et au retour il fera trop sombre !). Une vingtaine de minutes pour arriver à l’ancien palais, le City Palace, un ensemble important construit en 1635 par un maharaja Rajput, puis agrandi au fil des siècles (du XVII au XXème siècle).  Il a trois portes monumentales et est considéré comme l’un des plus beaux exemples de la civilisation rajpoute. Un mur d’enceinte, autrefois équipé de canons, de onze tours et de six portes, entourait la cité (il en reste encore de beaux vestiges).

La porte triple, palais de Karauli  Perruche à collier, palais de Karauli  Vue splendide, Karauli (Rajasthan)

Entrée payante (alors que l’excursion était incluse à mon programme !). Le guide m’emmène visiter de nombreuses pièces de différentes époques en me donnant les explications nécessaires. Un artiste peintre reprend les piliers du superbe hall du durbar, où le maharaja rendait justice avec la présence cachée de ses compagnes à l’étage. Il a quelques années de travail devant lui s’il doit tout rénover ! Et il est vrai que beaucoup de salles mériteraient une bonne rénovation (mais combien de millions seraient nécessaires ?) : peintures murales, sculptures, plafonds, bref il y a du travail ! Chambre du maharaja, de la maharana, des concubines, salons d’été, salons d’hiver etc… C’est immense et cela a dû être très beau !

Belle vue sur le bourg depuis la plus haute terrasse : en-dessous, le quartier musulman (25 % de la population). Des perruches à collier volètent, jacassent, un bien bel oiseau ! Moins agréables, les macaques rhésus qui déambulent, laissant partout leurs déjections. Sur l’un des côtés du palais sont accolés un temple hindou, une mosquée, une église catholique et un temple jaïn, preuve d’ouverture de la part du maharaja.

Au palais de Karauli  Le durbar hall, palais de Karauli

Après la visite, durant laquelle nous sommes pratiquement seuls, nous rejoignons le temple du palais, dédié à Krishna (XVIIème siècle), où de très nombreux pèlerins attendent, en chantant, en se prosternant comme des musulmans et en faisant sept fois le tour du temple, l’ouverture des portes des pièces renfermant les statues de Krishna. 17H, ça ouvre : liesse et cris ; ça me fait bizarre de voir chaque fois autant de ferveur religieuse ! Moment surprenant ! Photos interdites, dommage. En fait, les portes sont ouvertes lors des sept cérémonies journalières attirant environ 4 000 pèlerins par jour !

Retour en cariole tape-cul dans la nuit tombante. A l’hôtel vers 18H. Travail.

Plus tard arrive un groupe d’une vingtaine d’Américains, pas spécialement bruyant, mais comme je suis à côté de la salle à manger… ma chambre résonne de bruits et rumeurs !

Lorsque je me couche peu avant minuit, tout est calme. J’entends juste des ronflements dans la chambre d’à côté. A moins qu’un chat se soit caché sous mon lit…

Au temple de Krishna, palais de Karauli  Devant le palais de Karauli

 

Jeudi 11 : Réveil vers 6H, bien dormi malgré le matelas un peu juste, couette douillette. Travail, puis petit-déjeuner à la grande table, c’est correct, sans plus. Départ à 8H45, je ne regretterai pas cet endroit (mais ravi de l’avoir connu quand même). Bonne route à péage vers le nord, parmi les champs de moutarde, près d’une rivière. Que j’aime ce jaune !

Peu de circulation, nous roulons bien et atteignons Mahwa aux environs de 11H. A l’entrée de la ville, près d’un nouveau pont, des femmes sont assises devant leur cabane. Certaines sont jeunes, d’autres moins, quelques-unes ont des enfants : ce sont des prostituées m’explique Manohar qui, visiblement, connaît bien l’endroit.

Nous passons et bifurquons à droite, plein est par une autoroute à péage qui nous mène rapidement à Bharatpur, notre étape du jour. Arrêt rapide chez un couturier qui me recoud une poche déchirée (pour 0,13 €). A 11H30, me voici à mon hôtel, le Laxmi Vilas Palace, où je dépose mon sac. Et nous repartons au vieux centre-ville, que je vais visiter.

Champs de moutarde, Mahwa  Lieu de prostitution, Mahwa

Bharatpur a été fondée en 1733 par Surajmal Jat. C’était à la fois une ville imprenable, organisée et bien fortifiée et la capitale du royaume de Jat, gouvernée par des Maharadjas Sinsinwar. Le trio des villes de Bharatpur, Deeg et Dholpur a joué un rôle important dans l'histoire de l'Inde. L'histoire de la Maison Royale de Bharatpur remonte au XIème siècle. Elle possède un des statuts royaux les plus respectés du Rajasthan.

Aujourd’hui la ville compte 260 000 habitants (hindous, musulmans et pas mal de sikhs aisément reconnaissables à leur coiffe).

Manohar me dépose à l’intérieur du fort, le Lohagarh. Nous avons parcouru ce matin 141 km. Je lui fais mes adieux et le remercie chaleureusement, il est midi et il a quatre heures de route pour Delhi. Où j’apprends, parce qu’il me remet son adresse email, que Manohar est son nom de famille et que son prénom est Thakur ; il aurait pu me le dire avant !

Musée, Lohagarh, Bharatpur  Kishori Mahal, Lohagarh, Bharatpur

Le Lohagarh (« fort de fer »), entouré d’impressionnants remparts et de douves), date du XVIIIème siècle et est toujours habité. On y pénètre par deux portes, au nord et au sud. La ville nouvelle s’est construite autour.

Pas de chance : le musée est fermé, en rénovation ; c’était la visite la plus intéressante. Il est situé au centre du palais des maharajas, construit à différentes époques et mêlant architecture rajpoute et moghole.

A côté, le Jawahar Burj, un monument commémoratif des victoires sur les Moghols et les Anglais : quelques coupoles, bof, mais belle vue sur la ville. Des macaques rhésus quelquefois menaçants fréquentent l’endroit.

Vue sur la porte Lohia, Lohagarh, Bharatpur

Plus loin, toujours dans le Lohagarh, un autre palais est en restauration : le Kishori Mahal, que je visite rapidement (pas grand-chose à voir). Bien en vue, surplombant une rue en contre-bas, trône une statue équestre de Surajmal Jat, le fondateur de la ville. De là j’aperçois un troisième palais au loin, en piteux état.

Je m’arrête déjeuner au restaurant Swad : riz et Mutter mushroom (bon, sans plus). Puis je rejoins la porte sud (Lohia Gate) où des chevaux et des carioles et calèches attendent des transports éventuels de marchandises ou personnes. Je sors.

Statue de Surajmal Jat, fondateur de la ville, Bharatpur  Attelage, Bharatpur

Du pont au-dessus des douves, très belle vue sur cette entrée monumentale. Deux musulmans, l’un après l’autre, viennent m’enquiquiner en me demandant de l’argent que Dieu me rendra. L’un d’eux commence à me suivre, je suis obligé de lui faire peur. Pénible !

Je me balade dans les ruelles du marché, ce n’est pas très agréable : embouteillages, peur de se faire accrocher, bruit, pollution, véritable cacophonie. Mais c’est la vraie Inde ! Aucun touriste ici. Mes yeux se régalent, plein de découvertes.

Au marché, Bharatpur  Cuisson de puri, au marché

Mosquée gigantesque, à la mode indienne, en haut d’escaliers : je ne sais pas si je peux y aller (je sus en short) et m’abstiens. Quelques photos depuis un toit avoisinant. 200 m plus bas, le vieux temple de Lakshmir, en hauteur lui aussi, est plutôt joli (mais intérieur fermé). Après une heure de déambulation, un rickshaw me ramène à l’hôtel, vers 15H30.

La mosquée Jama, Bharatpur  Encens, au marché

Je rejoins ma chambre, la seule au second étage, immense, plus de 35 m² hors salle de bain. Et huit fenêtres cette fois, plus une terrasse privée où je m‘installe au soleil (23°) pour lire jusqu’à la tombée de la nuit. Vraiment, c’est bien pour 88 € petit-déjeuner compris. Ce palais, construit en 1890 par le Rao Raja (branche cadette du Maharaja) puis transformé en hôtel, est toujours habité par ses descendants (Raghuraj Singh, né en 1940, ses enfants et petits-enfants). Il est très beau, entouré de jardins et possède même une piscine.

Je travaille ensuite jusqu’à minuit (zut !).

Hôtel Laxmi Vilas Palace, Bharatpur  Hôtel Laxmi Vilas Palace, Bharatpur


 

 
04/01/18

Du vendredi 29 décembre 2017 au jeudi 4 janvier 2018 (quatrième semaine) :

Vendredi 29 : Réveil à 6H30 après une excellente nuit. Fraicheur matinale (17°). Le soleil se lève dans un ciel bleu pur. Buffet vraiment très bon pour le petit-déjeuner (et des œufs frits !). Manohar a aussi dormi dans cet hôtel.

Nous partons en visite à 8H, bonne route vers le nord avec quelques travaux par moments. Au péage, boite de donation : c’est pour l’entretien des vaches ! Paysage agricole : champs de coton, piments rouges, ricin, moutarde etc… Camps de gypsys. Ça roule bien. A 9H15, après 65 km, nous sommes à Osian, un village qui fut un important centre marchand du VIII au XIIème siècle sous la domination des jaïns. Ils y ont laissé plusieurs temples superbes. Je vais d’abord visiter celui de Mahavira, construit en 775, où je dois me couvrir les jambes d’un dhoti. S’y trouve la statue vénérée représentant la 24ème réincarnation du grand maître jaïn, faite de sable et de beurre.

Temple jaïn de Mahavira, Osian  Temple de Sachiya Mata, Osian

Puis je visite le temple hindou de Sachiya Mata, construit au début du Xème siècle. Beaucoup de monde vient se faire bénir et remettre des offrandes aux prêtres.

Sur le chemin du retour, arrêt à Mandore qui fut depuis le VIème siècle le siège de la dynastie des Pratihâra et devint la capitale du nouveau royaume du Marwar qu'ils conquirent. Elle le resta jusqu'en 1459, date à laquelle Rao Jodha, râjput de Mandore, s'avisa de transférer ses quartiers en un endroit plus facilement défendable, et fonda Jodhpur sur une colline abrupte, à neuf kilomètres au sud de la ville. Dans un joli (mais très sale) jardin, belle balade parmi d’anciens temples, des cénotaphes (dont celui du maharaja Ajit Singh Deval, datant de 1799), et un fort du XVème siècle transformé en musée gouvernemental (musée que je ne visite pas). Un chemin grimpe sur la colline où se trouvent les vieux temples. Belle vue sur le site.

Cénotaphes, Mandore  Temple, Mandore 

De nombreux babouins, pas du tout agressifs, occupent le lieu. Taille de pierres, transportées à dos de femmes. Jeunes vendeurs de ballons, glaces et autres friandises.

Il est déjà 12H40 quand je ressors du parc et je me rends dans un des restaurants qui le borde, le Shri Bhawana . Déjeuner de riz et d’un paneer kofta. Un bon choix. Dans un coin, un homme prépare et cuit des puris.

Nous sommes de retour à Jodhpur vers 13H30, une route nous amène jusqu’aux parkings saturés du Jaswant Thada, un mémorial de marbre blanc dédié au maharaja Jaswant Singh II, datant de 1899. Plusieurs cénotaphes l’entourent. De là on aperçoit au loin des kilomètres de remparts. Joli jardin. Dans un arbre en fleurs s’ébattent des colibris que je n’arrive pas à prendre en photo. Au-dessus du dernier parking, immense statue équestre. Un bien bel endroit.

A Jaswant Thada, Jodhpur

A Jaswant Thada, Jodhpur

Nous rejoignons ensuite le bijou de Jodhpur, envahi de touristes indiens : la forteresse de Mehrangarh. Erigée sur un piton rocheux de 120m de haut, elle est réputée imprenable. Je pense que je n’ai jamais vu une telle forteresse, c’est grandiose ! Imaginez, des remparts mesurant entre 6 et 36 mètres de hauteur ! Sa construction débute en 1459 sous le règne de Rao Jodha, fondateur de la ville de Jodhpur, mais c’est sous le règne de Jaswant Singh (1638-1678) qu’il prend la forme que nous lui connaissons aujourd'hui.

Forteresse de Mehrangarh, Jodhpur

Le Mehrangarh abrite plusieurs palais magnifiques, tels le Moti Mahal (palais des perles), le Phool Mahal (palais des fleurs), le Sheesh Mahal (palais des miroirs), le Sileh Khana et le Daulat Khana. De nombreuses portes gigantesques le protège des intrusions. Un musée y présente une riche collection : palanquins, howdahs, miniatures, instruments de musique, costumes, meubles et très nombreuses photos.

L’entrée est payante, bien plus chère pour les étrangers que les locaux, comme partout en Inde : 8 euros, C’est cher pour l’Inde mais ça les vaut bien ! 

Forteresse de Mehrangarh, Jodhpur  A la forteresse de Mehrangarh, Jodhpur

Il faut suivre tout un circuit parmi la foule. Belles femmes joliment vêtues. Au-dessus de la forteresse tourbillonnent des dizaines de faucons, je n’an ai jamais vu autant. Des musiciens jouent à divers endroits, dont un petit groupe familial : le gamin chante Frère Jacques en français ! (https://youtu.be/-e2cFy5sPos).

Un temple est érigé tout au bout, attirant les fidèles. Plus bas, hors de la foule, se trouve le Chokelao Bagh, un jardin potager et son restaurant. Je descends jusqu’à la Fateh Pol, la porte la plus basse, érigée de pointes anti-éléphants. Personne ici ! Il fait chaud, 27°. Des remparts, superbe vue sur le vieux Jodhpur, avec ses maisons bleues (adossées à la colline…)

Musiciens, forteresse de Mehrangarh, Jodhpur  Vue sur les vieux quartiers depuis la forteresse de Mehrangarh, Jodhpur

Puis je remonte au parking et appelle Manohar au téléphone (impossible de nous retrouver autrement). Ça y est, je le trouve parmi les centaines de voitures garées ! Quelle belle visite ! Je suis enchanté. Ce fut vraiment une excellente journée, j’ai bien fait de revenir au Rajasthan !

Après un arrêt à la station-service, où Manohar secoue la voiture comme un prunier pour faire entrer plus de gazole dans le réservoir, nous sommes de retour à l’hôtel peu avant 17H. Nous avons parcouru 128 km. Je me mets de suite au travail : 211 photos à trier (125 conservées). Ça prend des heures ! Diner d’une soupe de pâtes chinoises (j’en ai une dizaine en stock !). A 23H45, sans avoir terminé mon journal de bord, je me couche.

Forteresse de Mehrangarh, Jodhpur  Dans un des palais, forteresse de Mehrangarh, Jodhpur  

Portail anti-éléphants de Fateh Pol, forteresse de Mehrangarh, Jodhpur

 

Samedi 30 : Réveil à 5H30, c’est comme ça quand je me couche sans être à jour : ça m’énerve, je ressens comme une responsabilité de raconter mon voyage pour ceux qui ne peuvent pas (ou ne peuvent plus) voyager ; alors qu’en fait ils ne me lisent même pas.... Je me remets de suite au travail.

Au loin, des trains passent. En Inde, les trains sont comme les voitures, ils klaxonnent continuellement. C’est pourquoi, même dans un endroit calme comme ici, les boules Quiès sont indispensables. D’autant plus qu’une mosquée est proche ; justement, à 6H12, appel à la prière (quelquefois c’est beau mais, là, le muezzin chante mal).

Encore un excellent petit-déjeuner, je me régale de spécialités indiennes, en plus de mes deux œufs frits. A 8H10, nous quittons l’hôtel, direction le sud. Il fait toujours très beau.

Perruche, Mandore  Apprenti boucher, Ajmer  Un Rajput au Jaswant Thada, Jodhpur

Le fumeur d'opium, forteresse de Mehrangarh, Jodhpur  Les faucons, forteresse de Mehrangarh, Jodhpur

Je ne résiste pas à vous mettre deux autres photos prises au mehranghar : le fumeur d’opium et le vol de faucons.

Bonne autoroute à péage de deux fois deux voies, où Manohar roule à 80 km/h (pour le moment, nous avons pu bien rouler partout au Rajasthan, bien plus vite que ce que je pensais). Vers 9H nous arrivons à Chotila, 8 km au sud de Rohet. Là se trouve l’Om Bana, un temple très particulier où l’on vénère une moto Royal Enfield Bullet, qui a une histoire : dans les années 1980 un villageois du nom d’Om Bana eu un accident de moto contre un arbre et se tua à cet endroit même. La moto, emportée au commissariat de police, se retrouva mystérieusement sur les lieux de l’accident et, ce, à deux reprises. Les villageois commencèrent à avoir des visions d’Om Bana et se mirent à le prier pour avoir des voyages sans problèmes ! 

Prêtre, temple d'Om Bana (temple de la Moto), Chotila  Au temple d'Om Bana (temple de la Moto), Chotila

Retour à Rohet, où je visite l’hôtel Rohet Garh installé dans un palais de maharaja vieux de plus de 400 ans et formidablement restauré. La grande classe ! J’y suis très bien accueilli, une boisson fraiche m’est servie, puis le maître d’hôtel me guide pour me faire découvrir les différents espaces. Toutes les chambres sont différentes, meublées de mobilier d’époque. Elles sont quand même à 155 € petit-déjeuner compris, c’est très cher pour l’Inde. Nous sommes ici aux portes du désert du Thar.

Route à péage, d’état moyen, toujours vers le sud. Vaste plaine, champs et prairies. Nous croisons plusieurs grands troupeaux de vaches, chèvres et moutons. Traversée de Bassi, de plusieurs villages et d’Ahore. Des femmes vêtues de saris colorés, transportent de la terre dans des bassines posées sur leur tête.

Entrée de l'hôtel Rohet Garh, Rohet  Femmes au travail, Ahore

A 4 km au sud d’Ahore, nous voici arrivés à Bhenswara, à l’hôtel Ravla Bhenswara où je vais passer la nuit. Il n’est que 11H20 et nous avons parcouru 149 km ce matin. Le Ravla Bhenswara est un palais du XVIIème siècle bâti par Takul Jagot Singh, un neveu du maharaja de Jodhpur. Il était tombé en ruine et ce n’est qu’au début des années 1990 qu’il a été entièrement rénové para dixième génération pour être transformé en hôtel de 40 chambres, inauguré en 1993. Endroit désuet et décoré de peintures murales, ce qui fait son charme. Le jeune manager fort sympathique, un Rajput neveu du prince actuel, me reçoit et m’explique tout cela. Pour ceux qui ne le savent pas forcément : un Rajput est un homme de la caste des guerriers hindous qui régnaient autrefois sur le nord-ouest de l’Inde ; un maharaja (mot qui veut littéralement dire « grand roi ») est un souverain hindou, au contraire du nabab qui est un souverain musulman.

Ma chambre, au premier étage, donne sur le jardin et la petite piscine. Elle est vaste mais assez mal équipée : pas de grand lits (deux petits lits), pas de télévision, ni téléphone, ni bouilloire, ni prises électriques au bureau… Mais elle est propre. Quant à Internet, il ne fonctionne pas de la journée, cela viendrait du serveur. Je m’installe et travaille, puis vais déjeuner dans la salle de restaurant où un buffet est dressé (9 euros). C’est moyen, très peu de choix. 

Entrée de l'hôtel Ravla Bhenswara, Bhenswara  Hôtel Ravla Bhenswara, Bhenswara

Après déjeuner, je vais me promener une petite heure dans le village, assez quelconque avec ses grandes maisons modernes. Puis je travaille dans ma chambre jusqu’à mon départ en safari à 16H30. Je pars avec un couple de vieux Anglais dans une Jeep découverte Mahindra (constructeur indien) conduit par le gérant. Pistes sablonneuses bordées d’acacias et autres arbres et buissons. Nous apercevons quelques antilopes Nilgaut, la plus grande antilope indienne, et des bandes de francolin gris. Enormément d’oiseaux dans les arbres, dont des bulbuls à oreillons blancs.

Arrêt dans un village raïka. Les Raïkas sont une caste hindoue d'éleveurs semi-nomades habitant ici, entre le désert du Thar et les monts Aravalli. Cette caste compte près d'un demi-million de personnes vivant de l'élevage des moutons et de dromadaires et formant le groupe le plus important d'éleveurs en Inde du Nord. Des femmes cuisinent à l’extérieur sur un feu de bois. Celles qui sont mariées portent aux bras une série de gros bracelets tandis que les célibataires et les veuves n’en ont pas. Bien qu’hindoues, elles se violent la face pour échapper au regard des hommes.

Antilopes Nilgaut (femelle et petit), vers Bhenswara   Bulbuls à oreillons blancs, vers Bhenswara

L’air est chargé de poussière : c’est l’heure où les troupeaux rentrent. Nous repartons en direction des collines et nous arrêtons à leurs pieds pour profiter du coucher de soleil vers 18H10. Ciel superbe, rouge.

La nuit tombée, avec l’aide d’un projecteur, nous balayons la colline à la recherche d’animaux. Nous n’apercevons qu’une paire d’yeux : il semblerait que ce soit un léopard (il y a aussi des hyènes par ici). Notre chauffeur essaye de l’attirer en imitant le cri d’un chevreau égaré. En vain, bien sûr. Rien d’autre à l’horizon. Au bout d’une demi-heure, un peu déçus, nous repartons. Il fait froid mais je me suis heureusement bien couvert ; nous ne sommes pourtant qu’à 162 m d’altitude. Nous sommes de retour à l’hôtel avant 20H.

Travail et diner d’une soupe chinoise (j’avais demandé un peu d’eau bouillante). Je me couche à 23H15.

Femme mariée, village raïka vers Bhenswara  Coucher de soleil, vers Bhenswara

 

Dimanche 31 : Pour ce dernier jour de l’année, pas de grasse matinée : à 6H15 je suis déjà debout. La nuit a été calme, le petit matin aussi. Internet ne fonctionne toujours pas. Quant au petit-déjeuner, tout comme le déjeuner hier, il n’est vraiment pas à la hauteur. Le Ravla Bhenswara n’est bien que pour son accueil et son charme.

Départ à 8H15, il fait très beau. Route vers l’est jusqu’à Sanderao où nous récupérons l’autoroute à deux fois deux voies vers le sud (péage). A Abu Road Junction, bifurcation vers l’ouest : route de montagne tortueuse et assez étroite sur 25 km. Extrêmement fréquentée aussi. Bouchons et nombreux babouins.

A 11H30, enfin, nous arrivons à Mount Abu, une station climatique de 22 000 habitants située à 1 200 m d’altitude. Péage pour entrer en ville ! Et quelle cohue !

Musiciens, Mount Abu  Chevaux, Mount Abu

Compétition de chevaux, tous plus beaux les uns que les autres. Petit tour au joli lac Nakki. Boutiques et stands de vente partout : marchands de glace, de souvenirs, d’artisanat, restaurants par dizaines. La spécialité ici semble la location de superbes vêtements traditionnels, suivie de prises de photo-souvenir. Très nombreux hôtels et chambres d’hôtes aussi, Tripadvisor en a recensé plus de 200 ! ls doublent ou triplent leurs prix en fin d’année !

Lac Nakki (à 1200m d'altitude), Mount Abu  Vue depuis le temple de Delwara, Mount Abu

Visite des deux temples jaïns de Delwara, avec guide et par groupe d’une centaine de personnes tellement il y a de monde. Le Vimal Visahi a été commencé en 1031 (14 ans de travaux, 1 500 maçons et 1 200 artisans !). Le temple de Luna Vasihi est plus récent (1230) mais a nécessité tout autant d’années et d’ouvriers. Piliers et façades sculptées et finement ciselées. Magnifique. Mais photos interdites (curieusement, des stands en vendent et j’en achète…)

Puis déjeuner dans un restaurant surplombant la route, juste en face : riz complet, chapati et Nargish Kofta. C’est bon (beaucoup de mal à digérer par la suite). C’est curieux, la plupart des restaurants proposent de la cuisine du Panjab ! Manohar m’explique qu’elle est appréciée des Indiens car elle est beaucoup moins relevée que la cuisine locale.

Des stands vendent des radis énormes ; il paraît qu’ils sont très forts. Je m’abstiens.

Aux temples de Delwara, Mount Abu (photo achetée)  Aux temples de Delwara, Mount Abu (photo achetée)

Nous prenons ensuite la route toute aussi fréquentée qui mène presque au sommet du Guru Shikhar, la montagne la plus haute du Rajasthan (1 722 m). Plusieurs parcs d’attraction en chemin. Beaucoup de monde encore et énorme embouteillage de plusieurs centaines de véhicules. Je ne parle pas de la pollution (les normes ne sont pas les mêmes qu’en France, loin s’en faut…) !

Grimpette jusqu’au temple hindou d'Atri Rishit, peut-être 4 à 500 marches seulement, mais je m’essouffle (l’altitude, je pense). Stands de boissons, bouffes et souvenirs tout le long de la montée. Pas un recoin ne demeure libre. Pas grand-chose à voir au temple. Quant à la vue panoramique, elle porte loin mais est un peu décevante, trop de fumée ! Et des Indiens partout, partout, partout…

Au temple d'Atri Rishit, Guru Shikhar  Les radis, Guru Shikhar

Retour jusqu’à Mount Abu, où Manohar cherche mon hôtel. Il finit par téléphoner au proprio : on ne risquait pas de le trouver, il se trouve à 75 km d’ici ! Alors que mon programme le situe bien à Mount Abu et que le fameux coucher de soleil était prévu ici ! Incompréhensible… Nous devons redescendre à Abu Road Junction puis prendre une petite route au nord-est et bifurquer vers Karoti. Manohar ne cesse de téléphoner ou de demander sa direction aux passants. Enfin, à 17H30, nous arrivons à la Baba Ramdev Farm’s, dans laquelle se trouve la Bhati Homestay, à Gulabganj (un bled perdu). Nous avons parcouru 290 km et je suis fatigué (d’autant plus que ma digestion est douloureuse). 

Vue depuis le temple d'Atri Rishit, Guru Shikhar

Bon accueil du propriétaire, Shailendra Singh Bathi, un Rajput d’environ 35 ans qui vit ici avec sa famille. Il n’a que quatre chambres à disposition des touristes et, chance, ce soir je serai le seul. Je repars aussitôt en Jeep avec lui et deux employés jusqu’à un lac où se trouve un petit temple de Brahma et, en fond, la chaîne des Aravalli qui s’étend du Gujarat à Delhi. Une flèche, plantée d’un drapeau, sort de l’eau : c’est le vieux temple, submergé plusieurs mois de l’année, mais toujours en service lorsque l’eau s’est retirée (incroyable, non ?) Beau coucher de soleil au son des tambours du temple (deux gamins en jouent). Thé et biscuits, puis nous rentrons.

Sur la route de Karoti  Ancien temple de Brahma, Kubalgarh

Je m’installe dans ma chambre, qui est en fait une suite : un salon confortable, une chambre à deux lits d’un mètre de large et une grande salle d’eau avec chauffe-eau. Simple mais correct. Seul manque un bureau pour travailler. J’utilise la table basse du salon (aïe mon dos !). Le Wifi est très rapide, un bon point.

Apéro vers 19H30 avec Shailendra, à l’extérieur, près d’un feu : comme c’est le réveillon du nouvel an, il me force à boire deux punchs à la goyave. Comment résister ? En Inde, c’est une question de politesse ; moi qui bois peu, j’en ressens presque immédiatement l’effet ! Pauvre de moi ! Et, pour me faire plaisir, il m’a mis du Piaf, Dalida, Dassin, Brel etc, des titres trouvés sur YouTube. Ça ne fait pas très indien, impossible de le lui dire sans le vexer (et j’aime bien ces chanteurs). Morcaux de poulet, moitiés d’œuf en croûte et autres babioles à grignoter.

Une heure plus tard, nous sommes un peu plus loin au pied d’un arbre dans lequel des abeilles ont fait leur ruche. Un homme y grimpe avec de la paille, les enfume et récupère un gros rayon de miel… ne contenant pas de miel (le froid, me dit-on). Mais ce fut tout de même fascinant de le voir faire.

Costumes traditionnels, Mount Abu  Commerçant, temple d'Atri Rishit, Guru Shikhar  A Mount Abu

Plusieurs familles vivent dans cette propriété de 100 hectares : ceux qui sont directement au service de Shailendra et ceux qui s’occupent des plantations : céréales, ricin, tomates, moutarde, petits légumes…

Retour à table, il est 21H et il fait vraiment frais. Le repas est excellent, mais je n’ai déjà plus très faim : plusieurs plats succulents dont du poulet (enfin !). Je me force, puis cale. Pourvu que je ne sois pas malade ! Shailendra a tenu à ouvrir une bouteille de vin blanc sec indien, du Sauvignon que je n’apprécie pas comme tous les blancs secs).

Puis travail dans mon salon de 22H à 23H45. Je suis fourbu et suis loin d’avoir terminé. Il ne me reste que 15 minutes à attendre la nouvelle année : je n’y arrive pas, me couche et m’endors aussitôt. Réveillé une demi-heure plus tard par des feux d’artifice (Shailandra me dira le lendemain que c’était pour moi. Si au moins il m’avait averti…)

Babouches d'un prêtre, Gulabganj  Rayon de miel, Bhati Homestay, Gulabganj

 

Lundi 1 janvier 2018 : Bonne année à tous !

Je me lève avant 6H et, après le rasage et la douche, me mets de suite sur mon ordinateur. Le jour se lève, il fait beau bien sûr, mais froid. Excellent petit-déjeuner au soleil vers 8H30. Puis, dans notre voiture, lavée par Manohar ce matin, et accompagné d’un habitant du coin, nous rejoignons le village de Gulabganj que nous visitons à pied. Il est habité par des Bhils, qui sont plus cultivateurs qu’éleveur. Certaines maisons ont leur mur extérieur d’entrée peint de jolis motifs. Ces gens semblent très pauvres.

Des femmes préparent des chapatis, un vieillard est allongé en plein air sur un lit de corde, un homme nettoie son linge, un autre transporte des branchages sur sa tête, un gamin lave la vaisselle, de nombreux oiseaux volètent dans les arbres, un buffle me fait la gueule, un bœuf a les cornes peintes en bleue, reste de Diwali…

Oiseaux, Gulabganj  Homme bhil, Gulabganj  Commerçant, Gulabganj

Vivent ici aussi plusieurs familles de Raïkas, rassemblées dans une longue maison ; eux sont éleveurs. Troupeaux de moutons et chèvres dans des parcs. Je suis un peu gêné de déranger ces gens dans leur intimité mais, visiblement, cela ne leur pose pas de problème : ils sont souriants et accueillants. Une meute d’enfants nous poursuit en riant (les familles ont cinq enfants en moyenne, d’où leur pauvreté). Une visite vraiment très intéressante.

Retour à la ferme au bout d’une heure. Je travaille encore un peu et nous partons à 11H. Au revoir Shailandra et merci de ton accueil. Je serais bien resté ici une nuit de plus.

Nous roulons plein nord jusqu’à Sironi où nous prenons, dans l’autre sens, jusqu’à Sumerpur, l’autoroute à péage empruntée hier. Beaucoup de trafic aujourd’hui, dont de nombreux camions. Et 15 minutes d’attente au péage (ça, c’est toujours désagréable !) Je discute un peu avec Manohar et apprends qu’il a 50 ans (il fait plus) et a trois enfants : deux filles de 22 et 18 ans et un fils de 15 ans.

Maison bhile, Gulabganj  Femme raïka, Gulabganj

A Sumerpur, nous tournons à droite sur un petite route bien cabossée. Plusieurs intersections pour arriver jusqu’au village de Paderla où un motocycliste nous attend pour nous guider. Courte piste sablonneuse et, à 13H30, après 108 km, nous sommes arrivés au Godwad Leopard Safari Camp. Une douzaine de tentes luxueuses forment ce campement : grande chambre, grand lit, petit bureau, coin salon et, au fond, construction en dur de la salle de bain. Il y a même la climatisation et un ventilateur (dont on n’a pas l’utilité en cette saison). Mais pas de Wifi.

Je m’installe dans un bungalow en attendant que le mien, tout au fond, se libère ce soir. Déjeuner à 14H, bon thali.

Ma tente de luxe, Godwad Leopard Safari Camp, Paderla  Déjeuner, Godwad Leopard Safari Camp, Paderla

Puis travail jusqu’à 16H, heure à laquelle je pars en safari dans une Jeep Maruti Suzuki, seul avec le chauffeur. Nous traversons le village, où cohabitent Dihls, surtout, et quelques Raïkas. Nous roulons jusqu’à Sena, à une dizaine de km et arrivons plus loin sur un plateau de lave entouré de rochers volcaniques. C’est ici que vit une famille de léopards : les parents (mais père souvent absent) et trois jeunes. Ils attaquent la nuit de petites bêtes du village : chiens, moutons, chèvres ; mais pas l’homme (en tout cas pas depuis 150 ans). Très bel environnement. Nous parcourons le plateau à leur recherche ; ils vivent dans des grottes formées par les rochers mais changent d’habitat tous les deux ou trois jours. Trois guetteurs les pistent toute la journée, payés par les sept lodges ou campements alentour.

Le gardien de buffles, Sena  Paysage vers Sena

Plusieurs Jeeps nous rejoignent, venant d’autres camps alentour (dont un « Relais et châteaux » à près de 1 000 US$ la nuit en pension complète). Mais, tout comme moi, ils ne verront pas de léopard, quel dommage ! (je n’ai jamais trop de chance avec les safaris).

La nuit est tombée, nous abandonnons et mon chauffeur s’arrête un peu plus loin au-dessus d’un très grand lac de barrage devant un ciel encore rouge. Magnifique ! Il commence à faire froid. Après un thé massala, nous rentrons et retrouvons notre campement vers 19H15. Au loin, un temple hindou diffuse dans des haut-parleurs puissants de la musique religieuse. On m’explique que c’est comme ça tous les lundis et que ça dure toute la nuit (mais la musique serait moins forte à partir de 22H). Mon Dieu, que ces Indiens aiment faire du bruit !

Lac de barrage, vers Sena

Diner à 20H, thali différent de celui du déjeuner, avec cette fois du poulet et des épinards très goûteux accompagnant le riz. Et, en dessert, un gâteau… de riz ! Des chiens aboient à tout-va (forcément, ce sont des chiens indiens !).

Un peu plus tard, spectacle de musique et danse donné par une famille du village, les parents à la musique et leurs deux filles, très jolies, qui dansent. Superbes costumes. Je ne reste pas jusqu’à la fin, j’ai du travail… Je termine un peu avant minuit et me couche. La musique du temple est toujours aussi forte et les chiens ne se sont pas calmés !

Le gardien, Godwad Leopard Safari Camp, Paderla  Danseuse, Godwad Leopard Safari Camp, Paderla  Danseuse, Godwad Leopard Safari Camp, Paderla

 

Mardi 2 : Mauvaise nuit. En plus du bruit j’ai eu froid. Nombreux réveils. Lorsque je me lève, à 7H, la musique résonne toujours, les chiens l’accompagnent et des gens crient ; ils ne dorment jamais ? Bon, quand on paye une nuit sous tente à 270 € (avec pension complète) on est en droit de pouvoir dormir, non ?

Il fait frisquet ce matin. Je vais prendre mon petit-déjeuner, excellent, vers 20H.

Moulin à sésame, Bali  Fort de Kumbhalgarh (XV S)

Départ à 8H45, après avoir mis mon blog à jour grâce au Wifi de mon téléphone. Route vers le nord jusqu’à Bali. Dans le village, une moto, accrochée à un poteau central entrainant une meule, tourne toute seule : c’est ainsi qu’est fabriquée l’huile de sésame ! Original, non ?

Après un plein à la station (essence à 0,85 € le litre), nous poursuivons à l’est et, 12 km après Desuri, nous tournons au sud par de petites routes sinueuses et en mauvais état. Nombreux étangs par ici. Plantations de canne à sucre. Enfin, à 11H15, nous sommes en vue du fort de Kumbhalgarh, perché à 1 100 m d’altitude. Saisissant !

Temple de Neelkanth Mahadev, fort de Kumbhalgarh  Palais de Kumbha, fort de Kumbhalgarh

Ce fort a été construit durant la seconde moitié du XVème siècle et ne fut pris qu’une seule fois au cours de son histoire. Il faut dire qu’il est entouré par 36 km de remparts très larges. A l’intérieur se trouvaient 360 temples ! Il me faut une heure et demie pour visiter les endroits les plus intéressants, dont le temple de Neelkanth Mahadev, le palais de Kumbha et les appartements princiers décorés de frises peintes d’éléphants, et grimper sur le plus haut donjon. 

Au fort de Kumbhalgarh  Les éléphants, fort de Kumbhalgarh

Nous repartons vers l’ouest par une meilleure petite route, quoique sinueuse aussi, traversant la montagne et menant à Sayra puis, 20 km plus loin, à Ranakpur. A 13H45, nous nous arrêtons 12 km avant Ranakpur, en bord de route, dans ce que les Indiens appellent la « jungle » : là se trouve l’hôtel Aranyawas où je vais dormir ce soir. Je m’installe au rez-de-chaussée d’un cottage de deux chambres (j’aurais préféré être au premier étage !). Ma chambre est vaste, assez bien équipée, avec un grand lit, un coin salon, un frigo et même un petit chauffage électrique. Terrasse privative donnant sur un étang et la colline. Mais ni télé, ni Wifi, ce dernier n’étant disponible qu’au restaurant. Et mon téléphone n’a pas de réseau ! Zut ! Par contre il manque plusieurs ampoules et le tout aurait besoin d’un bon rafraichissement !

Manohar déjeune, moi je n’ai pas faim, et nous repartons 40 minutes plus tard pour le site jaïn de Ranakpur.

Environs des temples jaïns, Ranakpur  Mandir jaïn de Chaumukha (XV S), Ranakpur

Dans un escarpement boisé des Aravallis, Ranakpur est l’un des sanctuaires jaïns les plus vastes et les plus importants d’Inde (dixit mon Lonely Planet). Et c’est vrai qu’il est vaste ! Entrée payante et chère, pas de cuir ni chaussures, jambes et bras couverts, etc… Quant aux photos, on peut en prendre hormis les photos des statues de divinités.

Je commence ma visite par le mandir de Chaumukha, le plus intéressant, datant du XVème siècle : tout en marbre sculpté, il comporte 29 chambres, 80 dômes et 1 444 colonnes toutes différentes, finement ciselées. C’est beau mais hyper-touristique, je n’aime pas trop cette ambiance : deux prêtres veulent absolument me bénir, je refuse, et ils me demandent de faire un don alors que j’ai payé l’entrée 15 fois plus cher que les Indiens ! Quel culot ! Business, business…

Au mandir jaïn de Chaumukha (XV S), Ranakpur  Au mandir jaïn de Chaumukha (XV S), Ranakpur  Au mandir jaïn de Chaumukha (XV S), Ranakpur

Plus loin, dans un jardin, deux temples quasiment jumeaux : celui de Neminath et celui de Parashawnath. Dans les allées des babouins s’épouillent, des bébés se poursuivent et jouent. Je m’approche trop près de l’un d’eux et sa mère, furieuse, me montre les crocs ; je fais un bond en arrière, ça fait vraiment peur…

En voiture nous rejoignons un peu plus loin le temple d'Amba Mata, celui-ci hindou. Il domine une rivière à sec. Plusieurs superbes jeunes filles en saris colorées en sortent alors que j’y arrive.

Dernière visite : le temple jaïn du Soleil, sur la route. Il ressemble beaucoup à ses grands frères. A 16H45, nous sommes de retour à l’hôtel. 159 km parcourus aujourd’hui. Je m’enferme de suite dans ma chambre pour travailler et, à 20H30, je rejoins le restaurant pour profiter du Wifi, qui fonctionne assez lentement. Il fait un peu meilleur ici que dans ma chambre où le petit chauffage ne fait gagner que 3 ou 4 degrés (il doit faire 5 ou 6° dehors). Je me couche vers 23H45.

Amba Mata, temple hindou d'Amba Mata, Ranakpur  Temple jaïn de Neminath, Ranakpur  Au temple hindou d'Amba Mata, Ranakpur

En aparté : hindous et chrétiens, mêmes racines ? :

« Il y a beaucoup de similitudes entre votre Jésus et notre Krishna qui, tous deux, sont nés deux fois. Vous connaissez Krishna ? Une réincarnation de Vishnu ; Vishnu est le deuxième dieu de la Trinité hindoue avec Brahma et Shiva. De même, Jésus appartient à une autre Trinité, constituée du Père, du Fils et du Saint-Esprit, n’est-ce pas ? De plus, tous deux sont venus sur la Terre en hommes, d’un père charpentier, pendant le règne de rois qui voulaient leur mort respective. Ils ont réalisé des miracles avant de mourir, Krishna sur un arbre et Jésus sur une croix, puis sont nés une seconde fois tous les deux. Et le nom même du Christ ne viendrait-il pas justement de Krishna ? Allons encore plus loin : le nom hébreu de Jésus, Yeshoua, ne serait-il pas à rapprocher de celui de Yashoda, la mère nourricière de Krishna ? Jésus-Christ serait alors le Krishna de Yashoda. Enfin, dernière coïncidence, dans l’Evangile selon Saint-Matthieu, qui débute par la généalogie de Jésus, on site Abraham et sa femme Sarah. Cela ne vous fait-il pas penser à notre père hindou, Brahma et son épouse Saravasti ? »  (d’après Satish, dans « Au cœur de l’Inde », d’Amandine et Éric Chapuis)

Je dois dire que dans ce récit très intéressant d’un voyage à pied à travers l’Inde, ce passage m’a fortement troublé. 

Enfants sikhs, fort de Kumbhalgarh  Babouins au temples jaïns, Ranakpur  Homme, Bhenswara

 

Mercredi 3 : Nuit correcte, j’ai laissé le chauffage dont la rougeur illuminait ma chambre. Aucun bruit (rare !). Réveil à 6H15. Une douche chaude me réchauffe bien. Je me sens plus en forme qu’hier (j’ai eu un petit passage à vide suite à une petite indigestion). Je rejoins la salle à manger à 7H45 pour Internet (Wifi toujours très lent) ; je suis le premier ici. Beau temps.

Petit-déjeuner simple mais correct, servi à table (j’obtiens des œufs au plat, donc je suis content !). Départ vers 9H15, il fait 6° dans la voiture. Petite route vers l’est jusqu’à Sayra, puis bifurcation au sud par une assez bonne route. Peu de trafic. Superbes paysages vers Tirpal. Deux bœufs font tourner une poulie qui remonte de l’eau. Fabrication de pot en argile dans le village. Continuation par Jaswantgari, puis autoroute à péage vers le sud-est, en direction de Gogunda et Udaipur.

Paysage, Tirpal  Moulin à bœufs (eau), Tirpal

A 10H45, voici Udaipur, que nous traversons en longeant le lac Dhebar, le second plus grand lac artificiel d’Asie. Beaucoup de circulation, mais restant assez fluide. Des centaines de gens, accroupis sur le trottoir, attendent de l’embauche pour la journée ou plus. A une dizaine de km du centre, une route grimpe jusqu’au palais de Sajjan Garh qui surplombe Udaipur. Entrée payante pour les touristes et le véhicule, mais pas grand-chose à visiter. Le Sajjan Garh, ou palais de la Mousson, a été construit à la fin du XIXème siècle pour le maharana, d’abord comme observatoire puis amélioré en palais de chasse (réserve et forêt en contre-bas). Le maharana l’a ensuite donné au gouvernement. Mais il a été très mal entretenu. Pourquoi ? Dommage, car il est superbement placé, avec une vue exceptionnelle (quoique voilée à cette heure). Udaipur, 475 000 habitants, s’étend autour des deux lacs principaux, le Dhebar et le Pichola, plus petit, où se concentrent les palais. 

Paysage, Jaswantgari  Au Sajjan Garh (palais de la Mousson, fin XIX S), Udaipur

Redescente. Nous bifurquons cette fois vers le lac Pichola et arrivons à 12H15 à l’hôtel Mahendra Prakash où je vais passer la nuit. On me donne la dernière chambre disponible, pas très grande, joliment décorée, mais sans fenêtre (il y en a une qui donne sur un mur). Et le Wifi n’y passe pas ! J’ai par contre TV5 sur la télé câblée. A la réception on m’explique que ma chambre de catégorie « Superior » est en fait la plus bas de gamme ! Allez y comprendre quelque chose ! Je ne suis pas du tout content.

Je repars à pied 15 mn plus tard, la ville se visite à pied et l’entrée principale du City Palace n’est qu’à 10 mn. Entrée payante (à signaler que les tarifs ont pratiquement doublé partout depuis la sortie de mon Lonely Planet en novembre 2015). Je longe d’abord sur ma droite un grand palais circulaire qui abrite l’hôtel Prakash Palace et, à ma gauche la rive du lac Pichola avec, au milieu, deux îlots, chacun ayant son palais (transformée en hôtel de luxe). 

Lac Dhebar, Udaipur

Puis me voilà à la grande porte qui donne sur la cour principale du City Palace, complexe composé de 11 palais avec cours et jardins, connu pour ses mosaïques finement ouvragées. Commerces touristiques tout autour : brocanteurs, loueurs de costumes d’époque (pour les photos) et autres. Le palais abrite un musée important qui comporte de multiples sections intéressantes : vieilles pierres, instruments de musique, palanquins, costumes, peintures mewars, miniatures etc. 

Hôtel Prakash Palace, Udaipur  City Palace, Udaipur

Certaines salles sont superbement décorées, c’est ce qui me plaît le plus. Des couloirs souvent étroits et des escaliers raides relient les différentes parties du palais. Pas mal de monde (dois-je le répéter ? La densité humaine de l’Inde…)

Au City Palace, Udaipur  Au City Palace, Udaipur

La visite terminée, je traverse la cour pour sortir par la grande porte de Tripolia (ainsi nommée car elle est formée de trois portes). Quartier commerçant et touristique, hôtels (souvent de beaux havelis transformés) et restaurants. Je m’installe à une table dans la rue, à la Govinda's cafetaria, et déjeuner d’un thali rajasthani, un peu trop pimenté à mon goût. Difficile de trouver un bon plat de viande : contrairement à ceux du Népal, les hindous indiens ne mangent pas de buffle ; on n’en trouve que dans les restaurants musulmans (rares ici à priori). Tout en déjeunant, j’observe la vie de la rue, les gens qui passent, les marchands, les rickshaws. J’aime. Et il fait bon, la température est remontée à 22°.

Vue depuis le City Palace, Udaipur  Thali rajasthani, Govinda's cafetaria, Udaipur

Je rejoins ensuite, un peu plus loin, par un haut escalier, le temple de Jagdish, datant de 1651. Du même style que les temples hindous vus depuis plusieurs jours, avec tous les murs sculptés de personnages, de danseuses, d’éléphants. Quel travail ! A part, belle statue de Garuda, mi-homme mi-oiseau.

Au temple de Jagdish (1651), Udaipur

Ruelle vers la Gangaur Pol, la grande et belle porte qui donne sur le ghat de Gangaur et le lac. Là, je suis abordé par un type qui parle français, me raconte une histoire d’école de peinture et d’invitation en France (vraie ou fausse ?) et finit par me trainer jusqu’à sa boutique de peintures miniatures (très beau travail, j’en conviens) d’où j’ai du mal à repartir sans paraître impoli ; je lui explique que je repasserai demain avec ma femme… Je ne suis pas du tout certain qu’elle voudra y aller…

Temple de Jagdish (1651), Udaipur  Porte et ghat de Gangaur, Udaipur

A proximité, un petit palais du XVIIIème siècle, le Bagore-ki-Haveli, transformé en musée (entrée payante) : plusieurs salles sur deux niveaux présentent des objets divers dont une série de personnages, ainsi que des turbans et coiffes. Dans une vitrine, une table tour Eiffel de mauvais goût (j’avais déjà vu deux bustes de Napoléon au City Palace !).

C’est en rickshaw que je reviens à l’hôtel, vers 17H. J’aurais pu m’en passer, je n’étais pas si loin que ça. J’avais prévu de faire une balade en bateau sur le lac, mais je n’en ai plus envie.

Travail près de la piscine puis, à la nuit, au restaurant avec mon Internet téléphonique (le Wifi de l’hôtel fonctionne très mal et mon téléphone ne passe pas dans ma chambre). Fatigué et surtout frigorifié, je rejoins ma chambre à 23H45. Diner d’une soupe, ça me réchauffe. Il est déjà minuit dix lorsque je me couche.

Musée du Bagore-ki-Haveli, Udaipur Turbans et coiffes, musée du Bagore-ki-Haveli, Udaipur

 

Jeudi 4 : Réveil vers 6H30, bien dormi, bonne literie et pas de bruit. Je mets de suite les infos internationales sur TV5. Je n’avais pas la télé ni lu les infos depuis plusieurs jours : Palestine : Trump coupe les aides, ce qui est son droit et me paraît logique (il n’y a qu’en France qu’on subventionne ses propres ennemis !) ; grosses tempêtes sur la France, Carmen, Eleanor ; manifestations en Iran et en République Démocratique du Congo ; les 250 voitures brulées rien qu’en Ile-de-France en cette fin d’année, etc…). J’étais complètement déconnecté de tout ça ! Dans ma chambre, j’ai donc la télé câblée et même une bouilloire et tout ce qu’il faut pour me préparer un café ! Mais c’est la première fois depuis le début de mon circuit qu’il n’y a pas une ou deux bouteilles d’eau minérale à disposition.

Petit-déjeuner à partir de 7H30. Ce n’est pas prêt, il me faut attendre 15 minutes et, de plus, le choix de mets proposés est assez ridicule : je me rabats donc sur toasts, œufs durs et fromage blanc (le pire petit-déjeuner eu jusqu’à présent). Evidemment, le Wifi de l’hôtel ne fonctionne toujours pas ce matin ! J’utilise donc de nouveau mon téléphone et apprends une très bonne nouvelle par une amie voyageuse : l'Arabie saoudite délivrera enfin des visas de tourisme à partir du premier trimestre 2018 ! (c’est l’un des cinq pays qu’il me reste à visiter).

Bon, c’est sans regret que je quitte l’hôtel Mahendra Prakash, pas une bonne adresse…

Dans la rue, Udaipur  Ecureuil, temple de Jagdish, Udaipur

Nous démarrons à 8H45. Il fait encore très beau, mais une légère brume flotte sur la ville. Mais, avant de la quitter, je voudrais donner encore quelques informations sur Udaipur : elle fut fondée par le Maharana Udai Singh II en 1559, après la troisième mise à sac de Chittorgarh (où je vais aller ce matin). Bâtie autour de plusieurs lacs artificiels, à 577 m d’altitude, elle fut l’ancienne capitale du royaume du Mewar et doit sa réputation à ses résidences royales somptueuses. C’est par la population la 6ème ville du Rajasthan.

Un dernier point : pourquoi nomme-t-on les princes d’Udaipur maharanas et non maharajas ? J’ai cherché sur Internet et n’ai pas trouvé. Peut-être tout simplement parce qu’ils ont été reconnus et laissés en place par les Britanniques ? Aujourd’hui, la famille royale d’Udaipur vit toujours dans une partie du City Palace

Un dernier fait : Udaipur a été surnommée par le colonel britannique James Tod « lieu le plus romantique du continent indien » ; c’était en 1829 et je suppose que ce colonel n’avait pas beaucoup voyagé en Inde…

Garuda, temple de Jagdish (1651), Udaipur  Un Maharana d'Udaipur, City Palace, Udaipur  Porte, City Palace, Udaipur

Peu de trafic pour sortir de la ville puis autoroute à péage en mauvais état, plein est jusqu’à Mangalwar. Nous dépassons deux pèlerins qui marchent sur le bas-côté, l’un entièrement nu : c’est un prêtre jaïn de la secte Dîgambara (« ceux qui sont vêtus de ciel »). J’en avais déjà croisé plusieurs lors de mes précédents voyages. Plus loin, un camion grue soulève une antilope qui a dû se faire renverser cette nuit en voulant traverser.

Le fort, Chittorgarh

L’autoroute bifurque ensuite vers le nord-est et, à 10H40, nous arrivons à Chittorgarh, une ville de 120 000 habitants surmontée du plus grand fort de l’Inde (280 hectares). Ce fort fut bâti au VIIème siècle, par les Rajputs, sur un îlot rocheux de près de 6 km de long (avec des falaises de plus de 150 m de haut). Celui-ci a été assiégé trois fois par les conquérants musulmans (en 1303, 1535 et 1568) et chaque fois les défenseurs pratiquèrent le Jauhâr (suicide de masse par le feu des femmes, des enfants et des vieillards pour éviter la déportation et l'esclavage conduits par les musulmans).

Le 25 février 1568, l'empereur moghol Akbar s'empara pour la dernière fois du fort, massacrant 30 000 Rajputs. La capitale du Mewar fut alors transférée plus à l'ouest, à Udaipur, où Rana Udai Singh II, l'héritier du Mewar, s'était installé en 1559. 

Citadelle, Chittorgarh  Palais de Rana Kumbha, Chittorgarh

Une route sinueuse d’1 km, passant par six portes monumentales successives, grimpe jusqu’à un village au pied du palais de Rana Kumbha où se trouve la billetterie. Je commence ma visite par ce palais, une multitude de bâtiments plus ou moins en ruine (plus loin, le nouveau palais, immense et tout blanc, est toujours utilisé). Balade plaisante parmi ces ruines. D’une terrasse, belle vue sur la ville en-dessous (maisons bleues, roses, jaunes). Romantique. Je m’éloigne un peu par un sentier où personne ne va et arrive au mignon petit temple de Jata Shankar. A proximité s trouve un grand bassin.

Et me voici au pied de la superbe tour de la Victoire, qui comporte neuf étages et mesure 37 m de hauteur ; on pouvait y monter auparavant, mais elle est désormais fermée depuis l’an dernier.

Temple de Jata Shankar, Chittorgarh  Vue depuis le palais de Rana Kumbha, Chittorgarh

Dans le même périmètre se trouvent d’autres édifices : le Mahasati, le réservoir de Gaumakh et le temple de Samidheshwar, datant du VIème siècle et restauré en 1427.

Manohar me rejoint là et nous poursuivons en voiture jusqu’au temple de Kalika Mata, bâti au VIIIème siècle en l’honneur du Soleil et converti au XIVème siècle en temple dédié à la déesse Kali. Presque en face, dans un joli jardin, se trouve le petit palais de Padmini, donnant sur un étang.

Autre étape, autre ensemble admirable : le temple de Kirti Stambha, la tour de la renommée (24 m de hauteur, construite en 1301), le temple de Kumbha Shyam dédié à Vishnu (du XVème siècle) et, juste à côté le temple de Meera, plus petit.

Temple de Kalika Mata (VIII S), Chittorgarh  Tour de la Victoire (37 m), Chittorgarh  Palais de Padmini, Chittorgarh

Je rencontre Stéphane Martin, qui conduit un groupe de Français d’Intermèdes, et discute un petit moment avec lui ; spécialiste de l’Asie, il est très intéressant.

Pas mal de monde dans le fort, surtout des familles indiennes avec des enfants (ce qui est surprenant car l’école a repris hier). Comme tous les jours, je pose pour des selfies avec de jeunes adultes (qui doivent certainement me trouver beau !) ; je me demande combien de centaines de photos de moi circulent maintenant en Inde !

Et voilà, ma visite des principaux ouvrages est terminée. Il est 13H30 et nous quittons le fort pour nous arrêter peu après au restaurant Gangour où nous déjeunons d’un bon thali (à volonté pour 2,40 €).

Kirti Stambha, Chittorgarh  Le palais royal, Chittorgarh

Autoroute vers le nord-est jusqu’à Basi puis bifurcation sur une petite route en bon état qui descend au sud-est jusqu’à Bijaipur. Magnifiques paysages de cultures : le vert du blé en herbe, le jaune de la moutarde, le brun des terrains en friche. Comme toujours, il faut éviter les vaches sur la route. Quelques troupeaux menés par leur berger. Nous doublons deux chariots à bœufs et arrivons à Bijaipur vers 15H. Mon hôtel, où je vais passer deux nuits, est dans le village même. 167 km parcourus aujourd’hui.

Le Castle Bijaipur est un ancien château transformé en hôtel en 1994. Il est entouré de murailles, a 32 chambres différentes (toutes occupées ce soir et demain), un restaurant, une boutique, une piscine et même un temple dédié à Krishna, mon dieu hindou préféré. C’est superbe et sans doute tranquille (si les occupants le sont !). Excellent accueil.

Thali, Gangour restaurant, Chittorgarh  Char à bœufs, route de Bijaipur

Ce château, appartenant à la famille royale de Bijaipur, a été construit au XVIème siècle par Rao Shakti Singh II, le petit frère du grand guerrier Maharana Pratap. C’est un mélange parfait de l'architecture Moghole et de style Gothique. Une merveilleuse réserve naturelle se trouve à une quinzaine de km du château (léopards, chinkaras, cerfs tachetés, crocodiles, sangliers et nombreuses variétés d'oiseaux).

Ma chambre, au premier étage, est une suite avec un petit salon, une jolie chambre donnant sur la cour principale, avec un grand lit (mais ni télé, ni chauffage) et une salle de bain d’au moins 15 m² avec baignoire et douche ; en fait j’ai été surclassé, quelle chance ! (suite à 110 € avec petit-déjeuner). Par contre, contrairement à ce qui m’a été affirmé hier soir par mon agence, pas de Wifi dans la chambre, elle n’est disponible que dans un hall commun. Par facilité, j’utiliserai plutôt mon partage de connexion (la 4G passe ici).

Après avoir visité le site, je reste dans ma chambre et travaille tout l’après-midi. Plusieurs coupures d’électricité. Je rattrape tout mon retard, me couche vers 23H30 et bouquine un quart d’heure.

Hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur  Hôtel Castle Bijaipur, Bijaipur


 

 
28/12/17

Du vendredi 22 au jeudi 28 décembre 2017 (troisième semaine) :

Vendredi 22 : Nuit calme. Je me lève à 5H30. Brume habituelle et oiseaux chanteurs. Tant que le soleil est là, je profite de mon petit balcon arrière et bouquine. Un vieil homme mène ses vaches au champ juste devant et les accroche à des piquets de bois qu’il plante au sol. Dès qu’il a le dos tourné, un autre arrive avec ses vaches, défait les piquets et chasse les vaches présentes pour mettre les siennes à la place. Problème de copropriété ? Pas de femmes ce matin, elles ont fini leur travail ici et sont sans doute un peu plus loin, dans un autre champ.

Vers 9H je pars à Garamur, bois un délicieux thé au lait avec Lohit, passe m’excuser de ma colère d’hier à Airtel puis, enfin, arrive à retirer de l’argent. Mes cartes sont débloquées, c’est une très bonne nouvelle ! Reste que LCL Banque privée m’a pourri la vie pendant plusieurs jours…

Je rejoins ensuite les rives de la Lohit/Brahmapoutre, il est 10H et je m’installe pour lire (je termine Suite indienne, un roman de Paul Theroux). Temps superbe, 25°. Déjeuner de biscuits.

Métier à tisser, Sitadar, Majuli  Scieurs de bois, Sitadar, Majuli

Vers 14H, je pars me balader en suivant la rivière Lohit (Brahmapoutre). Village missing. Sous presque toutes les maisons, entre les pilotis, est installé un métier à tisser, une spécialité artisanale de cette ethnie. Des hommes scient à l’ancienne des planches de bois dans un tronc ; travail de force. Plus loin, trois gamins, les pieds dans la vase, cherchent des poissons dans une mare ; et en trouvent (superbe anguille). Un chiot me poursuit en jappant depuis un bon moment, il est marrant et bien mignon. Il a dû se perdre et je ne peux rien faire pour lui ; je le ramène simplement là où il a commencé à me suivre. Dans la cour d’un cottage, des enfants du village jouent au football. Sur le chemin du retour je passe voir mes amis bengalis et offre un jeu de badminton aux enfants, qui sont heureux comme tout !

Jeunes pêcheurs, Sitadar, Majuli  L'anguille, Sitadar, Majuli

A 16H, je suis dans mon bungalow et profite de la demi-heure de jour restante pour lire sur ma terrasse. Puis ordinateur, qui stoppe net ; redémarrage, quelques problèmes, perte de temps. Ce matin, Beda m’a invité à diner avec lui ce soir. A l’heure prévu, je l’attends près d’un feu de bois où cuit du poulet dans trois bouts de bambou. Il arrive une demi-heure plus tard et, finalement, passe son temps au téléphone, ne se met même pas à table et disparaît. Je dine en compagnie du couple d’Israéliens qui vivent ici. Le thali est bon mais je suis un peu déçu que Beda m’ait laisser tomber.

Puis travail ; ma connexion Internet est très lente. Au lit à 22H30.

Le chiot, Sitadar, Majuli  Diner, Ygdrasill Bamboo Lodge, Majuli

 

Samedi 23 : 5H30, j’ai bien dormi (bien que réveillé à minuit par mes voisins qui rentraient). Ciel couvert. Internet refonctionne normalement, j’ai eu peur hier soir. Petit-déjeuner frugal au Cottage, que je quitte vers 8H30. Vélo pour le Satra et arrêt à l’école juste avant, là où sont scolarisés huit moinillons du Satra. Son directeur me fait visiter les quelques salles de classes, la plupart partagées entre deux classes différentes (avec deux instituteurs). Les élèves arrivent, seulement une trentaine aujourd’hui (certains ne viennent que rarement) et balayent la cour. Puis, à 9H, c’est l’exercice de mise en forme suivi de la prière chantée. Comme l’autre jour, discipline avant tout, c’est incroyable !   (https://youtu.be/uygoT1tbJJs)    

Ygdrasill Bamboo Cottage, Majuli, Assam

Je rejoins le satra où l’on m’attend. Thé habituel et biscuits servi par Bholaram. Je flâne la matinée, vais dans un petit magasin donner des photos à imprimer puis déjeune vers 11H en compagnie de Mukunda et Bitupon (Bholaram déjeune toujours dans la cuisine, je ne sais pourquoi). Thali avec deux morceaux de poissons frits et un poisson-chat bouilli (péché dans la vase hier) ; c’est la première fois je crois que j’en mange et suis agréablement surpris, c’est très goûteux.

A l'école, Kamalabari, Majuli  Champ de moutarde, Kamalabari, Majuli

Le temps s’est mis au beau maintenant. Avec Bitupon et Niranjan, nous partons ensuite en vélo au village où nous achetons un petit cadeau que nous allons offrir à Gitashree, une amie de classe de Bitupon qui a 15 ans aujourd’hui. Famille fort sympathique qui m’offre le thé, bien sûr. Gitashree nous fait visiter les plantations de son père agriculteur : oignons, tomates, pommes de terre, choux-fleurs, persil, haricots verts, piments, salades, courgettes, moutarde, etc… Où j’apprends qu’on fait de l’huile avec la fleur de moutarde (fleur qui ressemble beaucoup à celle du colza).

Famille de Gitashree, Bitupon et Niranjan, Kamalabari, Majuli  Séchage de nouilles, vers Kamalabari, Majuli

Sur le chemin du retour, arrêt à la boutique du photographe. Arrivé au Satra vers 16H, je suis invité à prendre le thé chez Parama. Upen m’invite à diner mais je suis déjà invité par Bholaram ; je lui promets de venir demain soir, cela me permettra de ne pas rester tout seul pour la veillée de Noël (Noël qu’on ne souhaite pas chez les hindous, bien entendu). Nous regardons les photos des années précédentes et d’autres de Marseille et de mon enfance (j’ai exceptionnellement amené aujourd’hui mon ordinateur).

Puis diner chez Bholaram : rotis (pain sans levain, plat et rond, cuit sur un grill) et curry de pommes de terre, haricots et boules de soja. Très bon (et ça me change un peu du thali habituel). Nous visionnons encore quelques photos, j’ai le temps, je reste dormir là ce soir (Mukunda étant parti à Jorhat, son lit est disponible). Pis, alors que Bholaram et Bitupon sont couchés, je travaille jusqu’à 22H40. A jour !

Avec une femme assamaise, Uttar Kamalabari Satra, Majuli  Curry et rotis chez Bholaram, Uttar Kamalabari Satra, Majuli

 

Dimanche 24 : Réveil vers 5H30. Bholaram va sortir ses deux vaches, le champ est juste à côté de la maison. Il fait très beau. Le petit Laki fait déjà tourner deux bœufs qui piétinent les tiges de riz pour le décortiquer (https://youtu.be/OyHa7HSjfUw). Les oiseaux chantent, quel bonheur ! Bitupon se réveille un peu plus tard.

Je pars juste après, mes écouteurs sur la tête, toujours en écoute de Johnny, presque 20 jours après sa disparition ; il faut dire que j’ai 450 titres de lui sur mon iPod ! A 7H, suis dans mon bungalow où je range le linge donné à laver hier (à la machine) et rendu tout froissé (non plié) dans mon sac en plastique !

En milieu de matinée, alors que la température s’est réchauffée (il fera jusqu’à 24° aujourd’hui), je roule jusqu’à Garamur où je m’arrête chez mes amis bengalis. Thé. Les enfants, déguisés, jouent des scènes de théâtre pour s’amuser. Prashandit notamment, en femme, est remarquable ! Il chante, danse et a des mimiques extraordinaires. Un acteur est né ! (https://youtu.be/uWbzNywXQxA et https://youtu.be/AuOJpUp72hU)

Prashandit, Garamur, Majuli  Bitupon, Uttar Kamalabari Satra, Majuli  Une porte, Uttar Kamalabari satra, Majuli

Je rejoins ensuite Sitadar, le village missing, où je laisse des photos aux personnes que j’avais photographiées. C’est le moment des adieux, toujours difficile. Puis je rejoins mon endroit près de la rivière et bouquine. C’est moins calme aujourd’hui : deux groupes de jeunes viennent s’installer un peu plus loin pour faire ce qu’ils appellent ici une « party », un pique-nique avec grillades et musique assez forte. Je suis invité par un groupe de cinq jeunes hommes en moto qui me donnent quelques bouts de viande grillée, porc et poulet (la viande commence à me manquer…)

Scène de théâtre, Garamur, Majuli   A l'Uttar Kamalabari Satra, Majuli

De retour à mon bungalow vers 15H puis au satra une heure plus tard. Alors qu’il sait pertinemment que je vais diner ce soir chez Upen, Bitupon est en train de me préparer des rotis et une assiette de soja (il a vu que j’aimais ça hier). Je mangerai donc deux fois ce soir. Bon, après tout, c’est la veillée de Noël !

Upen, lui, a préparé un thali au poisson (malheureusement plein d’arrêtes). Bon moment passé chez lui, à discuter. Au moment de partir, il me donne sa bénédiction en me mettant une écharpe autour du cou et m’offre le CD de musique religieuse qu’il a enregistré récemment. C’est vraiment sympa. Puis je repasse faire mes adieux à Bholaram, Mukunda et Bitupon et, là aussi, bénédiction avec écharpe (je commence à en avoir toute une collection !). C’est dur de partir. Reviendrai-je ici une autre fois ?

Au bungalow vers 21H. Je règle à Beda ce que je lui dois, il est très sympa aussi et veux me faire un rabais sur mes nuits alors qu’il m’avait déjà fait un prix spécial. Je refuse mais il insiste pour m’offrir le transfert jusqu’à l’embarcadère demain matin. C’est OK. Travail, Internet très lent et coucher trop tard, 23H20.

Bitupon prépare des rotis, Uttar Kamalabari, Majuli  La famille d'Upen, Uttar Kamalabari Satra, Majuli 

 

Lundi 25 : Lever à 5H30 (réveillé par mes voisins), il fait frais. Noël, Noël ! Bizarrement, ce jour est férié dans toute l’Inde alors qu’il y a très peu de chrétiens ici (en pourcentage s’entend : 24 millions de chrétiens en Inde tout de même, soit 2,34% de la population, la majorité étant des catholiques ; chiffres de 2001). Et ils sont ouvertement persécutés par le pouvoir !

Je range mon sac et travaille un peu, Internet est plus rapide ce matin. Les chants d’oiseaux m’égaient. Pas d’eau chaude pour la douche, mes voisins l’ont toute utilisée (un chauffe-eau pour deux bungalows). Brrrrrr, c’est froid !

Niranjan, Uttar Kamalabari, Majuli  La nativité, Garamur, Majuli  Jeune Missing, Sitadar, Majuli

Puis je prends mon petit-déjeuner, offert par Beda, avant de partir en taxi jusqu’à l’embarcadère à 7H50. Il ne faut que 25 minutes pour s’y rendre maintenant que la route est bonne.

Tadorne casarca, Majuli  Udaysankar et le chevreau, Kamalabari, Majuli

Derniers regards sur Majuli, ma jolie. Si indienne et si peu indienne. J’y serais bien resté encore un peu. Ainsi va la vie…

Papillon, Majuli  Libellule, Majuli

Le ferry est bien plein, toutes les voitures n’ont pu embarquer et attendront le suivant. Il part à l’heure, 8H30. Traversée monotone, le Brahmapoutre est gris, recouvert de brume. Mon voisin entame la conversation en baragouinant quelque chose en mauvais anglais dans mon oreille sourde : obligé de me concentrer pour essayer de comprendre. Toujours les mêmes questions. Oui, je suis Français. Non, je ne suis pas marié. Pas encore. Oui, je voyage seul etc… Le sujet porte ensuite sur Zinedine Zidane et Fabien Barthez (ce n’est pas la première fois qu’on me parle d’eux depuis deux semaines. Je me replonge dans mon livre pour écourter la conversation. Nous arrivons à destination, à Nimatighat, un peu avant 10H.

Là, foule à l’assaut des taxis collectifs, je laisse passer puis mets plus d’une demi-heure à en trouver un que je privatise (9 euros). Avant, séance selfie habituelle : les Indiens adorent poser avec de beaux mecs (moi en l’occurrence). Derrière les baraques de petits commerces, nombreux bulbuls à ventre rouge dans les arbustes. Et je passe saluer mon coiffeur.

Retour de Majuli sur le Brahmapoutre, Nimatighat  Bulbul à ventre rouge, Nimatighat

J’arrive au tout petit aéroport de Jorhat à 11H30, bien à l’avance, d’autant plus que mon vol pour Guwahati est retardé de deux heures pour cause de brouillard sur Delhi (je n’ai vraiment pas de chance avec Jet Airways, qui m’a déjà fait perdre un jour à l’aller en changeant ses horaires !). On me garantit que le vol suivant, qui devait partir à la même heure pour Delhi, attendra les passagers. En attendant, je m’installe dans la salle d’attente et sors mon ordinateur. C’est long !

Embarquement dans le Boeing 737-800 de Jet Airways, complet, et décollage à 16H30. En-cas à bord (sandwich et eau). Atterrissage à Guwahati à 17H10, il fait nuit noire. Nouveau contrôle corps et bagage avant de rejoindre la salle d’embarquement. Mon vol est prévu maintenant à 19H30, arrivée à Delhi à 22H au lieu de18H45. J’ai averti Harish, de l’agence India Exotica Travel, qui doit venir me récupérer (le pauvre !). Moi qui comptais me faire un bon resto ce soir pour fêter Noël, c’est raté ! Le temps de récupérer mon sac (s’il arrive) et de rejoindre la capitale et mon hôtel, il sera au moins 23H. En plus, j’ai un train à prendre demain à 6H ! Et j’ai déjà sommeil…

Cantharidae, Majuli   Pour le plaisir : autre coucher de soleil à Majuli

Autre Boeing 737-800 de Jet Airways, complet lui aussi, qui commence à quitter son parking avant que tous les passagers soient assis (première fois que je vois ça !). Décollage à 19H30 précise. Quelques rangées de sièges ont dû être rajoutées, mes genoux touchent le siège devant où, de plus, une gamine n’arrête pas de bouger. Petit plateau repas avec du riz/poulet fort épicé ! Je bouquine et arrive à dormir une petite heure (je pense). Atterrissage à Delhi à 22H pile, mais loin du terminal, où un bus nous conduit. Décoration de Noël dans le hall. En attendant mon sac, je m’offre un cadeau de Noël, le seul que j’aurai sans doute : une belle sacoche pour mon ordinateur et une batterie de secours pour mes appareils (le tout en promotion pour 32 €). Harish, avec qui je suis en relation mais que je ne connaissais pas encore, m’attend comme prévu à la sortie avec un collègue et un chauffeur. Durant le trajet jusqu’à l’hôtel il me donne différentes consignes en français et me remet tous mes vouchers bien présentés dans un classeur. Circulation assez fluide à cette heure. Me voici au Clark International Hotel où je m’enregistre (un trois étoiles indien). Au premier étage je m’installe dans mon « executive room », plutôt confortable, à 23H15. Je mets mes appareils en recharge, refais mon sac (je vais laisser quelques affaires ici) et me couche peu avant minuit. Bizarrement, mon large lit est très court (1,80 m ?) !

A l'aéroport de Delhi  Noël à l'aéroport de Delhi

 

Mardi 26 : Le téléphone sonne à 4H40, comme je l’avais demandé. Encore une nuit un peu courte ! Mais j’ai bien dormi. Juste le temps de me raser, de me doucher et de me préparer un café au lait (bouilloire et nécessaire à disposition dans la chambre). Une balance me tend les bras, j’en profite : je pensais avoir perdu 3 kg mais, si la balance est juste, j’en ai perdu 5 en 15 jours, ce dont je doute un peu : elle affiche 102 kg.

Navdeep, d’India Exotica Travels, anglophone, m’attend à la réception à 5H15 et nous partons en voiture avec chauffeur jusqu’à la gare principale de Delhi. Gros embouteillage devant la gare, nous finissons les 300 derniers mètres à pied. Des gens, enroulés dans des couvertures, dorment à même le sol dans le hall de gare (c’est typiquement indien), parmi des relents d’urine. Navdeep s’achète un ticket de quai et m’accompagne jusqu’à ma place dans le train. Je ne suis pas vraiment immergé dans l’ambiance indienne, installé avec un groupe de Belges ! Le wagon est plein, plus aucune place de libre !

Dans le hall de la gare de Delhi  Dans le Shatabdi Express pour Ajmer, Delhi

Le Shatabdi Express quitte Delhi pour Ajmer à 6H05. Zut, je suis installé dans le mauvais sens ; et côté soleil ! Heureusement, j’ai une vitre. J’ai choisi ce moyen de locomotion pour rejoindre le Rajasthan afin de m’éviter trop de fatigue : 444 km par le train, 410 par la route (soit une dizaine d’heures de voiture). Le train est forcément plus confortable que la voiture, même si ma place est assez étroite (ou est-ce moi qui suis trop gros ?). En tout cas, c’est calme (pour l’Inde).

Le Shatabdi Express (photo Internet)

Le train est aussi un moyen de locomotion peu onéreux (10 € pour ce trajet, nourriture comprise). J’ai droit à une bouteille d’eau, un jus de fruit, plusieurs thés, des biscuits et un plateau repas pour le petit-déjeuner. Service impeccable fait par plusieurs personnes. Je passe mes deux premières heures sur mon ordinateur et Internet (avec mon partage de connexion téléphonique, ma clé ne fonctionnant plus depuis hier).

Tout le long du trajet, champs fleuris de moutarde, petits villages, villes plus importantes et passages à niveaux. Plusieurs arrêts, notamment à Bandikul Junction et à Jaipur. Curieusement, je n’ai pas sommeil. Alors, mon travail fini, je bouquine. Peu avant d’arriver à Ajmer, le train s’immobilise sur la voie durant 20 minutes. Aucune explication. Du coup nous arrivons à destination à 13H20, avec 25 minutes de retard (mais, comme en France, j’ai rarement vu un train indien arrivé à l’heure).

Sur le quai, devant mon wagon, m’attend Shabbir : il parle anglais et sera mon chauffeur aujourd’hui. Sa Toyota est vraiment confortable. Il fait 25°. Bienvenue au Rajasthan !

Comme je l’avais écrit en préambule, je me suis organisé mon propre circuit ici, que je vais réaliser avec India Exotica Travels, une agence indienne avec laquelle j’avais déjà voyagé. Au programme, visite de tous les endroits intéressants que je ne connais pas au Rajasthan (où je suis déjà venu début 2013).

A Ajaypal  Temple de Shiva, Ajaypal

A ma demande, Shabbir me conduit d’abord, par une assez mauvaise route, jusqu’à Ajaypal, un petit village perdu où se trouve plusieurs temples de Shiva. Ceux-ci ne présentent pas un grand intérêt par eux-mêmes mais j’apprécie cette région agricole, parsemée de collines.

Dans l’un des temples, de jeunes Israéliens fument de la ganga (Marijuana) en compagnie de locaux et d’un prêtre hindou ; certains sont dans un état ! Depuis mon arrivée en Inde plusieurs personnes m’ont parlé de ces Israéliens qui, service militaire terminé, viennent en Inde pour se défouler et utiliser des substances interdites (et qui, visiblement, ne le sont pas dans l’enceinte des temples) ; une véritable plaie, m’ont-ils dit. Et c’est vrai qu’ils sont nombreux, ces jeunes Israéliens, je l’ai constaté par moi-même.

Enfant d'Ajaypal  Hanuman, temple de Shiva, Ajaypal  Babouine et son petit, Ajaypal

Aux alentours des temples, de nombreux babouins s’amusent et plusieurs paons paradent près d’une mare dégueulasse.

Avec mon sympathique chauffeur je déjeune dans un boui-boui de trois samossas et d’un gros piment farci et frit ; ouf, ça emporte la gueule ! Puis nous nous arrêtons dans une ferme qui produit 6 000 œufs par jour ; les poules sont entassées en batterie. Quant aux vaches, sur la route, elles sont monstrueuses ici (elles doivent peser le double de celles de Majuli). Pas mal de buffles aussi et quelques grandes chèvres. Et des champs…

Temple de Shiva, Ajaypal  A Ajaypal

Route pour Pushkar et arrivée vers 16H à mon hôtel, le Brahma Horizon, où je vais demeurer deux nuits. Il paraît neuf et je suis agréablement surpris par l’accueil et par ma chambre (Deluxe) au second étage : spacieuse et agréable, joliment décorée avec du mobilier de bois, et un vrai grand lit. Petit bureau, minibar, climatisation, bouilloire et café, petit coin salon, coffre-fort, Tv Grand écran câblée avec TV5 Asie), grande salle de bain. Seul handicap : la grande fenêtre ne s’ouvre pas. Je m’installe puis vais visiter l’hôtel, qui possède un grand jardin et une belle piscine (mais eau un peu fraiche) où de nombreux pigeons viennent boire. Dans la même rue, d’autres hôtels et guesthouses. Des enfants jouent au cerf-volant. Nombreux bulbuls dans les arbres. Je retourne à l’hôtel et m’installe sur une chaise longue près de la piscine pour bouquiner jusqu’à la tombée de la nuit, vers 17H30 (une heure plus tard qu’à Majuli, c’est normal, nous sommes bien plus à l’ouest).

Puis travail dans ma chambre où le Wifi gratuit fonctionne parfaitement. Coucher vers 22H15.

A Pushkar  Hôtel Brahma Horizon, Pushkar

** Quelques mots sur le Rajasthan (d’après Wikipedia) :

Le Rajasthan (littéralement « pays des rois ») est un État du nord-ouest de l'Inde (en brun clair sur ma carte page 1). Sa capitale est Jaipur et ses autres villes importantes Kota, Udaipur, Ajmer, Jodhpur, Bikaner et Jaisalmer. Il couvre une surface de 342 239 km², ce qui en fait le plus grand État indien.

Le Rajasthan est formé de deux parties très distinctes : au nord-ouest, s'étend le désert du Thar bordé par la frontière du Pakistan ; et au sud-est, la fertile vallée de la Chambal, beaucoup plus peuplée, séparée du désert par la chaîne des Ârâvalli. Le Rajasthan est un État plutôt sec qui peut connaître plusieurs années sans précipitation. L'eau est issue en grande partie des pluies de la mousson d'été (de juin à septembre), ainsi que des nombreux cours d'eau prenant source dans les Ârâvalli. Le Rajasthan est principalement une zone de climat désertique.

D'après le recensement de 2011, le Rajasthan compte près de 69 millions d’habitants (200 au km²) dont environ 90,5 % d'hindous, 9,05 % de musulmans, 1,27 % de sikhs et 0,90 % de jaïns.

L'économie du Rajasthan est principalement liée à l'agriculture. L'orge et le blé y sont cultivés sur de larges surfaces, de même que la canne à sucre, et les graines oléagineuses. Le coton et le tabac y sont récoltés, c'est aussi le premier État en termes de production de laine. La région située à l’ouest des monts des Ârâvalli, au climat beaucoup plus sec, est consacrée à l’élevage.

Temple de Vishnu (interdit), Pushkar  Pâtisseries, Pushkar  Temple de Brahma, Pushkar

 

Mercredi 27 : Réveil vers 6H30, très bien dormi (literie excellente). Il fait toujours nuit. Petit-déjeuner une heure plus tard : bon buffet indien. J’aurais voulu des œufs frits mais ici, dans un rayon de 4 km autour de Pushkar, il est interdit de manger de la viande, des œufs, de se droguer et de boire de l’alcool ! Régime végétarien obligé.

A 8H15, je pars à pied à la découverte de la ville, dont le cœur, autour du lac, est à moins de deux kilomètres. Il fait un temps superbe, mais frais le matin, 12° ! A cette heure-ci, c’est encore calme et beaucoup de boutiques ne sont pas encore ouvertes (ce qui n’est pas plus mal).

Marchand, Pushkar  Temple de Vishnu (interdit), Pushkar

 

**Quelques mots sur Pushkar (d’après Wikipedia) :

Pushkar est une ville de 22 000 habitants à 510 m d’altitude au bord du lac éponyme. C’est un grand lieu de pèlerinage pour l'hindouisme (plus d’une centaine de temples). En effet la légende dit que les dieux lâchèrent un cygne avec un lotus dans le bec. Il devait laisser tomber ce lotus à l'endroit où Brahma devait procéder à un yajna (rituel hindou). C'est à Pushkar qu'il fit tomber ce lotus. C'est pourquoi Pushkar est l'un des rares lieux en Inde où est consacré un temple au dieu Brahmâ. Pushkara signifie lotus bleu. Cinquante-deux ghats permettent aux pèlerins de descendre au niveau du lac pour se baigner dans les eaux sacrées. Cette ville fut un point de passage important pendant les pèlerinages hippie des années 1970. La ville reste une destination privilégiée du mouvement hippie et post-hippies que connaissent les années 1990 et 2000.

D’autre part, la foire aux chameaux de Pushkar est réputée pour être l'une des plus grandes foires de bétail en Asie. Chaque année, au mois de karttika (octobre-novembre) et dix jours après la fête de Diwali, une foire aux chameaux y est organisée. Elle dure une douzaine de jours au cours desquels des courses de chameaux et de chevaux sont organisées, ainsi qu'un concours du plus bel animal.

Lac et ghats, Pushkar

Sur mon chemin, je m’arrête à plusieurs temples, dont l’immense temple sikh, tout blanc, où on ne peut rentrer que tête recouverte et pieds nus. Plus loin, un temple de Vishnu, interdit, comme plusieurs temples, aux non-hindous. La rue principale, qui mène au marché et au lac, est bordée de vieux immeubles très beaux. Ici, toutes les bâtisses sont blanches.

Au marché, Pushkar  Vaches et primeur, Pushkar

Beaucoup de petits restaurants çà et là et nombreuses boutiques d’artisanat et d’alimentation. Des coiffeurs proposent des massages. Des femmes, assises par terre, vendent des légumes ou des fruits. Des pâtisseries offrent toute une panoplie de petites friandises (je résiste).

Héron indien, Mahadev ghat, Pushkar  Echasses blanches, Mahadev ghat, Pushkar

Me voici au lac, il est 9H passée. Je descends au ghat de Mahadev (un ghat est un ensemble de marches ou de gradins qui recouvrent les rives des cours d'eau ou les berges des bassins, permettant aux pèlerins d’aller se tremper dans l’eau). Ici, beaucoup d’oiseaux : des échasses blanches, des hérons blancs, des hérons indiens, des pigeons, des mainates et des corbeaux. Je dois me déchausser si je m’approche à moins de 15 mètres de la rive. Je parcours les différents ghats le long du lac Pushkar, des pèlerins en slips n’hésitent pas à se baigner dans cette eau sale et même à en boire.

Vaches et pigeons, Pushkar  A Pushkar

Un prêtre hindou insiste lourdement pour que j’accepte des pétales de fleurs à jeter dans l’eau, je connais ce piège à touriste mais me laisse faire. Il m’accompagne alors et fais pour moi et ma famille des prières et bénédiction, me mets un cordon au poignet et un tika rouge sur le front puis, évidemment, me demande de l’argent, juste 10, 20 ou 50 dollars, comme je veux. Un faux prêtre, à qui je remets l’équivalent d’un dollar et demi et qui est furieux.

Les ghats, Pushkar   Babouins, Pushkar

Je rejoins la rue principale puis, par une autre rue noire de monde, le fameux temple de Brahma, ouvert aux touristes. Je laisse mon sac et mes tongs dans un casier fermant à clé puis, avec une offrande de pétales, grimpe les marches jusqu’au temple. A l’intérieur, plusieurs lieux de prières, rien de spectaculaire, photos interdites. Longue queue pour remettre les offrandes aux prêtres. Tout un commerce.

En ressortant, j’évite les nombreux sâdhus qui demandent de l’argent, les mendiants et montreurs de serpents et prends des ruelles pour rejoindre les ghats. Nombreux babouins et, dans les arbres, écureuils et petits oiseaux par centaines.

Old Rangji Temple, Pushkar  Lac, Pushkar

Je m’installe en haut des gradins, dans un lieu calme, et bouquine durant une bonne heure tout en regardant les gens qui passent plus bas. Ces Rajasthanis portent des vêtements hauts en couleur. Les hommes, en pyjamas blancs, ont des coiffes de turban assez spectaculaires. Les femmes portent des robes vives et un voile très fin sur la tête qu’elle rabattent quelquefois sur la figure. Superbes !

Rajasthanis, Pushkar  Rajasthanies, Pushkar

Déjeuner tardif d’une bonne pizza à 3,30 € au restaurant Docteur Alone qui surplombe le lac. Vue exceptionnelle. Beaucoup de jeunes Israéliens. Et ça fume… Cet endroit loue aussi des chambres qui m’ont l’air très spartiates.

Krishna, Old Rangji Temple, Pushkar  Sâdhus, Pushkar

Un peu plus loin, tour au temple de Shiva (il y a à Pushkar plusieurs temples de Shiva, évidemment, ils doivent avoir un nom que je ne connais pas). De la terrasse au second étage, belle vue sur le lac et les alentours. Des sâdhus ont l’air de vivre là, plusieurs lits sont éparpillés dans les recoins.

Je termine mon tour du lac et reprends la rue principale pour rentrer. Tiens, un hôtel qui aime les Marseillais, l’hôtel OM. Je passe devant des dromadaires dont les propriétaires attendent des clients pour faire un tour. Dans un local, deux hommes actionnent des machines à coudre : je remets à l’un mon short qui a un trou à l’entrejambe et il me répare ça consciencieusement pour moins de 0,40 €. Une boutique présente des tapis rajasthanis, genre de patchwork aux motifs élaborés.

Temple, Pushkar  Tapis rajasthani, Pushkar  Tour d'un temple, Pushkar

Et me voici de retour à mon hôtel, il est 16H. Je m’installe pour une heure au bord de la piscine déserte. J’essaye de me baigner mais l’eau est trop froide pour moi. Alors je bouquine en profitant du soleil. Puis, dans ma chambre, je trie les 170 photos de la journée (j’en garde 110) et remplis mon journal de bord. Cela me prend beaucoup trop de temps, jusqu’à 23H40 (plus de six heures de travail !). Une bonne journée qui sort de l’ordinaire !

Ecureuil, Pushkar  Dromadaire, Pushkar

 

Jeudi 28 : Lever 6H15. Ce matin, c’est calme (hier soir, des portes claquaient sans arrêt, des gens criaient dans les couloirs, bref : quelques Indiens avaient débarqué !). 7H, le jour se lève alors que je suis sous la douche, toute vitrée et ouverte sur la chambre (je trouve ça très agréable). Je me prépare puis descends à 7H30, avec mon sac à dos, prendre mon petit-déjeuner ; je suis le premier et le buffet n’est pas prêt, il me faut attendre un quart d’heure.

Pourvu que ma nouvelle voiture soit confortable et marche bien (j’ai déjà donné en Angola !). Inquiet car un dicton local, traduit de l’anglais, dit : « A Pushkar, on pousse sa voiture… ». Manohar est à l’heure : c’est mon nouveau chauffeur, anglophone, qui me conduira jusqu’à la fin du circuit. Quant à ma voiture, elle est semblable à la précédente : une Toyota Innova Crysta presque neuve et vraiment très confortable, avec beaucoup de place pour mes petites jambes.

Il fait un temps superbe et nous quittons l’hôtel à 8H10. Vingt minutes plus tard, nous arrivons à Ajmer (500 000 habitants).

Manohar et sa voiture, Pushkar  Boucherie (buffle), Ajmer

Le centre historique d’Ajmer étant très embouteillé et en partie interdit aux voitures, Manohar se gare dans un parking privé et je rejoins à pied la haute porte d’Agra puis, par une rue très commerçante où hôtels, restaurants et boutiques se succèdent, la haute porte de Nizam. Et me voici au sanctuaire où se trouve le tombeau de Khwaja Muin ud-Din Chishti, un saint soufi qui arriva de Perse en 1192 et vécu à Ajmer jusqu’en 1236. Il y fonda le plus important ordre soufi d’Inde et, aujourd’hui, ce lieu est le centre de pèlerinage musulman principal du pays. Cela dit, l’intérieur est un peu décevant (du déjà vu) : beaucoup de monde, bien sûr, et beaucoup de boutiques religieuses. Un groupe de musiciens jouent. Des religieux bénissent des gens (moyennant monnaie). Des pèlerins se recueillent rapidement sur le tombeau en demandant de l’aide au saint. A l’entrée, deux énormes chaudrons (datant de 1567 et 1631). Et puis les inévitables mendiants collants.

Dargah du Khwaja Muin ud-Din Chishti, Ajmer  Orchestre soufi, Dargah du Khwaja Muin ud-Din Chishti, Ajmer

A la sortie, je retrouve Manohar, qui a dû me suivre, et nous allons ensemble jusqu’à l’ancienne mosquée fortifiée Adhai-din-ka-Jhonpra, datant de 1153. Ses vestiges sont impressionnants et sa façade finement ciselée de calligraphies arabes. Nombreux piliers sculptés. J’aime beaucoup. Nous retournons à la voiture par la même longue rue commerçante et vivante : un boucher découpe de la viande de buffle, un homme prépare des chapatis devant un restaurant, un mendiant quémande de l’argent quand son portable se met à sonner, des enfants essayent de me vendre un kufi (coiffe musulmane), un homme pousse sa cuisine ambulante (gros plat de riz). Et puis les devantures d’épices, de bijoux, d’encens…

Ancienne mosquée Adhai-din-ka-Jhonpra (1153), Ajmer  Le diorama, temple jaïn Nasayan (1865), Ajmer

Voiture récupérée, nous allons jusqu’au temple jaïn Nasayan, élevé en 1865. Le hall de prières est réservé aux jaïns. Petit droit d’entrée pour visiter le diorama, une immense maquette dorée, sur deux étages, représentant le concept jaïn de l’ancien monde (avec 13 continents et océans). Or, argent et pierres précieuses. Ouvrage incroyable !

Temple jaïn Nasayan (1865), Ajmer

Nous quittons Ajmer vers 10H30 et roulons vers l’ouest sur une bonne autoroute à péage à deux fois trois voies où se baladent vaches, chiens et véhicules à contre-sens (la conduite indienne est assez spéciale). Une heure plus tard nous passons Beawar, dans un paysage de collines. Puis Manohar insiste pour prendre un thé dans un restaurant pour touristes (où il est facturé quatre fois le prix normal !). Je l’attends vingt minutes et lui demande de s’arrêter plus tard dans un restaurant pour Indiens. Ce qu’il fait juste après Bilara : je déjeune rapidement de riz et paneer masala, un plat que j’affectionne tout particulièrement.

Restaurant ambulant, Ajmer  Vendeur de pâtisseries, Ajmer

A 14H35 nous arrivons à Jodhpur, ville de plus d’un million d’habitants, et sommes peu après à l’hôtel Ratan Vilas où je m’installe dans une jolie chambre spacieuse et quelque peu désuète donnant sur un patio. TV5 Asie et bon Wifi. Là aussi, beau jardin et piscine. C’est très bien ! Et l’accueil est impeccable. Nous repartons une demi-heure plus tard.

A ma demande, arrêt dans un petit centre commercial (à priori pas de supermarché dans le coin) où je veux m’acheter, pour mon régime du soir, de la poudre hyperprotéinée ; personne ne connaît, est-ce que cela existe en Inde ? Du coup, j’achète des paquets de soupes chinoises, un bol et une grosse cuillère.

Continuation jusqu’au palais d'Umaid Bhawan, construit pour le maharaja Gaj Singh par 3 000 ouvriers entre 1929 et 1944. 365 salles ; aujourd’hui, le fils du maharaja y vit toujours mais la plus grande partie du palais, qui ne se visite pas, a été transformée en hôtel de luxe. Seules quelques salles abritent un musée local (entrée payante). A l’écart, petite collection de voitures. Intérêt moyen. Monde fou !

Palais d'Umaid Bhawan (1929-1944), Jodhpur  Elèves, palais d'Umaid Bhawan, Jodhpur

Nous rejoignons ensuite le marché de Sardar, animé, coloré et bruyant. Au milieu, la tour de l'horloge, dans laquelle je grimpe. Terrasse panoramique au premier étage et belle vue sur le fort de Mehrangarh, au loin et en hauteur ; je le visiterai demain après-midi. Au troisième étage se trouve le mécanisme de l’horloge avec son balancier et ses poids.

Il fait bon, 27°, c’est bien agréable.

Retour à l’hôtel vers 17H30. 238 km parcourus aujourd’hui. Je travaille toute la soirée jusqu’à 23H30.

Marché de Sardar et tour de l'horloge, Jodhpur  Marché de Sardar et fort de Mehrangarh (XVI S), Jodhpur


 

 
21/12/17

Du vendredi 15 au jeudi 21 décembre 2017 (seconde semaine) :

Vendredi 15 : Lit assez dur, bien qu’un petit matelas ait été rajouté, mais j’ai plutôt bien dormi, jusqu’à 5H30. Je reste couché le temps que la maison se réveille, une petite heure plus tard. Je trouve qu’il fait moins froid et moins humide au monastère que dans ma cabane ouverte aux courants d’air. Au lever, j’ai droit à un thé accompagné de quatre biscuits. Mon filleul me dit avoir révisé jusqu’à deux heures du matin ! Je suis vraiment surpris de le voir devenu si studieux (et c’est tant mieux) !

Ce matin, le satra est assez animé. Quelques touristes s’y baladent, ainsi que des pèlerins. Une cérémonie se déroule dans le namghar. Une femme fabrique des assiettes en tronc de bananier, une autre découpe un gros pain de sucre de canne. L’air de rien, la matinée passe vite. Bholaram me sert un thali vers 11H (le même qu’hier soir).

Pèlerins à l'Uttar Kamalabari, Majuli  Assiettes en tige de bananier, Uttar Kamalabari, Majuli

Au moment où je sors du monastère, je tombe sur une manifestation d’écoliers avec des pancartes (pourquoi ?). Ils marchent au pas, c’est amusant (https://youtu.be/3H_PfyVtwhc).

Je repasse à ma cabane en bambou, où je relève mes courriels sur mon ordi. Je repars ensuite me balader vers Garamur et Sitadar jusqu’à la tombée de la nuit.

Revenu chez moi, je regarde mes photos d’hier soir et suis assez déçu, le rose domine et c’est moche : je n’en garde qu’une quarantaine sur deux cent. Je n’ai pas chaud ce soir, surtout aux pieds. Beaucoup de bruit ce soir, jusqu’à très tard (contrairement aux promesses de Bea ; 37 jeunes, ça s’entend ! Et mon ordi fait des siennes : il s’arrête et redémarre tout seul : en fait, il a fait automatiquement des mises-à-jour et m’a bouffé tout mon crédit data de la journée ! Impossible de mettre mon site à jour et ça m’énerve. Je me couche avant 23H, mais tant de bruit ! Ces Indiens n’ont aucune éducation…

Manifestation scolaire, Majuli  Enfants missing de Sitadar, Majuli

 

Samedi 16 : Nuit épouvantable : froid et bruit jusqu’à près de 4H du matin ; l’alcool, je suppose. Je gueule pourtant à plusieurs reprises, mais cela ne sert à rien. Même avec mes boules Quiès c’est infernal. Après à peine trois heures de sommeil, je me lève à 7H et vais aussitôt commander mon petit-déjeuner : je l’attends plus d’une heure dans ma chambre !

Vers 10H, je me rends à Kamalabari pour la première révision de ma bicyclette, achète quelques pâtisseries locales puis rejoins le satra où l’on m’attend. Je déjeune cette fois chez Upen, bon thali avec bouts de poisson.

Balade en vélo l’après-midi avec Parama et Bitupon. Nous passons chez Bhabananda, un ancien du satra (mais il n’est pas là) puis nous arrêtons chez un copain de classe de Bitupon dont le grand frère est bon musicien (tambour et flûte indienne). Un très bon moment. La maman nous sert du thé.

Une entrée d'appartement, Uttar Kamalabari, Majuli  Chez un ami de Bitupon, Kamalabari, Majuli

Puis arrêt au satra de Kamalabari (asse semblable à celui d’Uttar Kamalabari mais moins sympathique). Retour au satra avant la tombée de la nuit. Satra toujours vivant : un moinillon répète une danse chez lui avec son maître, il faut beaucoup d’entrainement (https://youtu.be/95D9DLib0eQ); au namghar, d’autres chantent.

Vers 18H30, Parama et Bitupon rejoignent le namghar, maintenant désert, pour faire leur oraison durant une vingtaine de minutes : Bitupon au tambour et Parama aux cymbales et au chant (https://youtu.be/DEpOUsL9rmg).

Au Kamalabari Satra, MajuliChant au namghar, Uttar Kamalabari, Majuli

Plus tard, j’ai de la chance : un couple de Portugais a demandé une danse d’enfants (donation pour le monastère). Les danseurs sont cinq, tous nouveaux sauf Probath, qui faisait déjà partie de l’ancien groupe que je connaissais (les autres, dont Bitupon et Parama, sont désormais trop âgés pour cette danse). Deux moines les accompagnent au tambour et cymbales, dont Upen qui chante magnifiquement. La prestation est bonne, mais bien en-dessous de ce que j’avais vu les années précédentes (https://youtu.be/dcXNlU49IZE et en 2014 : https://youtu.be/zlZiLRICjws)

Diner chez Bholaram, un thali toujours (en fait les moines, et beaucoup d’Assamais, ne mangent que ça). Puis je m’installe dans la chambre libre de Mukunda pour la seconde fois (pas possible de dormir dans ma case ce soir avec le groupe d’Indiens présent). Bonne soirée et coucher à 22H.

Bitupon et Parama au namghar, Uttar Kamalabari, Majuli  Les danseurs au Namghar, Uttar Kamalabari, Majuli

 

Dimanche 17 : Réveil vers 6H, excellente nuit. Il fait un temps superbe. Une heure plus tard, je retourne à ma cabane, accompagné de Bitupon et Niranjan qui désire la voir et repartent presque aussitôt. Le groupe de jeunes Indiens s’en va, bon débarras ! Il paraît qu’ils ont fait moins de bruit cette nuit (pourtant il y a des traces d’un feu de camp près de mon bungalow). Je travaille deux heures, puis me rends à Garamur faire deux achats avant de rejoindre les rives du Brahmapoutre où je m’installe pour la journée. Je termine les 580 pages de « Dans les vents du Coromandel », d’Yves Aubin, un roman historique très intéressant qui tourne autour de Dupleix et de la présence française à Pondichéry au XVIIIème siècle. Dire que l’Inde aurait pu être française !

Sankar, danseur, Uttar Kamalabari, Majuli  Au Kamalabari Satra, Majuli (hier)  Garuda, au namghar, Uttar Kamalabari, Majuli

Un pêcheur dans sa jolie pirogue vient relever ses filets suspendus par de grands montants en bambous (filets de type chinois). Je ne vois pas s’il a pris quelque chose. Mais certains oiseaux, eux, plongent souvent ; c’est que ce doit être poissonneux. Un peu plus loin, des jeunes arrivés en moto font un petit feu.

En rentrant je croise des gamins qui ont attrapé un genre de ragondin avec leur lance-pierre. Pauvre bête (toujours vivante, son cœur bat très fort). Puis arrêt à deux ATM : le premier ne lit pas ma carte de crédit, le second refuse de me donner de l’argent ; j’essaierai demain à Kamalabari). A ma cabane à 16H30, travail. En soirée, humidité et froid. Coucher à 22H.

Le Brahmapoutre, Majuli  Prise au lance-pierres, Sitadar, Majuli

 

Lundi 18 : Mal dormi, lever à 6H ;j’ai eu froid toute la nuit malgré mes vêtements et deux couvertures. L’humidité est pénétrante. J’ai encore six nuits à passer ici, que faire ? Je vais demander une couverture supplémentaire. Mais c’est une bouillotte qui me ferait du bien ! Joli lever de soleil dans la brume.

Pas d’eau ce matin et une heure et quart pour avoir mon petit-déjeuner, c’est abuser ! Quant à mon Internet, à part le premier soir, je n’ai plus jamais eu la 4G et ça rame un peu par moment.

Lever de soleil, Ygdrasill Bamboo Cottage, Majuli  Avant d'entrer en classe, Kamalabari, Majuli

Je pars un peu avant 9H pour le satra et passe juste au bon moment devant la petite école de plusieurs des moinillons : c’est l’heure où se déroule le cérémonial de rentrée. Sous la conduite de l’un des leurs, tous les élèves, une soixantaine, alignés en quatre rangs, font d’abord, dans le silence le plus complet, un certain nombre de mouvements d’échauffement, puis entament un chant (très belles voix). Enfin, ils rentrent dans leur classe respective dans un ordre parfait. Quelle discipline ! Admirable ! (https://youtu.be/au-lOjj4Bsk). Ce qui me permet de revenir sur le « Ces Indiens n’ont aucune éducation » écrit vendredi soir sur le coup de la colère : en fait, les enfants indiens sont plutôt bien éduqués, souvent entourés de beaucoup d’amour sans laxisme (les coups de baguettes ne sont pas rares). Par contre, pour en revenir à leur comportement bruyant dans les hôtels, ils sont tellement habitués à vivre les uns sur les autres que le bruit ne les dérange plus ; ils ne pensent donc pas qu’ils peuvent déranger d’autres personnes. Cela dit, ils avaient été avertis par Beda : plus aucun bruit après 22H…

Maison missing, vers Phuloni, Majuli  Vers Phuloni, Majuli

Me voilà au satra, où j’ai droit au thé et biscuits habituels. Bonne surprise, Mukunda est revenu pour quelques jours. Vers 10H30 je refuse le déjeuner qu’on me propose (j’avais pourtant averti Bholaram). Puis, assis derrière Bitupon cette fois, je pars en scooter à la visite du nord-est de l’île, la seule partie de Majuli que je ne connais pas : nous tournons à droite après Garamur, passons Phulon et arrivons à Jangrai Mukh, à 22km, par une route en mauvais état. Plus au nord, tour dans un village missing au bord de la Lohit. Et, au sud, virée jusqu’au village de Deori. Partout, champs (moutarde notamment), rizières, prés, troupeaux de vaches ou buffles, agriculteurs au travail, pêcheurs à demi-enfouis dans les étangs ; Majuli, quoi… Je ne m’étais jamais imaginé que Majuli était si grande !

Retour à Jangrai Mukh, où je déjeune de trois samossas. Nous repassons à Phuloni, où nous prenons une autre route vers le sud, traversant plusieurs villages assamais ou bengalis. Nous voilà enfin au croisement pour le Dakhinpat Satra. De là, encore une demi-heure pour arriver au centre de Kamalabari. Près de 70 km de cahots au total ! J’ai le Q en compote ! Et qu’est-ce que j’ai bouffé comme poussière !

Arrêt au trois ATM : ici aussi, impossible d’avoir de l’argent ! J’essaierai de voir le directeur d’une banque demain. Retour au satra pour récupérer mon vélo et arrivée chez moi à 16H40. Je récupère deux nouvelles couvertures pour la nuit. Travail. Mon Giga de data de la journée s’est évaporé, je ne sais comment car je l’ai très peu utilisé (aucun moyen de vérifier). Fatigué de cette virée, je me couche et m’endors avant 21H.

Boucher (porc), Deori village, Majuli  Vers Kamalabari, Majuli

 

Mardi 19 : Excellente nuit, je n’ai pas eu froid cette fois. Réveil à ­6H, brume habituelle mais légère : le soleil, rouge sang, perce. A cette heure, des femmes sont déjà aux champs. La récolte du riz est faite depuis deux semaines, elles ramassent maintenant les fanes restantes qui seront servies aux animaux.

Même problème qu’hier : au bout de 5 mn, mon GB Airtel de la journée est terminé ! Ça marchait bien, c’était trop beau pour que ça dure… J’appelle le n° de dépannage inscrit sur la pochette de la carte Sim : ce n° n’existe pas ! Allons bon…

A 7H, je pars prendre mon petit-déjeuner à Garamur. Presque tout est fermé à cette heure-là. Puis je me balade en attendant l’ouverture de la banque et d’Airtel pour résoudre mes problèmes. Côté ATM, après une longue queue (il y a toujours une file de personnes qui attendant), j’arrive à obtenir l’équivalent de 130 euros avec ma carte Visa de dépannage, un second retrait m’est refusé ainsi que sur ma carte principale. Je ne vais pas aller bien loin avec cette somme. A la banque, monde fou partout mais l’homme à qui je m’adresse au guichet s’occupe de suite de moi, cherche durant 15 mn et me dit finalement que le problème vient sans doute du réseau de télécommunication. Je ne peux curieusement pas faire de retrait au comptoir, ni changer des euros ; pour cela, il me faut aller dans une ville à une centaine de km d’ici ! Pratique ! Il me conseille d’essayer de refaire un retrait de temps en temps, ça peut marcher !

Côté Airtel, là aussi ils ne peuvent rien faire car j’ai acheté la carte Sim à Delhi. Je suis obligé de racheter une seconde carte Sim à 7 euros, que je mettrais sur ma clé Airtel 4G (en espérant que ça marche).

A Sitadar, Majuli  A Sitadar, Majuli 

Je déjeune d’un thali dans un restaurant quasiment désert, là où travaille Lohit, un Bengali que je connais depuis plusieurs années. Le plat paraît léger mais, comme pour le daal bath au Népal, on me ressert à volonté.

Lecture près de la rivière, il fait très beau. Peu d’oiseaux aujourd’hui. L’un d’eux, un cormoran noir, fait sécher ses ailes durant plus d’une demi-heure après avoir plongé, c’est curieux.

Je repars de bonne heure, refais la queue à l’ATM ; où je n’arrive pas à retirer d’argent, puis rentre à la tombée de la nuit. Beau coucher de soleil. Puis je galère encore pour régler mon problème d’Internet : les n° de dépannage répondent en hindi et ma nouvelle carte Sim n’est pas encore activée. Finalement Beda me dépanne avec son Wifi perso, très lent. Je traîne du coup jusqu’à 22H30.

Cormoran séchant ses ailes, Majuli  Coucher de soleil, Ygdrasill Bamboo Cottage, Majuli

 

Mercredi 20 : Réveil 5H, trop tôt. Il fait encore nuit et la brume matinale est déjà bien présente. Ma nouvelle carte Sim, qui devait être activée à 19H hier soir, ne l’est toujours pas. Il va falloir que je retourne chez Airtel… Par contre, bonne surprise, ma connexion Internet mobile fonctionne normalement.

La brume s’étant vite dissipée, je profite du soleil en lisant sur ma petite terrasse à l’arrière du bungalow ; mais, vers 8H, il disparait derrière ma toiture de chaume. La météo indique en ce moment des températures oscillant entre 15 et 25°.

Une heure plus tard, je roule jusqu’à Garamur. Airtel m’explique que le serveur était en panne hier, que ma carte Sim pourra être mise en œuvre ce soir (des promesses vaines ?). Quant au distributeur de billets, il refuse toujours de me donner de l’argent sur mes deux cartes bancaires (ma banque, LCL, m’a répondu qu’elle allait demander le déblocage de ma carte ; je l’avais pourtant bien prévenue que je partais en Inde pour deux mois ! Ce n’est pas la première fois qu’on me bloque ma carte et c’est très pénible, outre les frais que ça m’occasionne sur place !)  

Krishna, musée, Uttar Kamalabari Satra, Majuli  Bitupon, Uttar Kamalabari Satra, Majuli  Martin-chasseur à gorge blanche, Majuli

J’arrive au satra vers 10H. Bitupon rouspète : il me dit que j’arrive trop tard et qu’il s’est ennuyé hier parce que je ne suis pas venu. Ça me fait plaisir d’être apprécié, mais je ne peux tout de même pas rester au monastère tout le temps !

Au namghar, office du matin, chanté par Upen (magnifique voix, je l’ai déjà dit sans doute).

A l'Uttar Kamalabari Satra, Majuli  A l'Uttar Kamalabari Satra, Majuli

Pas mal de touristes indiens ce matin. Du coup Mukunda ouvre le musée et j’en profite pour le revoir avec plaisir. Il a été repeint et les pièces sont mieux exposées qu’auparavant ; dommage qu’il n’y ait pas d’explications en anglais. Une seconde salle existe maintenant, réservée à une exposition de photographies du satra, de la nature et de Majuli en général.

Déjeuner chez Bholaram en compagnie de Bitupon : bon thali (mais ce n’est pas très varié ; dire qu’ils mangent cela tous les jours, midi et soir !). Ce Bholaram, qui a un an de moins que moi, est assez extraordinaire : il est d’un calme et d’une gentillesse exceptionnelle ; malheureusement il ne parle pas un mot d’anglais.

Bitupon voudrait aller se balader en scooter, prétextant un soi-disant mal de jambes, mais je ne veux pas, je préfère nettement le vélo (du coup, je demande en douce à Mukunda de ne pas nous prêter son scooter aujourd’hui…).

Je croise aussi Nitul, un moine d’Auniati que je connais bien ; il accompagne des touristes indiens.

Vers Auniati Satra, Majuli  Vers Auniati Satra, Majuli

C’est donc avec nos bicyclettes que nous partons à 13H en promenade. Parama et Probath (15 ans tous les deux) se joignent à nous. Court arrêt à l’ATM de Kamalabari, mais je n’obtiens pas d’argent ici non plus.

Puis nous prenons la route, en pleine réfection (pose de pavés) qui conduit au monastère d’Auniati. Beaucoup de poussière, c’est désagréable. Nous y arrivons un peu avant 14H. Surprise : tout le satra a été restauré et repeint et d’autres maisons sont en construction. Il est plus grand que celui de mes amis, peut-être plus riche aussi.

A l'Auniati Satra, Majuli  Parama, Bitupon et Probath, chez Udaysankar, Majuli

J’ai de la chance : au fond du vaste namghar, la partie réservée aux statues sacrées est ouverte ; les moines m’autorisent même à prendre des photos (il me semblait pourtant que c’était interdit auparavant).

Au retour, arrêt chez Udaysankar (copain de classe de Bitupon et Probath), mais il n’est pas là. Sa maman m’offre le thé et nous fait voir des photos de son fils jouant une femme au théâtre. Incroyable !

Retour au satra d’Uttar Kamalabari à 16H15, Probath devant rentrer ses vaches avant la nuit. Avec Bitupon, tour dans les champs où des moinillons jouent au cricket tandis que d’autres rassemblent leur bétail pour rentrer.

C’est dans la nuit, vers 17H, que je retourne à mon bungalow. J’utilise pour la première fois mon équipement de nuit amené de Marseille : gilet fluo, phare et lanterne arrière ; je ne les aurais pas trimbalés pour rien. Coucher de soleil encore plus beau que celui d’hier soir !

Travail. Bien sûr, ma carte Sim d’hier ne peut toujours pas être activée. Quant à ma banque, elle est aux abonnés absents ; je lui renvoie un message car je suis vraiment très embêté. Ce soir, de nouveaux voisins bruyants : quatre jeunes mecs dans un bungalow de deux lits, ça chahute beaucoup. Au lit vers 22H30. Je bénis mes boules-Quiès !

Vers Garamur, Majuli  Coucher de soleil, Majuli

 

Jeudi 21 : Bonne nuit finalement, lever à 5H50. Pas de brume, quelques nuages, il fait bon. Encore un beau lever de soleil. Je prends mon temps, utilise Internet, bouquine sur mon balcon.

Ma seconde carte Sim répond maintenant, il ne me reste plus qu’à l’activer et je n’y arrive pas. Du coup, à 9H, je suis devant Airtel à Garamur où l’employé me demande d’attendre une heure ; du coup, je me mets vraiment en colère (c’est bête, je sais). J’essaye de nouveau l’activation et, cette fois, j’y arrive (à priori, car il faut encore attendre 4 heures pour que ça réponde, je verrai ça ce soir).

Avant de partir, sans réponse de ma banque, je lui ai renvoyé un message. Au distributeur de billets, malheureusement, mes deux cartes Visa ne fonctionnent toujours pas et je suis de plus en plus inquiet, le pont de Noël approchant. Cela m’aura pourri mon séjour à Majuli !

Je file au satra d’Uttar Kamalabari et m’arrête au lodge en construction de Mukunda, qui me le fait visiter : cette maison en bambou sur pilotis a neuf chambres avec douche et toilettes, séparées par des cloisons de bambou. Ça risque d’être très bruyant. Heureusement, Mukunda a fait un sol en planche, moins bruyant que le bambou. Il ne sait pas quand les travaux seront finis mais il espère ouvrir l’an prochain. Il a dû emprunter à deux amis pour construire cela.

Transport de bambous, Majuli  Femmes, Kamalabari, Majuli

Arrivé au satra vers 10H, Bitupon me sert un thé et trois biscuits puis, à 11H, nous déjeunons. Mukunda rajoute au thali habituel une tomate, un petit piment extrêmement fort et un filet de jus de citron : c’est bien meilleur !

Nous accompagnons ensuite Probath au champ où il change ses vaches de place (deux vaches et trois veaux) ; il les attache maintenant près d’un petit étang. Au retour, j’enfonce un pied dans la boue et, lorsque je veux me nettoyer à la pompe à eau, je glisse sur le ciment et me retrouve par terre à moitié trempé. Quelle chute ! Je ne me suis pas blessé heureusement mais il me faut de l’aide pour me relever (tout seul je patine !). Bon, je sècherai au soleil…

Bitupon, Probath, un voisin du monastère et moi-même partons tous les quatre en balade à bicyclette. Arrêt chez le professeur de math des deux premiers, son fils étant dans leur classe. Cet homme sympathique possède une belle maison et nous invite à nous installer dans le salon où il nous sert thé et biscuits. Il parle moyennement anglais mais nous pouvons tout de même échanger. Où j’apprends qu’il y a 60 élèves dans la classe de Bitupon et Probath !

Probath et ses vaches, Uttar Kamalabari Satra, Majuli  Pêcheurs dans l'étang de Mukunda, Kamalabari, Majuli

Nous continuons ensuite jusqu’à un village missing situé au sud de Kamalabari. Je voulais rejoindre la rivière, une amie m’ayant conseillé ce superbe endroit, mais nous ne la trouvons pas et le lieu où nous arrivons est plutôt moche. Demi-tour jusqu’à Kamalabari. Nouvel essai non concluant à l’ATM. Il n’est que 15H lorsque nous passons devant le futur lodge de Mukunda. Devant, un étang dans lequel une dizaine de pêcheurs ramassent des jacinthes d’eau pour attraper des poissons. On peut se demander comment des poissons peuvent vivre dans un étang boueux : en fait, à la mousson, tout le coin est envahi par le Brahmapoutre et des poissons demeurent là lors du retrait des eaux. Plusieurs espèces se côtoient, mais les poissons-chats sont prédominants. La pêche sera partagée moitié pour Mukunda, moitié pour les pêcheurs.

Je reste ensuite une demi-heure au satra, je n’ai pas la forme (les soucis d’argent). Le thé pris, je rentre chez moi plus tôt que d’habitude (magnifique coucher de soleil !). Là, je teste ma nouvelle carte Sim dans ma clé Airtel : ça marche ! J’aurais donc maintenant 2 GB par jour entre ma clé et mon téléphone, c’est impeccable ! Message de LCL Banque privée, qui n’a pas pu s’occuper de moi car en colloque depuis deux jours (c’est incroyable, non ?) qui m’affirme que mes deux cartes vont être débloquées ce soir (je verrai donc demain si c’est vrai car, à la nuit, les machines ATM sont fermées…).

Travail et lecture. Mes voisins sont toujours là mais restent calmes ce soir. J’éteins à 22H.

Poisson-chat de l'étang de Mukunda, Kamalabari, Majuli  Bitupon prépare le thé, Uttar Kamalabari Satra, Majuli


 

 
14/12/17

L’Inde est grande. Que dis-je : grande ? Majestueuse ! Imaginez : six fois la France, et vingt fois plus d’habitants ! Il faut prendre son temps pour la découvrir. Alors j’y retourne, pour la septième fois, du 8 décembre 2017 au 2 février 2018.

Programme en trois parties :

- deux semaines en Assam sur l’île fluviale de Majuli, sur le Brahmapoutre. Une île hors du temps, celle des fameux moines-danseurs, où je me rends pour la quatrième fois car j’y ai des amis.

- un circuit de 20 jours, seul avec chauffeur et véhicule, dans toute la partie du Rajasthan que je ne connais pas (environ 2 100 km de route et 450 km en train).

- un autre circuit de 18 jours, cette fois en compagnie de trois amis : Isabelle, Laurent et Michèle, avec qui j’ai déjà voyagé en Inde début 2016. Toujours avec véhicule et chauffeur, nous parcourrons le nord de Delhi, principalement le Pendjab et l’Himachal Pradesh, mais aussi une partie de l’Uttarakhand (environ 1 900 km de route et 610 km en train).

Donc, pour moi, beaucoup de nouvelles découvertes en perspective.

 

   

*** Mais tout d’abord une courte présentation de l’Inde (d’après Wikipedia et d’autres sources) :

L'Inde est un pays du sud de l'Asie qui occupe la majeure partie du sous-continent indien. C’est le deuxième pays le plus peuplé (1 325 millions d’habitants, 403 habitants/km²) et le septième pays le plus grand du monde (3 287 263 km², soit 6 fois la France). Le pays est depuis 1950 une république parlementaire fédérale, composée de 29 États et 7 territoires. Elle est considérée comme la démocratie la plus peuplée au monde.

L'Inde est un foyer de civilisations parmi les plus anciens du monde, la Civilisation de la vallée de l'Indus s'y est développée dès 5000 av. JC. Le sous-continent indien, présent sur les routes commerciales dès l'antiquité, a abrité de vastes empires.

Le pays a été graduellement annexé par la Compagnie anglaise des Indes avant de passer sous le contrôle du Royaume-Uni au XIXe siècle. L'Inde devient indépendante en 1947 après une lutte marquée par la résistance non-violente du Mahatma Gandhi.

Sur cette carte, vous trouverez l'Assam en rose dans l'extrême mord-est, le Rajasthan en brun clair au nord-ouest, le Pendjab (Punjab) en violet pâle au nord, l'Himachal Padesh en bleu juste à côté et l'Uttarakhand en brun foncé en-dessous (Uttaranchal). 

** Religions : L'Inde est la terre de naissance de quatre religions majeures - l'hindouisme, le jaïnisme, le bouddhisme et le sikhisme - alors que le zoroastrisme, le christianisme et l'islam s'y sont implantés durant le premier millénaire. La religion la plus pratiquée en Inde est l'hindouisme (80,7 %). Viennent ensuite l'islam (13,2 %), le christianisme (2,4%), le sikhisme (2 %), le bouddhisme (0,6 %), le jaïnisme (0,4 %), le judaïsme et le zoroastrisme (0,009 %).

** Langues : La constitution indienne reconnaît 23 langues officielles. Il existe aussi beaucoup d'autres langues régionales ainsi qu'un grand nombre de dialectes, soit près de 4 000 langues différentes. Les langues indiennes n'utilisent pas l'alphabet latin mais différents alpha syllabaires, dérivés du Brahmi. Le hindi est la langue officielle de la République d'Inde et la principale langue du nord de l'Inde. Avec ses différents dialectes, il est parlé par 422 millions d'Indiens, soit environ 41% de la population. L'anglais est également reconnu comme langue officielle. 1,5 % des Indiens le parlent, ce qui fait tout de même plus de 15 millions de locuteurs en seconde langue.

** Quelques chiffres : En 2015, l'espérance de vie indienne est de 68 ans, les femmes ont 2,4 enfants en moyenne le taux de natalité est de 2,2 % et le taux de mortalité est de 0,7 %, créant ainsi une augmentation importante de la population à chaque année (1,47 %, soit 20 millions de personnes). A noter aussi que 2,1 millions de personnes sont séropositives.

Les accidents de la route constituent la première cause de mortalité, tuant en moyenne dix-sept personnes chaque heure, soit plus de 150 785 victimes en 2016. Or 80 % des blessés ne reçoivent aucun soin au cours de la première heure, cruciale dans bien des cas. Comme il n'existe pas de service d'aide médicale urgente, ce sont les policiers qui sont les premiers sur les lieux, mais ils ne sont pas préparés au secours d'urgence.

En 2016, le PIB mensuel par habitant est de 120 € (en France il est de 2 600 €).

Aujourd'hui, l'économie indienne est la dixième du monde en PIB nominal et la quatrième en PIB à parité de pouvoir d'achat. L'Inde est considérée comme un nouveau pays industrialisé, cependant certains problèmes comme la pauvreté, l'analphabétisme, la corruption restent très importants.

Comme vous le constatez, cette présentation s’est voulue succincte. Pour en savoir plus il reste le Web, dont le site de Wikipedia dont j’ai tiré la plupart des informations précédentes : http://fr.wikipedia.org/wiki/Inde

Allez, c’est parti…

 

Du vendredi 8 au jeudi 14 décembre 2017 (première semaine) :

Vendredi 8 décembre : Je pars de chez moi sur les chapeaux de roue, en retard. J’ai fait mon sac au dernier moment, j’ai dû oublier des choses ; pas facile de ne pas se charger lorsque l’on va voyager dans des régions chaudes et d’autres froides. Et je n’ai pas terminé tout ce que je devais faire avant mon départ, étant vraiment embêté depuis mon retour d’Angola par ma Bbox Bouygues : plus de téléphone fixe, plus de télé, plus d’Internet ; j’ai finalement résilié mon contrat et rendu ma box, que j’avais échangé la semaine dernière pour rien, hier (cela m’a bien fait perdre deux jours au total).

Métro, bus et aéroport à l’heure finalement. J’enregistre mon sac à dos (18,5 kg) au comptoir de British Airways puis déjeune chez Burger King. Je fais 107 kg et ne suis plus à quelques grammes près. Bientôt je n’arriverai plus à me mouvoir ; il faudrait que je maigrisse bien en Inde, mais j’aime la nourriture indienne et particulièrement leurs pâtisseries bien sucrées.

Pas de queue au contrôle de sécurité et au contrôle des passeports (paraphe), c’est bien.

Envol de Marseille-Provence à l’heure, 14H55, dans un Airbus A320 presque complet. Mais j’ai la chance d’avoir un hublot (réservé hier sur Internet) et une place libre à côté de moi. Boissons et nourriture payantes.

Atterrissage à Londres Heathrow à 15H50 (986 km parcourus). Il fait frisquet. Je retarde ma montre d’une heure, prend le bus pour le terminal 5, passe là-bas le contrôle de sécurité, essaye de faire changer mon siège (pas réussi à avoir un hublot hier, il n’y en a pas de dispo). Plus de deux heures devant moi. Wifi gratuit à l’aéroport.

Le Boeing 777 de British Airways semble un vieil appareil : les places sont étroites et les écrans individuels ridiculement petits. En tout cas, l’avion est complet, beaucoup de familles indiennes avec des enfants en bas-âge (mais qui resteront calmes) et je suis esquiché entre deux personnes dans l’allée du milieu (tous les hublots étaient déjà pris hier lorsque j’ai voulu choisir ma place à l’ouverture du check-in sur Internet !). Le décollage se fait attendre : problème technique puis problème de créneau : nous nous envolons finalement à 19H35 avec 40 mn de retard, rien de dramatique. Les programmes vidéo et musicaux sont restreints et, de plus, mon système fonctionne mal. Plateau repas correct servi vers 21H30. A 22H je m’endors, la tête bien tenue par un appui-tête pratique.

A l'aéroport de Delhi  A l'aéroport de Delhi

 

Samedi 9 : Bien dormi jusqu’à 2H du matin (c’est peu, mais c’est déjà ça). J’avance ma montre de 5H30 pour la mettre à l’heure indienne, il est donc 7H30 et un petit-déjeuner est servi. Atterrissage à Delhi à 8H50, l’heure prévue (durée 7H45 pour 6 698 km). Tout va assez vite : débarquement, immigration, livraison des bagages. Dans le hall m’attends comme prévu Joyesh, un représentant de l’agence avec laquelle je voyagerai 15 jours plus tard. Retrait d’argent et achat d’une carte Sim. Pour cette dernière nous devons aller en taxi à 15 mn de l’aéroport et je prends un forfait 85 jours avec appels nationaux illimités, 100 SMS par jour et 1 GB de data par jour pour 8 euros (c’est donné !).

Un peu de circulation sous le soleil et la pollution atmosphérique. Le taxi est équipé d'un écran vidéo pour les passagers ! Revenu à l’aéroport, je remets à Joyesh le solde de mon futur circuit et lui laisse presque 4 kilos de vêtements et bouquins, que je récupèrerai dans deux semaines car je n’en aurai pas besoin à Majuli.

Puis, resté seul, j’enregistre mon bagage jusqu’à Guwahati, la capitale de l’Assam et mon étape pour le nuit. Et je me mets sur mon ordi… 40 minutes de Wifi gratuit, ça passe vite… Déjeuner de Butter rice with chicken (moins de 3 € le plat). Après quoi je passe le contrôle de sécurité (avec ma bouteille d’eau) et rejoins ma porte d’embarquement tout au bout de l’aéroport. Tout ici est bien propre, beaucoup de personnel d’entretien (halls et toilettes).

A l'aéroport de Delhi  Taxi bien équipé, Delhi

Aujourd’hui, j’écoute du Johnny, en hommage. Souvenirs d’adolescence. Accompagné de ma guitare, je chantais Toute la musique que j’aime, Gabrielle, Les portes du pénitencier puis, plus tard, Marie et bien d’autres.

Embarquement en avance dans le Boeing 737 de Jet Airways. Complet. Fauteuil d’hublot. Visiblement, je suis le seul touriste dans l’avion. Envol de Delhi un peu en retard, vers 17H (je sommeillais). A 17H30, il fait déjà nuit noire (et je vais encore bien plus à l’est ; Guwahati est à 1883 km à l’est de Delhi et Majuli encore 260 km plus loin…). En-cas et boissons.

Atterrissage à Guwahati à 19H03. Le hall de l’aéroport présente une petite exposition de Majuli. Je récupère mon sac à dos alors que le chauffeur de l’hôtel Kings Castle, où je passerai la nuit, à 3 km aéroport, m’appelle ; mais j’ai un peu de mal à le trouver dans la cohue.

Je n‘aime pas trop Guwahati, petite ville bruyante, encombrée et assez sale, d’un million d’habitants (c’est petit pour l’Inde). J’y ai déjà dormi plusieurs fois, les hôtels n’étaient vraiment pas géniaux. Aussi, comme j’ai un autre vol demain matin, ai-je préféré dormir près de l’aéroport.

A 19H45, nous sommes à l’hôtel, quatre maisons en dur à plusieurs chambres que mon chauffeur, qui est en fait le gérant, appelle bungalows. Ma chambre est spacieuse, simple et propre, avec balcon, climatiseur et salle d’eau à l’indienne (c’est à dire que lorsqu’on prend la douche cela inonde tout). Les accessoires de toilettes sont fournis mais pas d’eau chaude (et elle est froide !) Petit bureau, plus table ronde et chaises. Par contre, aucune armoire, grand lit trop dur au mince matelas et décoration à l’européenne. Je sens que des efforts ont été faits, mais avec un résultat médiocre. Wifi gratuit extrêmement lent, je dois finalement utiliser mon téléphone en partage de connexion. 25 € environ avec transferts et petit-déjeuner.

Je travaille jusqu’à minuit (je réserve notamment mes vols pour mon prochain voyage au Népal fin février).

A l'aéroport de Guwahati  A l'aéroport de Guwahati

 

Dimanche 10 : Le jour me réveille vers 6H30, pas assez dormi et mal aux reins (lit peu confortable). Les rideaux ne sont pas du tout occultants, dommage. Nuit calme, l’hôtel étant en retrait. On peut entendre au loin le klaxon presque continu des trains qui passent et de petites déflagrations (champ de tirs ?). Et aussi un avion qui décolle (mais je ne le vois pas). Ciel gris triste. Il fait frais (pas besoin d’utiliser la clim). A 7H30 on m’apporte un seau d’eau chaude (ah, si on m’avait prévenu…). Puis petit-déjeuner copieux en chambre (thé au lait, céréales et lait, toasts, beurre, confiture, biscuits, deux œufs au plat et un œuf dur). Le soleil fait son aparition un peu avant 9H mais le ciel reste gris.

Le chauffeur/gérant me laisse à l’aéroport vers 11H. Beaucoup de monde pour ce trop petit aéroport et queue à l’enregistrement et, surtout, plus de 100 personnes devant moi au contrôle de sécurité. Jet Airways veut me faire payer un supplément car mon bagage fait 16 kg au lieu de 15. Sur mes papiers, il est marqué 23 kg ! Déjà qu’ils ont annulé le vol d’hier (normalement, je devais faire Delhi-Jorhat hier). Finalement l’hôtesse me laisse tranquille (c’est comme ça quand on est trop beau !). Il est midi passé lorsque je rejoins la salle d’embarquement bondée. 

Place hublot vers l’avant dans le Boeing 737-800 pratiquement rempli. Décollage à 12H45. Boîte déjeuner (sandwich, eau et barre céréale). Et, à 13H15, nous atterrissons à Jorhat (distance de 260 km seulement qui prendrait entre 7 et 11H par la route ou le train). Vingt minutes plus tard, avec mon sac à dos, je suis installé dans un rickshaw qui m’emmène pour moins de 7 € jusqu’à l’embarcadère de Nimatighat, avec un court arrêt à un ATM. Pour les courtes distances en agglomération, le rickshaw est moins cher qu’un taxi et bien plus rapide car il se faufile dans les embouteillages. Bonne surprise : le dernier tronçon de route qui était auparavant de sable a été goudronné.

Aéroport de Guwahati  Survol, vers Jorhat

Je descends à l’embarcadère vers 14H30 ; j’ai le temps de ma faire couper les cheveux chez mon coiffeur favori qui me masse aussi la tête. Ce n’est pas donné mais je ne regarde pas à la dépense (le tout pour moins de 0,40 € !).

Le dernier ferry de la journée, arrivé vers 15H, repart avec moi à 15H30. Très peu de passagers par rapport à d’habitude, peut-être parce que c’est dimanche soir. Et me voilà voguant sur le Brahmapoutre vers l’aval ! Pas de chance, comme souvent, le ciel est couvert (pas de belles photos). Je suis le seul touriste. Nous débarquons sur l’île fluviale de Majuli à 16H45, il fait presque nuit et le trajet a coûté la somme mirobolante de 0,20 €.

Un minibus collectif presque vide (seulement 4 passagers) me laisse une demi-heure plus tard, pour 0,40 €, devant le chemin de l’Ygdrasil Bamboo Cottage, où j’ai déjà séjourné à deux reprises. J’ai bien fait de réserver il y a deux mois, tous les bungalows de bambou (dont deux nouveaux) sont occupés. Ne reste plus que le mien, le même que la dernière fois comme je l’avais demandé, où je m’installe. Ici la nuit me coûte, avec le prêt d’une bicyclette, 11€. Evidemment, c’est rudimentaire, mais chaque bungalow a deux lits avec matelas correct, une armoire, une table basse, deux chaises et sa salle d’eau avec eau chaude au robinet. Puis je vais boire un thé au lait avec le jeune patron, Beda ; échange de souvenirs.

Je travaille ensuite comme je peux dans mon bungalow jusqu’à 23H30. Il fait frais ce soir ; pourtant, en ce moment à Majuli, les températures oscillent entre 17° la nuit à 27° le jour. Alors pourquoi cette impression de fraicheur ? Et ces moustiques !

Après le coiffeur, sur le ferry pour Majuli  Ferry, sur le Brahmapoutre, vers Majuli

*** Quelques mots sur Majuli (d’après Wikipedia et d’autres sources) :

Majuli est une île fluviale située sur le Brahmapoutre dans l’État indien de l’Assam, à environ 200 kilomètres à l’est de Guwahati, la plus grande ville de l’État. Cette île couvrait 1 150 km² au début du XXème siècle mais souffre d’une érosion importante. Elle reste toutefois une des plus grandes îles fluviales au monde et la plus grande du sud-est asiatique. Depuis qu'en 1950 un séisme a relevé le niveau du Brahmapoutre, ses crues dévastatrices grignotent l'île à chaque mousson. Près des deux tiers de sa surface ont déjà été engloutis. Elle ne tient plus aujourd'hui que sur 400 km² de terres, dont les rives sont protégées par de maigres échafaudages de bambou et de béton. Depuis 1991, plus de 35 villages ont été emportés. Si cette érosion continue, l’île pourrait avoir disparu dans 15 ou 20 ans.

L’île compte 140 villages et une population de 150 000 personnes, ce qui donne une densité de 300 personnes au km² Le seul moyen de quitter l’île est le ferry et il ne fait le trajet depuis la ville de Jorhat que deux fois par jour.

Majuli est très agricole : rizières et cultures diverses. Comme tous les milieux tropicaux abritant des zones humides, l’île est riche de très nombreuses espèces, dont plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs qui viennent y passer leur hiver. On peut y observer par exemple le marabout argala, la grue de Sibérie, le dendrocygne siffleur.

Méconnue des touristes, l'île est tenue pour un lieu saint par les hindouistes Vishnouites qui s’y rendent en pèlerinage dans des monastères (Satras). Les moines des Satras honorent le dieu Vishnu et sa principale incarnation, Krishna, par le chant, la danse et le théâtre. L'Assam comptent plus de six cents de ces monastères, mais c'est sur Majuli (22 Satras) que leurs traditions sont conservées le plus fidèlement, comme dans celui d'Uttar Kamalabari.

Il y a plusieurs villages missings sur l’île. Les Missings (prononcer Mishings), même s’ils sont assez nombreux à Majuli, ne sont pas originaires de l’île ni de la région. Ils sont d’origine mongoloïde et viennent donc du nord. On les reconnaît assez facilement à la forme de leur visage et à leurs yeux bridés. Cette ethnie a la réputation d’être assez instruite.

 

Ile de Majuli 

 

Lundi 11 : Protégé sous ma moustiquaire, indispensable, j’ai bien dormi… jusqu’à 2H30 ! Insomnie, très rare chez moi, et lecture ; le décalage horaire sans doute. J’avais mis mes boules Quiès, donc pas de bruit (hier soir j’entendais les occupants des deux bungalows voisins, au travers des murs de bambou tressé). A 5H30, il fait jour et je finis par me lever. Ciel rouge à l’horizon : le soleil apparaît alors dans un ciel nuageux. Il fait frisquet à cette heure. Les oiseaux chantent, ils sont nombreux ici, sur l’île. Des hommes mènent leurs vaches au pré, des femmes coupent de l’herbe et du foin. La vie champêtre de Majuli.

Hier soir, en connexion avec mon téléphone, j’avais la 4G, c’était formidable ; mais ce matin 3G seulement, moins rapide. A 8H, je rejoins Beda qui me châle sur sa moto jusqu’à Kamalabari, la ville principale de Majuli, à quelques kilomètres. Beaucoup d’animation dans la rue principale, c’est l’Inde. En fait, Beda achète, pour moins de 60 €, un vélo neuf indien qu’il me confiera pour mon séjour, c’est sympa (ses autres vélos étant déjà loués aux occupants des autres bungalows).

Une école, Majuli (Assam)  Vers Kamalabari, Majuli (Assam)

De là, seul et à bicyclette, je rejoins mon satra préféré, Uttar Kamalabari, un monastère hindouiste krishnaïste où j’ai des amis moines musiciens et danseurs. La route principale a été toute refaite, en pavé. Les pavés présentent deux avantages : réparation plus facile et utilisation comme projectiles lors de manifestations, mais aussi un inconvénient : ça vibre en vélo.

Je rencontre en route Mukunda, un jeune moine qui est en train de faire construire, près du monastère, un lodge en bambou pour touristes et pèlerins (9 chambres). Avant d’entrer dans l’enceinte du monastère il faut se déchausser, ce que je fais (facile, je suis en tongs). Bitupon, le « filleul » dont j’ai pris les études en charge, m’attend et m’accueille. Il a bien grandi, 16 ans maintenant (j’étais la dernière fois à Majuli en janvier 2016). Il va passer cet après-midi son examen final d’anglais, qu’il parle mal ; je discute avec lui pour l’entraîner. L‘année scolaire se termine en décembre en Assam.

Au centre du monastère se trouve le namghar, le grand hall de prières, où un pooja (office religieux) a lieu en ce moment. J’y rencontre Upen qui me dit de passer chez lui plus tard. Bholaram, le « grand-père » de Bitupon (en fait le moine qui s’occupe de lui), m’invite à déjeuner d’un dal bhat : riz, pommes de terre et soupe de lentilles. Copieux et bon.

Il n’est pas encore midi lorsque nous partons avec nos vélos, Bitupon et moi, pour son école, gouvernementale (publique), qu’il me fait visiter. Sa salle de classe est assez mal équipée, vieillotte ; mais il y a des tables et des bancs. Son examen dure jusqu’à 15H30, mais il m’a fait promettre de revenir le chercher (en fait, il va au collège tous les jours sauf le dimanche de 12H30 à 15H30).

Dendrocygnes siffleurs, Kamalabari, Majuli (Assam)  Vol de dendrocygnes siffleurs, Kamalabari, Majuli

Je le laisse là et vais me balader dans les environs. Beaucoup de bassins, d’étangs, de cours d’eau, Majuli est une île d’eau. Près d’un pont se baignent des centaines de canards qui dansent par moment sur l’eau ou plongent : ce sont les fameux dendrocygnes siffleurs. Et c’est vrai qu’ils ne coin-coinent pas, ils sifflent. Tout à coup, en plusieurs groupes, ils s’envolent, font un ballet dans le ciel, tournent, à l’ouest, à l’est, se croisent, descendent, remontent ; c’est magnifique, j’en ai fait une courte vidéo :  https://youtu.be/HLjBYlA7l0I.

En me baladant par des chemins, au gré du vent (si l’on peut dire car il n’y en a pas), j’arrive par pur hasard… au monastère ! Du coup, je rejoins Upen qui a maintenant quatre « fils » adoptifs, quel courage ! Il est musicien et chanteur et me fait écouter un CD de chants religieux qu’il a enregistré avec cinq musiciens à Guwahati ; très belle voix, chaude. Assis sur le sol sur une natte (c’est comme ça ici) nous finissons par sommeiller tous les deux.

Je me réveille tout ankylosé et file jusqu’à l’école. Une heure à attendre : je bouquine assis devant une boutique. Bitupon, satisfait de son examen, et Probath (même classe et même monastère) sortent à l’heure prévue et nous nous séparons au début de la rue qui mène chez eux. A 16H, je suis dans mon bungalow et me mets difficilement au travail (grosse fatigue). La nuit arrive. Farandole de moustiques, j’en tue une quantité incroyable (dommage que ça ne se mange pas !). Bien d’autres insectes bizarres aussi. Mes voisins indiens ont mis la musique à tue-tête, à ma demande Beda leur fait baisser le volume, mais insuffisamment ; les touristes indiens sont souvent très bruyants et moi je suis venu ici pour me reposer !

Je dine, en travaillant, d’une préparation de crème hyper-protéinée Milical que j’ai amenée de France. Couché dès 22H.

Corvée de bois, Majuli  Coucher de soleil sur le Brahmapoutre (hier)

 

Mardi 12 : Excellente nuit, jusqu’à 7H. Rajouté une couverture hier soir, je n’ai pas eu froid. Le soleil brille déjà, il fait bien meilleur qu’hier matin. Bonne douche chaude (au seau) et petit-déjeuner assamais au cottage (chapatis, omelette, crudités). Puis je pars en vélo vers Garamur, la seconde ville de Majuli (il n’y en a que deux), deux km au nord.

Arrêt à la Maison d’Ananda, l’endroit où j’avais demeuré lors de mon premier séjour. Monjit, le sympathique patron, que j’apprécie, m’invite pour le thé. Quelques touristes dans la salle à manger, dont un photographe indien avec qui je fais connaissance. Délicieuses petites bananes.

Puis, tout près de là, je vais saluer les familles bengalis que je connais. Où j’apprends le décès le mois dernier du petit Dadou, un enfant handicapé qui m’aimait beaucoup. Son père m’accompagne jusqu’au restaurant où travaille Lohit, son fils ainé, Qui boîte, ayant eu un récemment un accident de vélo (décidément !). Là je rencontre Jyoti, de Majuli Tourism, qui m’emmène au Jyoti home, un ensemble de cinq bungalows tout neuf, moitié terre moitié bambou, où il m’interviewe.

Petit-déjeuner assamais, Majuli, Assam  Jyoti home, Garamur, Majuli, Assam

La nouvelle route en pavé pour aller au village mising de Sitadar est déjà toute déglinguée sur les côtés (passage de tracteurs agricoles). Un vilain (mais pratique) pont en béton remplace le précédent, si joli (mais bancal) en bambou. L’ile est en train de vraiment changer (mais pas trop, svp !).

Nouveau pont vers Sitadar, Majuli, Assam  Ancien pont vers Sitadar, Majuli, Assam

Visite d’un autre nouvel endroit, conseillé par Monjit, l’Ayang Okoum Bamboo Cottage. Il est situé près de la rivière Luhit, un bras du Brahmapoutre. Comme les autres, ces bungalows sont des copies améliorées des maisons misings. Quel dommage que les bungalows et leur terrasse ne soient pas face à la rivière ! Explication : les bras du Brahmapoutre se déplacent chaque année, faisant s’effondrer les rives de sable et de terre. Mieux vaut donc construire en retrait… Mais le site semble tranquille et bien agréable.

Je vais m’installer pour quelques heures un peu plus loin sur la rive où je peux observer les oiseaux : cigognes à bec-ouvert d'Afrique, aigrettes, corbeaux (j’aime moins) et tadornes casarca, ces canards que j’avais pris pour des dendrocygnes siffleurs lors de mes précédents passages (rien à voir, en fait ; mea culpa). Beaucoup d’insectes aussi : libellules de différentes couleurs, papillons, coléoptères… La nature est belle !

Je bouquine aussi, j’ai amené pas mal de lecture (une bonne douzaine de livres). Déjeuner de six biscuits (il faut absolument que je maigrisse). A 16H, je retourne à Garamur et m’arrête de nouveau chez les Bengalis. Les enfants sont rentrés de l’école et tellement contents de me revoir. Cela fait presque cinq ans que nous nous connaissons ! Le temps d’un thé, comme le veut la coutume et l’amabilité indienne, et je repars pour arriver à mon bungalow juste avant la nuit. Sur mon ordinateur toute la soirée jusqu’à 23H30. Vraiment une belle journée !

Le Brahmapoutre, Majuli, Assam  Cigogne à bec-ouvert d'Afrique, Majuli, Assam

 

Mercredi 13 : Pas très bien dormi, lever à 6H30. La brume a tout envahi, l’air est chargé d’humidité et il fait frisquet. Mais plus d’oiseaux que d’habitude. Les petits matins ne se ressemblent pas…

Je traine un peu, prends mon petit-déjeuner puis Beda me prend à part pour me dire que demain il va recevoir pour deux nuits un groupe de jeunes Indiens qui sera certainement bruyant at que, si je le désire, je peux aller m’installer dans une autre guesthouse. En le faisant parler je m’aperçois qu’il est au courant de toutes celles que j’ai visitées hier et suis surpris : en fait il a eu une réunion hier soir avec ses confrères dont Monjit et Jyoti (ils se refilent des clients quand ils sont complets). Le tourisme est en train de connaître un essor important ces dernières années et le nombre de guesthouses, cottages et hôtels est passé de moins de dix à plus d’une trentaine en trois ans. La concurrence risque d’être rude. 

Mainate, Majuli, Assam  Marabout chevelu, Majuli, Assam

Je pars à bicyclette vers 9H, direction le satra. Je trouve Bitupon en train de réviser pour son examen de sciences sociales (cet après-midi). Il pense avoir bien réussi hier son examen d’histoire. Quand je pense qu’il y a trois ans il n’aimait pas étudier ! Mais là je ne peux l’aider, ses livres sont écrits en assamais !

Bien sûr, Bholaram m’offre un thé et un chapati. Ça réchauffe. Je fais un petit tour dans le satra.

J’en ai déjà parlé sur mes journaux précédents mais je le redis succinctement : le bâtiment contenant les appartements des familles de moines est construit en rectangle. Sur un petit côté, l’entrée. En face la grande maison individuelle satradhikar (responsable de la vie du monastère. Au centre, le namghar (hall de prières, où se déroule actuellement un office chanté et rythmé de percussions) et un jardin arboré. Beaucoup d’arbres fruitiers (bananiers, cocotiers…)

Bitupon, Uttar Kamlabari Satra, Majuli, Assam  Séchage du riz, Uttar Kamalabari Satra, Majuli (Assam)

Vers 11H30 nous déjeunons de deux plats préparés par des femmes qui répètent chants et danses pour un spectacle qu’elles donneront dans la grande salle de spectacle à la sortie du monastère : de tous petits petit-pois crus avec des graines de maïs, puis du riz au lait sucré chaud. Je pars en même temps que Bitupon, lui vers son collège, moi de l’autre côté vers Garamur et Sitadar. Je me balade aux alentours, filme une ronde de tout-petits à la maternelle (https://youtu.be/RHZpmmvpAMI) et m’arrête deux heures près de la rivière. Nombreux oiseaux à cet endroit. Lecture.

Avec cette nuit qui tombe si tôt, les journées semblent bien courtes et je rentre vers 16H30. Je photographie quelques insectes dans ma chambre et ma salle d’eau ; il y en a vraiment de surprenants ! Et, quand on les regarde de près, ça fait peur… Ah, la nature ! Soirée ordi, 23H au lit.

Insecte, Majuli (Assam)  Insecte, Majuli (Assam)

 

Jeudi 14 : 6H, bien dormi, brume matinale. Hier soir des ouvriers ont construit un large abri en bambou pour accueillir le groupe de jeunes Indiens ce soir. Je m’attends au pire. Buda fait-il cela juste pour les deux nuits annoncées ? Je n’y crois guère…   Je voudrais prendre mon petit-déjeuner mais le cuisinier me demande une demi-heure. Du coup, à 8H, je pars à Garamur et m’achète de petites pâtisseries indiennes que je vais partager avec mes amis bengalis qui m’offrent le thé. 

Enfants bengalis, Garamur, Majuli  Un village missing, Majuli

Balade à vélo dans les villages missings. J’aime bien ces gens qui ont su conserver leur culture. Leurs villages de maisons en bambou sur pilotis sont propres et respirent la sérénité. Puis je bouquine au bord du Brahmapoutre, un endroit tranquille où quelqu’un est venu chier sur la place que je m’étais aménagée. Les sous-bois semblent servir de toilettes aux gens qui passent sur la piste. Bon, je vais m’installer ailleurs… Toujours beaucoup d’oiseaux, c’est fascinant.

Déjeuner d’un petit paquet de biscuits et retour à ma case à bambou à 16H pile. Les jeunes sont arrivés, ils seraient 37 et, pour le moment, sont en réunion. Quarante minutes d’ordinateur avant de filer jusqu’au satra dans le crépuscule et la brume qui revient (et en gardant bien ma gauche). Il ne me faut heureusement que dix minutes pour y arriver. Bitupon m’attend, il pense avoir réussi ses examens scolaires d’hier et d’aujourd’hui. Promenade dans le monastère où je salue quelques amis et rencontre Parama, l’un des moinillons-danseurs, qui a bien changé (grandi et forci) ; il a maintenant 15 ans.

Bashkar, Uttar Kamalabari, Majuli  Parama, Uttar Kamalabari, Majuli  Un vieux moine-danseur farceur, Uttar Kamalabari, Majuli

Vers 17H45, je m’installe dans la grande salle de concert, bien placé au quatrième rang et, à 18H pile, une jeune fille présente le spectacle ainsi que certaines personnalités. Chacun y va de son discours, tradition indienne, et ça dure 40 minutes ! Puis la soirée commence par une jolie démonstration des moines-danseurs (https://youtu.be/3D-6ux_fsC0).

Suit une prestation très réussie d’un moine-danseur et chanteur (à moins que ce ne soit un comédien habillé en moine, je n’ai pas demandé). Le danseur est très gracieux et fait toutes sortes de figures. Et, ce qui ne gâche rien, il a une belle voix. Toute la soirée sera accompagnée par des musiciens, dont deux moines, et des jeunes filles qui font les chœurs.

Un jeune moine s’est installé juste devant l’estrade et me gêne pour prendre des photos ; du coup, je délaisse ma chaise et reste debout au même endroit, mais sur le côté pour ne déranger personne. (https://youtu.be/VorvUaH_yyU

Moine-danseur, Uttar Kamalabari, Majuli  Moine-danseur, Uttar Kamalabari, Majuli  Moine-danseur, Uttar Kamalabari, Majuli

Vers 19H10 débute la pièce de théâtre dansée (« drama » en indien), qui durera jusqu’à 20H30 : dans un monastère krishnaïte le thème ne pouvait être que tiré de la vie de Krishna (Parijat Haran). Texte parlé ou chanté, micros pendus au plafond. Si la scène est bien éclairée, le son n’est pas de très bonne qualité. Les costumes sont très beaux, le maquillage des acteurs et actrices aussi. Ces derniers sont vraiment excellents et leurs mimiques m’aident un peu à comprendre une histoire dite en assamais. Je prends quatre courtes vidéos et près de 200 photos ! (https://youtu.be/8sHBQmnz9pQ

Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli  Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli

Ce soir, Bholaram me garde à diner : un thali simple mais copieux, riz, lentilles, pommes de terre (les moines sont végétariens). Je me sens obligé de réexpliquer certaines règles sans doute déjà écrites sur mon journal de 2015 :

- les moines ne prennent que deux repas par jour : vers 11H le matin et 20H le soir (pas de petit-déjeuner)

- avant de déjeuner, ainsi que pour les prières et activités saintes telles que la danse et la musique, les moines doivent se purifier en se douchant et en changeant de vêtements. Chaque appartement possède à l’extérieur sa pompe à eau et ses toilettes. Ils se douchent dehors à l’eau froide (rien que d’y penser je suis frigorifié)

Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli  Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli

- une fois qu’ils se sont purifiés, les moines ne peuvent toucher des choses impures (moi, par exemple, qui ne suis pas purifié). Autrement ils sont obligés de se purifier de nouveau (donc je dois faire attention : pas question aussi de toucher un objet en même temps qu’eux. C’est compliqué !)

- ils mangent assis par terre sur un tabouret de dix centimètres de haut, les jambes en position de yoga. Pas de couverts : comme dans beaucoup de pays asiatiques, on se sert de ses doigts.

- une fois qu’ils se sont purifiés, les moines ne peuvent toucher des choses impures (moi, par exemple, qui ne suis pas purifié). Autrement ils sont obligés de se purifier de nouveau (donc je dois faire attention : pas question aussi de toucher un objet en même temps qu’eux. C’est compliqué !) - ils mangent assis par terre sur un tabouret de dix centimètres de haut, les jambes en position de yoga. Pas de couverts : comme dans beaucoup de pays asiatiques, on se sert de ses doigts.   - une fois qu’ils se sont purifiés, les moines ne peuvent toucher des choses impures (moi, par exemple, qui ne suis pas purifié). Autrement ils sont obligés de se purifier de nouveau (donc je dois faire attention : pas question aussi de toucher un objet en même temps qu’eux. C’est compliqué !) - ils mangent assis par terre sur un tabouret de dix centimètres de haut, les jambes en position de yoga. Pas de couverts : comme dans beaucoup de pays asiatiques, on se sert de ses doigts.

Cela dit, lorsque je suis invité quelque part, j’ai tout de même droit à une grosse cuillère (et je préfère). 

Après diner, Bholaram regarde un peu la télé (un vieux poste en noir et blanc) et Bitupon, que je ne peux guère aider, révise les sciences humaines pour son examen de demain (le dernier, puis ce seront deux semaines de vacances avant une nouvelle rentrée scolaire). Quant à moi, je bouquine, car ce soir je reste dormir là, dans la chambre de Mukunda qui est parti à Guwahati pour quelques jours (j’évite ainsi une nuit sans doute mouvementée avec tous ces jeunes installés près de ma cabane). Je me couche vers 22H30, c’est calme, et je ne tarde pas à éteindre et m’endormir.

Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli    Théâtre, école nationale de théâtre, Uttar Kamalabari, Majuli


 

 

 

 

 
20/11/17

 Retrouvez le journal de bord de mon voyage d'un mois en Angola (octobre/novembre 2017) sur http://www.didierfarsy.com/recits/recit171123222029.docx